‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 110 sur 112 · Hist, det Papes, t. III, p · texte numérisé non relu

Hist, det Papes, t. III, p

par reropoisonnement de son mari, le 28 s0pt0rnbreH97 ; et le pape ne put avoir raison que de son lîadaype m h laissant deux ans sans sépulture. Henri YI n'aurait pas eu besoin de tous ces crimes pour t)Paver ainsi rambitiôn du saint-^iége; et il est fâcheux que l'histoire ne puisse louer sa résistance sans encourir le reproche de prendre parti pour un grand scélérat. Les censures de Célestin III n'eurent pas plus d'autorité ^jir Philippe-fAuguste qui venait de répudier Isemberge pour épouser Agnès de Méranie; il fallait un pontife plus aUier et plu3 l4mé» raire pour en triompher, II ne réussit que dan^ la prédis catipn d^ (a quatrième croisade ! trois armées partirent d'Allemagne, mais elles ne touchèrent la Palestine qua pour y périr comme les autres, et Célestin vécut encore assez pour en voir revenir les débris. Il mourut enfin, h quatre-vingt-treize ans, le 8 janvier 1198, et ne laissa d^ns les annales du saint-siége que la réputation d'un pontifô qui, n'ayant de vigueur que pour entrepreyadre, reculait sans c^sse, ^ la moindre résistance. Son coup d^ pied, s'il était vrai, serait son plus grand acte d'autorité; mais si le jpune empereur l'eût culbuté sur son ^iége k l'aide de ce pied injurieux, il est probable que Célestin le lui aurait pardonné.

Une voix plus haute va se faire entendre. Une main plus rude va prendre le sceptre de TÉglise, mettre m pratique les maximes ()e Grégoire YU et faire plier sous elle toutes les puissances qui luttent depuis tant de siècles contre l'omnipotence toujours croissante des évéques de Hon^. ies cardinaux^ fatigués sans doute des indécis sim&â'iiii vieillard, ebotsirent un pontife dans la vigueur

de l'âge et doué d'un caractère intraitable qui n'abandonnait jamais un dessein qu'après l'avoir accompli. C'était le cardinal Lothaire, né des comtes de Segni^qui fut intronisé le 21 février 1198, sous le nom d'Innocent III. Son âge de trente-sept ans offusqua les vieux membres du sacré collège, mais son savoir et sa vertu triomphèrent de cette légère opposition. Son désintéressement était connu de tous comme son horreur pour la vénalité; et comme il voulait soumettre le monde à la toute-puissance de l'Église, il s'efforça de la purger des vices qui en affaiblissaient l'autorité. Son premier acte fut une insulte à la majesté impériale. Les préfets de Rome avaient toujours été nommés et investis par les Césars, qui constataient par là leur souveraineté sur ia ville étemelle. Il enjoignit au préfet actuel de lui prêter serment de fidélité, et lui donna l'investiture de sa charge. II défendît à ses officiers de rien exiger des plaideurs et des solliciteurs, régla les salaires des secrétaires, rendit l'accès des notaires entièrement libre, et chassa du palais de Latran les changeurs et les vendeurs. Trois fois par semaine il administrait la justice lui-même, résumant les causes avec une netteté qu'admiraient les plus savants jurisconsultes.

L'empereur Henri VI n'avait laissé qu'un fils âgé de trois ans : c'était le jeune Frédéric, qu'avant de mourir il avait fait couronner roi des Romains; et il lai avait donné pour tuteur son frère Philippe, duc de Souabe, de Franconie et de Toscane. Ce titre de duc de Toscane n'avait d'autre fondement que l'usurpation de cette province, comprise dans le testament de la comtesse Mathilde,

et Gélestin l'avait excommunié pour le punir d'en avoir pris possession. Cet anathème n'avait point empêché les seigneurs d'Autriche et de Bavière de le nommer empereur. Mais les barons de l'Allemagne occidentale, présidés par les archevêques de Trêves et de Cologne, n'avaient point voulu d'un prince excommunié ; et, après deux élections, qu'avait annulées le refus des deux élus, ils opposèrent au duc de Souabe et à son neveu, Othon de Saxe fils de Henri le Lion et chef de la maison des Guelfes. Richard embrassa le parti d'Othon que sa sœur Mathilde d'Angleterre lui avait donné pour neveu, et Philippe- Auguste se tourna nécessairement du côté du duc de Souabe. Tel était l'état de cette affaire à l'avènement d'Innocent III, qui y tit d'adord trois questions à résoudre ; savoir : le recouvrement de l'héritage de la comtesse Mathilde sur la famille de Barberousse qu'il détestait, la succession du royaume de Sicile et celle de l'empire d'Alleniagne. La question de Sicile fut décidée la première. Le pape reconnut les droits du jeune fils de Henri VI et prit en main les intérêts de ce royaume. Il réclama en revanche tous les captifs que Henri yi avait emmenés en Allemagne, menaçant d'excommunier tous ceux qui ne voudraient pas les rendre; et personne ne s'y refusa, pas même le tuteur du jeune Frédéric, le nouvel empereur Philippe, qui obtint son absolution par ce témoignage de docilité. Il paraît même qu'il abandonna ses prétentions sur la Toscane, car les nonces envoyés dans cette province y reprirent sans opposition tous les domaines de saint Pierre. Innocent III s'y rendit lui-même; il parcourut le duché de Spolette et la marche d'Ancône,

•i^loyaal te jiniies temporelles ^ spiiîtqallM çmtru lfi9 déteateurs ^ ce^ d^ffiaiDes et les forçjàQt à» fenàm gorge, tput eo répétant ces paroles de rÉeriture ; « Qui » touche la poix se salira ^ t

La question de Feinpire vint la dernière, ^t il la traita en mMtre du monde. U s'étonna d'abord qu'on n'eût point Gonsi^lté le saint-siége avant de procéder k une éieption, cette prérogative appartenant, disait-il, à h puissance qui donnait la couronne impériale et qui l'a-: v^t trapsipi^e 4 abord aux Garlovingiens de France et plli^ tard aux ptbons d'AUemegne. c La royauté n était, » selpp lui, qu'une puissance secondaire extorquée pap

> lesltpmmes. Le sacerdoce seul était d'origine divine, i Telles étfiient le^ m^i^me^ de Grégoire VU, et il y joutait que 9 si chaque roi avait son royaume, Pierre

> lesay^it touscpmme vicaire de Celui à qui appartenait

> le mûu4^- ' D^ <^^ maximes générales il passait aux trqis élections. Celle du jeune Frédéric était nulle. Un enfept de trois ans ne pouvait administrer l'empire et protéger le saint-siége , c'est-à-dire prêter ses forces k l'exécution des commandements du pape. Quant à son QUele p)iilippe de ^quabe, on q'aureitpas dû l'élire, parce qu'il était alors sous le coup de l'anathème, et que d'ailleuf*^ cette ^lectiou faisait considérer l'empire comme héréditaire, tau4is Qu'il était uécessairement éjectif. C'est par ces raisQUS qu'il repoussait une fs^mille dont il ne ppuvail e^tandFÇ^ parler qu'avee horreur ^ M^is Othon

i. Geita fnnoc, d« 9 et suiy.

cliB S»îi^ n'avait cofître lui que l^ fMW^s$e 4e »PP pi^rti. Ses pèf (Bs et Jtfi-m|5nie s'ét^iept mofj^fés cppstanffïRent Jes amis di4 sainfrsi.ége; |$|; Qui Paré, ^yêque 4^ Pale^^rj^e, partjt innnédiatefnient ppmc }.e %irefecpijn^ître compip rqi et fut^E empi^Fe^r. Ce Jjég^t ^lajj pprtefir (de lettres a4ressée§ à tpus \^ princj33 d'Al!^mag^^ pt i^ Othop Jui-rpêmp. € lîpus yo|is rep(Bvpn§ ppiir roi, li^i écriyaij-i|, pj^r l'auT 9 torité qui npu^ a été dppnép ^ii |a perspQnfa 4e sain| 9 Piprrjs, et nou$ voi($ donnerpn^ splennellemeiit ta cpu: 9 ronne impériale. »

Une vigoureuse oppositipif sp ip^pjf^sta en Allemagne & la réception 4e ces lettres. Le duc de Ppjiem^ Prémisla^, les évoques, les ^bbé§ et les seigpeur^ 4u parti 4p Philippe, répondirent au pape « qu'ils ne comprenaient pas » de quel droit il se mêlait de l'électiop 4^ roi 4es Hp- 9 mains. Ses prédécesseurs n'avaient japiais ^u une pa- 9 reijle audace; il m l^ur appartenait piême pas 4e jugpf 9 de la vali4ité 4e pette élection, eux qu'on ne ppuvaif; 9 même pas élire $ans l'autorisation impériale: Si l'em- 9 pereur Henri II avait été assez siiïiple pqi^r péde^ spp 9 droit, comment le§ Papes pnt-H§ osé s'attfibuef celwi 9 qu'ils n'avaient pas : Jésu^-Cbr^st leur ^ interdit |es 9 affaires temporelle^. Le cpurppneniept de pefui qn'il^ 9 ont élu lui est imppsé cpnime m 4evoir. ». I^e^ W}^ 4e, Philippe de Spuabe auraient ph &§ dispenser 4e parler de ce couronnement, qui n'était ai| fon4 qu'nne fan|ais|e du roi Bépin. Ils fournirent sfu pape un ^rgn^nent qni avait une certaine puissance- f Q^W qui couronne, 4iT » sait-il, a le 4rpit d'examiner si le ^ujet ep est 4îgne. 9 Serioas-nous Qbligés 4e ppuronner ijn fpu, un sacrilège,

» un excommunié, s'il vous plaisait de l'élire? Vous êtes 1 partagés, d'ailleurs, et dans ce cas le saint-siége a le 1 droit de choisir, comme il Ta déjà fait dans la double » élection de Conrad et de Lothaire. > Philippe-Auguste protesta aussi contre le choix du pape. Quoique TAngleterre eût changé de maître^ et qu'au lieu du redoutable Richard, il n'eût plus en face que le lâche Jean-Sans- Terre, le roi de France resta fidèle à Philippe de Souabe. Mais au lieu de répondre à sa protestation. Innocent III Tattaqua lui-même sur son divorce et sur son mariage avec Agnès de Méranie. Il lui ordonna de renvoyer cette princesse, de reprendre Isemberge; et, sur son refus, il lança l'interdit sur le royaume de France. C'était une calamité publique ; plus de baptêmes, plus de sépultures, plus d'offices, plus d'églises ouvertes. Des évêques osèrent protester contre cette rigueur du pape; il les excommunia et ils se soumirent. Le roi voulut les punir de leur complicité avec le saint-siége, exciter le peuple à la rébellion contre l'Église. Le peuple se retira de lui comme les prêtres ; et il fut contraint de renvoyer sa maîtresse pour se remettre en paix avec le pape Innocent III.

Les regards de cet altier pontife étaient ouverts sur la chrétienté tout entière. Un prêtre apostat nommé Suer, s'étant emparé du royaume de Norwége, le pape écrivit à l'archevêque de Dromtheim de l'excommunier ainsi que tous ses adhérents, et de mettre l'interdit sur toutes leurs terres. Les rois de Danemark et de Suède recevaient en même temps l'ordre de marcher contre l'usurpateur. Le prince André de Hongrie s'était croisé pendant la vie de Bêla son père; mais, à la mort du roi, il avait pris les

armes contre son frère aine Ëmeric. Le pape lui ordonna de partir, sous peine de perdre tous ses droits à la couronne. Il ordonnait en même temps au roi Ëmeric de chasser de ses États le Ban de Bosnie qui protégeait des hérétiques. Il donna à un prince dalmate nommé Voulc ou Vulcan, le titre de roi de Servie, à condition que ce royaume serait feudataire du saint-siége. L'empereur de Gonstantinople, Alexis FAnge, s'étant avisé de le complimenter sur son avènement. Innocent III Ten remercia par de violents reproches, Taccusa de ne pas seconder les libérateurs du Saint Sépulcre, de souffrir que les Grecs restassent séparés de TÉglise romaine. Il le menace même de ses rigueurs s'il ne se croise pas contre les infidèles. Alexis TAnge lui répond que les chrétiens d'Europe ont commis tant de péchés en Orient, que Dieu ne lui permet pas d'aller à leur secours ; il se plaint de Barberousse qui a porté en passant le fer et la flamme dans son empire. Le pape avait écrit en même temps au patriarche Camatère pour l'inviter à reconnaître la primauté de la chaire de Saint-Pierre, et le patriarche lui ayant répondu que Rome ne pouvait pas se dire la'mère. de toutes les Églises, puisqu'elles sortaient toutes de celle de Jérusalem, Innocent III répliqua par un long plaidoyer en faveur de son siège. Cette réplique du pape est un tissu de subtilités dont la plupart condamnent même son ambition. Jérusalem est la mère à raison du temps; Rome à raison de la dignité. Jérusalem est la mère de la foi, Rome est celle des fidèles. Cette longue lettre du 12 novembre 1199 se termine par une injonction d'assister à un concile général sous peine d'encourir

la coièf e iii pape, l'empérear èi fé ][tf trMfréWg «g iN^tirent de s'être exposés à de pareilles rfteiiaces ptir une cî+iïité ftial eniehduè. Lé preirtièr, blessé de cette infjtoctiôh, a^afii observé ^aè Tempire était âu-dèsstrs 9tL sacerdoce, S'aLfiîrat àtfe Réplique plus vîgotiï'eàsè èirèorè. Inhoèent ïîï eiptic^ùëà sofft àvaritàge les paroles de Jésus- Cbriât et de saiht Pieri-é; îl èû condat que le pahtitè étàtiî soifveraîrt pour le âpifitueï, doH domirièr îè temj>orèl comme tâme dôtnîrie le éorp^. Les âeiit grands !âmînaires cfiïe ï)iètt a ihi^ dans lé cieJ signifient selon M que rÈgïise a i^eçu îa( dîghfté p'éyrrtîfléàlé et h royafïé, Fùne pouf présidée aux choses s^îtàellé^, raiitré aux e6rp6rertes, et qu'il y a entre elles arita/ft dé différence qvtéiiti^ê le soleil et ïà ïuné. L'ablyé ï'ïèùr^ se ttoqàé tm peti âés cette comparaison ^ ; et Teïnpereùr Alexis ne jogea pas k propos de continuer ce dialogué é^istolaire. Mais la vengeance d'Innocent ne se M pas â:ttéhdtè. Lès Bulgares s'étaient Révoltés confré Éyianèe, ïa pape ehôouragéa cette rébellion ; et, trois ahs' àp^ès; ïeùr géMi^al Joamricé ayant .ramené son péupfé â J^'Église tàittiéiiné., itéçtt éti échangé la cburonrte dé Éià%àWé. & èes deux tàh pit la grâce du saint-sîégé, Innocéhï Ift en ajotrtat un' troifeièrtne; Le rfùc ^remfelas dé èôhêrile ayant; i^épudié sa! femnfie pouï vivre avec ûhé conctfiiné, soft empereur Phîfippe dé Souaîe avait prôvoqiié sa dépositiôftV éï Pil^èmfeïas av^ait qïïîttié soft pàrtf pour pi'èndté cèluf d^Otîibft dte Saxe. Innocent iti oublia' qftfît avait excoiWmuftîé ïé ror de Fratfcé pôùi' uhé tMé p^i^ëïrfe, et i^ééfttf pénsa^ éettte dé-

i. ùv. Lxxvl ci. xiV;

foctJdn pài* le mte de m de Èftrhéffie, pâftë ittiH ^é»rait à rhotineur de venger là itiâtéë pUhliquë tàisLùtâgë de ptotuTër un allié piiissant i ta tB,më de scwi favort. Pierre II d'Aragon vint, à |)ea près dans le inéthé tertïps, se faire couronner à Rome par lé pàfpfe? et èe rendre vâ$satf et tribntaire du ^int-siëgé. Mais nous lé retrouverons plus tard parmi ses ennemis les plus achàriïés, quand il sera témoin des horreurs 4ùtii les Albigeois séi^ont fes vietîmes.

Avant cette croisade (fui révolté Fhfûrnanîté,* pktlcttié de celle ^ul né falit qué Tâttrister. Innocent ta tféfaM point corrigé de cette pieuse folié par le malheur des trois premières, et par le sacrifice tfai^miHioïï d'hommes. Ses légats parcoururent la France éé rÂBetnagne pour' lever dé nouvelles armées. Une foufe dé moines se mît k leur suite, et lé fameux Foulques dé'Nétnïïy fèmpIM céitë fois fei^ôle dé Pierre l'Hermite. Innocent HI éérîvafWèrf même leiâps à Fempereur de Goi^stantinoplé, à tous fe^ ptîtices qxjS se trouvaient sur la rotrté des? Aonlvèafu^ croisés poui^ àssui^er leur p«ssa?gé. MaSs aiïcùil* ^oîf n!e picrïrl àf te tête dé Ce' nouvel arménieïrf. lé^ comtes^ ffé Ch?âm«pagné et dé Woîs, le niarquîs de Monfferi^a*, le co*Wé déFlamdre étf hfétïl fes prîncipau'i chcft, et cWquatafé rirille hommeiï à peîAe stnvirenf leurs baiwriéréij.' Les Yénifiens se' Chargèrent de les fràil^\ôrtei^, Aiàte' i coïiditiott qftte lés ci^ôisés teu^r soumeftrafiétrf éïi pû^îftrf la vilïe dé Zara, iteftlgré ïa défense que lé pape httr ^bM {àiete d^âftaqiier des chrétiens. Ces notf^eaUfx croisés^ rtte? firent <¥iïé ceîa'. tfs détruisirent Fempiré ^é'c dte Cotistaii»-' tinopte et s''t étaftfitent en» maîtres. Jériteaîem n'etf vîlf

aucun. Innocent III fut indigné de leur conduite; mais if sentit le danger d'e:iconlmunier des croisés dont Jésus- Christ n'aurait plus voulu pour délivrer son tombeau, et il se borna à ordonner la restitution du butin qu'ils avaient fait sur de malheureux chrétiens. Il était impossible d'exécuter un pareil ordre, et le pape finit par approuver des conquêtes qu'il avait d'abord blâmées.

Il s'occupa bientôt de rétablir la paix entre les rois de France et d'Angleterre ; et c'était, il faut le dire, le légitime exercice d'une autorité que les Papes prétendaient tenir de Dieu même. Mais il n'entrait dans la pensée d'Innocent III qu'une politique toute mondaine. Son unique but était d'imposer sa volonté à des puissances terrestres. C'était un commandement qu'apportait aux deux rois l'abbé de Casemaire, et tous les moines des deux royaumes étaient sommés de seconder sa mission. Philippe- Auguste répondit que le pape ne devait point se mêler des querelles des rois avec leurs vassaux. C'était en effet comme suzerain de Jean-Sans-Terre qu'il avait pris le parti des seigneurs opprimés par cet exécrable tyran. Le lâche venait même d'ajouter à ses crimes le meurtre de son neveu Arthur de Bretagne. La Cour des Pairs, assemblée pour la première fois, avait condamné Jean-Sans-Terre; et Philippe-Auguste, en vertu de cet arrêt, confisquait toutes les provinces de ce royal assassin. Innocent III aurait dû s'associer à cette vengeance, c'eût été un assez juste emploi de l'excommunication dont il faisait abus. Il blâma au contraire le roi de France, par cela seul que Jean-Sans-Terre l'avait déféré à l'Eglise de Rome et que Philippe avait, dans ce cas, décliné sa juri-

diction. « N'est-ce pas une œuvre damnable, lui écrivait * le pape, que de fomenter la discorde, d'attaquer des. 1 chrétiens, de piller les pauvres, de répandre le sang » des hommes ? » Oui, sans doute, mais c'était aussi une œuvre damnable que d'opprimer ses sujets et d'assassiner des princes; et le fier Innocent ne condamnait que le légitime vengeur de ces attentats. Il menaçait même de le traiter comme un païen et un publicain s'il ne se soumettait pas au jugement de l'Église. Les évêques de France prirent le parti du roi, cinq d'entre eux se rendirent à Rome pour plaider sa cause; et le pape parut céder à leurs raisons; mais il trouva bientôt après l'occasion de frapper les deux rois et de leur faire sentir son omnipotence.

Il avait besoin pour cette fois des armes de Philippe- Auguste pour réduire les Albigeois que protégeait le comte de Toulouse, et son apparente modération n'était qu'un calcul de sa politique. L'abbé de Citeaux, le moine Pierre de Castelnau parcouraient le Languedoc et la Provence, pour convertir ces hérétiques, et se conduisaient plus en persécuteurs qu'en apôtres. Ils cassaient les évoques qui voulaient défendre leurs ouailles, les seigneurs qui soutenaient leurs vassaux. Les Albigeois se révoltaient, il est vrai, contre l'Église romaine, ils rejetaient le sacrifice de la sainte messe, le baptême des enfants; mais enfin, suivant les idées modernes, la plus grande de leurs erreurs n'était justiciable que du tribunal de Dieu. Innocent III les déclarait dignes de mort et soulevait les rois et les seigneurs contre leur malheureuse secte. Un crime, commis dans la chaleur de la guerre u 22

civile, vint réîàoubiei^ sa furfeur. Pierre dé Câsteliiau ftit assassiné par les hérétiques; et le comte Raymond IV de Toulouse hil kfcbilsë d'àvoît ordonné ce meurtre. Innocent tiî fit ehteildre des paroles horribles du haut dé là, chaire iapôstolîque. t Glaive, s*écriaît-il, glaive, sors du f fourreau, venge le mslrtyr de la foi, frappe ses ennei hits, i tl prêche une croisade contre les Albigeois et jiire leur fextérmitlàtiotl. Des légions de moines sortent de leurs cloîtres. Ce n'était plus assez des enfants de saint Benoît, quoiqulls se fussent multipliés sous les noms de Cîteaux, de Clairvaux, de Grandmont, de Prémontré. J*ai dté lirt concile où avaient assisté quatre cents abbés. Il créa dès milices nouvelles. Les religieux du Mont-Garmel furent adoptés par lui sous le nom de Carmes. Les frères de Jean de Matha, nommés Mathurins et Trinitaires étaient respectables par leur institution, ils se vouaient au rachat dés captifs, tandis (^ixe les autres ne s'occupaiehtque d'en faire.G'étaient les ordres mendiants, les Àiigustins, fondés par le Père Lanfranc, les Cordeliers bu Prsihciscaitis de François d'Assise, les Jacobins de riilustre Gllzman-Domîiiique. Innocent III venait à peine d'autbriser ces inventions du fanatisme, et les deux derniers ordres formaient déjà une espèce d'armée. C'est à l^àint Dominique et au légat Arnaud de Cîteaux que le pape remit, la vengeance de Castelnau. tes seigneurs de France accouraient en foule sous leurs bannières sacrées, tiaymond combattit, supplia, lutta contre l'anathème qui le poursuivait partout; et, croyant sauver sort peuple, se résigna à une des pénitences les plus honteuses que le fahatisme pût inventer. Il ne fit que enhardir par sa faiblesse

la l^i^iârihife déS légats; ïls le dépôttîllèiSenl dé îoiis ses dbtoàines iet les dbhiièretit à Siiriibn dé MotilfoH, àii Jilds hypocrite dès cirôisés. Roger de Trehcàvel, vîcbnité de Bëilets él de Gai*cassoiine, fut excoriimunîé comitte lui. Les croisés pirireht là première de ces villes et jr cbiiimirent des horreurs. On porte le massacre à àolxahte mille vîctihies; hérétiques et brthbdoxes y périreht ^éleînêle. « l)ieu connaîtra les sléhs, » disait lé férttbô abbé de Cîteaiix. Trencavel fUt pris à soii tout, fet soii Jugemfebt fut la première sentence prononcée par le tribunal de llnquisltion,)qUe priésîda saint Dominique, assisté de deux misérables troubadours. Le fer et le feti dévastaient le malheureux Langiiedbc. Cent hérétiques, pHs dans un combat, furent aveuglés; un seiiî ti^etit qu'un œil d'ârrâché et il lut chargé de conduire les autres dans leurs Villages . Disons que les croisés n'àVaieni pas Inventé ce gfeiire de crime. Les Arriaudistes leur àvaieht donné bet exemple pehdiaht leiir domination dans Rome: Un vieil évêquë en eut horreur, c'était celui d'Osnia en Ëspiagnè, qui s'ëlâit d'abord associé à saint Dominique: Il se sépara de lui en . traitant de bôurrëatiii safcrilégès les auteurs de ces meurtres et de ces ravages. Sort éloiquencfe ébkiilà uHe grattde partie des sèigUeiirs croisés, qui rentrèrent dans letits terres. îl détança le langage de Thistblrb (tiii a flétri bës épouvantables représailles dU sâint-stëgé. Mais il iiiB resta i}ile trop dé ftinatiijues poiit» achévei* bette (feUvre d*eitermiiiattbti ^ui dbit peser à Jamais suria Wéihoire d'Ihhôicent ÎIÎ:

Ses archevêques n'étaient pas plus humains. A peine investi du siège de Reims, Gui Paré fit brûler des hàbi-

tants de braine comme hérétiques; et le pape loua la ferveur de son zèle. Ses légats parcouraient en même temps les contrées de l'Orient. Pierre de Capoue, celui qui avait mis la France en interdit, poursuivait à Constantinople la destruction de l'Église grecque et recevait eu Arménie l'hommage du roi et du peuple de cette contrée. D'autres exploraient l'Allemagne, veillant au triomphe d'Othon de Saxe et déposant les évéques qui soutenaient le parti de^Philippe de Souabe. Une croisade nouvelle était prêchée contre les peuples deLivonie, qui hésitaient pour la plupart à se convertir à la foi chrétienne^ et rien n'est plus étrange que le début du manifeste du pape. € La discipline de l'Église, dit-il, ne souffre » pas que l'on contraigne personne à croire par force, et » le saint-siége protège ceux qui croient volontairement*. » Il est vrai qu'il partait de là pour engager les Saxons et les Westphales à combattre ceux des Livoniens qui empêchaient les autres d'abjurer l'idolâtrie. Mais comment concilier sa maxime avec sa barbarie à l'égard des Albigeois? L'intérêt lui dictera d'autres palinodies.

Philippe de Souabe ayant battu son rival Othon sous les murs de Cologne, la ville s'était rendue et l'empereur vaincu s'était embarqué pour aller réclamer les secours de son oncle Jean-Sans-Terre 2. Le pape, alarmé de ces nouvelles, se remit en communication avec le vainqueur à propos d'un archevêque Sigefroy que ses légats avaient mis sur le siège de Mayence. Le patriarche d' Aquilée étant allé prier de sa part l'empereur Philippe d'abandonner

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