‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 13 sur 112 · Uv. XIII, p · texte numérisé non relu

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que le César de Byzance. Ajoutons que si les peuples avaient été consultés, il est hors de doute que Fltalie entière aurait appartenu dès ce moment à l'évéque de Rome, puisque dans leur révolte contre Léon l'Isaurien ces mêmes peuples lui en avaient offert la souveraineté; et dans nos idées modernes ce serait une légitimité incontestable. Le gouvernement du pape à titre d'exarque ne peut être soutenu. Etienne III ne Taurait point accepté d'un César, qui dans ce moment même persécutait les adorateurs des images dont les Papes commandaient l'adoration . Copronyme avait assemblé, en 754, un concile de trois cent trente-huit évêques qui traitaient ce culte d'idolâtrie, et qui considéraient l'empereur régnant comme le successeur des Apôtres d'un Dieu qui avait proscrit les idoles. Ce concile venait de déclarer anathèmes les adorateurs ce qu'il appelait des créations de Fart exécrable de la peinture et de la statuaire. Copronyme avait lui-même promulgué ces décrets sur. les places publiques de sa capitale, et l'on voudrait qu'Etienne III eût accepté la lieutenance d'un empereur qui le condamnait luimême I Ce ne serait pas seulement méconnaître son ambition. Ce serait une insulte à sa dignité.

Mais à quoi s'arrêter dans ce chaos? J'en suis réduit à dire que, dès l'année 756, le pape pouvait se croire au nombre des souverains temporels du monde au même titre que tant d'autres usurpateurs ou fondateurs de dynastie, et conformément à la maxime que Zacharie avait trouvée pour justifier l'usurpation de Pépin le Bref, car le pape gouvernait de fait et depuis longtemps Rome et son duché. C'est lui qui réparait les murailles de sa ville,

qui en soutenait les sièges. C'est à lui qu'on déclarait la guerre, c'est lui qui négociait, qui stipulait pour les Romains. Cependant Âstolphc parut vouloir protester encore ; mais il mourut dans cette même année 756, d'une chute de cheval, ou d'un coup de flèche, ou bien d'un coup de dent de sanglier, tant il est difficile de bien préciser les moindres événements de cette époque. Ce fut encore un usurpateur qui s'assit sur le trône des Lombards, au préjudice de Ratchis, frère aîné d'Astolphe, qui était sorti du cloître pour revendiquer sa couronne. Le pape Etienne prit le parti de Didier, duc d'Istrie, contre le roi légitime, par la raison qu'à l'imitation de son frère, ce roi aurait sans doute retenu les villes de Secchia, de Faenza, d'Âncône et de Ferrare, que malgré la donation de Pépin, Astolphe n'avait pas encore rendues à l'évéque de Rome. Les Annales d'Éginhard sont muettes là-dessus; Ânastase seul le raconte; et, chose étonnante, qui n'aide pas à l'éclaircissement de cette histoire, ce bibliothécaire du Vatican fait rendre ces villes, non pas au pape ni à l'empereur, mais à la république des Romains. L'usurpateur Didier ne fut pas plus commode que Râtchis l'eût été sans doute. Il ne voulut pas reconnaître la cession de l'exarchat à l'évéque de Rome. Il envoya un archevêque à Ravenne pour en disputer la possession à celui qu'Etienne avait nommé; et ce pape ayant cassé l'élection du Lombard, Didier fit crever les yeux à deux légats romains qui se trouvaient à sa cour. Le pape Etienne III ne connut point ces brutalités de l'ingrat qu'il avait soutenu. Il était mort le 28 avril 787; et Paul, son frère, lui avait succédé. Mais ce

n'est plus à Constantinople que celui-ci a fait part de son élection. C'est à Pépin qu'il a écrit, et la confusion recommence. Il promet fidélité au roi de France. Il lui demande la continuation de sa protection ; mais pourquoi ce serment de fidélité si Pépin Ta fait souverain? D'autres questions vont venir. Pourquoi ce même pape date-t-il encore ses lettres de l'année du règne de l'empereur qui esta Constantinople? il donne ainsi raison à Pierre de Marca et à ses contradicteurs. L'abbé Fléury en conclut que le pape se regardait toujours comme sujet de César, il en donne pour preuve que le sénat et le peuple romain ne parlaient pas du pape comme d'un maître dans leurs lettres au roi de France, et seulement comme d'un pasteur et d'un père ^ Mais je demanderai à l'abbé Fleury comment ce même pape exerce à l'égard de Ravenne la qualité d'exarque que Copronyme ne lui avait certes pas conférée, et qu'il ne prenait qu'en vertu de la donation de Pépin ? Pourquoi d'ailleurs ce titre subalterne, si le roi de France lui a donné la puissance suprême ? Bossuet n'éclaircira point ces questions. Il dit bien que jamais l'Église romaine n'avait reçu un plus beau présent, et il infirme ainsi la donation de Constantin, dont il ne parle point. Il dit seulement que cet empereur donna la paix à l'Église et la combla d'honneurs. Et ce présent magnifique que donne à Rome la piété de Pépin, quel est-il? ce n'est point l'exarchat, ce n'est point la Pentapole ni l'Emilie. Ce sont les quatre villes enlevées par les Lombards, c'est de ces villes seules que parle Bossuet.

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