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CHAPITRE XII QUERELLE DES IMAGES

Ce n'était pas une chose nouvelle que la présence des images dans les églises. Elles y étaient placées comme des portraits de Jésus-Christ, de la Vierge et des premiers saints de la chrétienté, ou comme une commémoration de faits historiques dont TÉglise aimait à garder le souvenir. C'est ainsi que, dans la basilique de Sainte-Sophie, les orthodoxes avaient figuré le sixième concile œcuménique qui avait condamné les Monothélites; et Philippique Bardanes, appartenant à cette secte, avait détruit ce monument de leur défaite. Le pape Constantin n avait point oublié ce grief dans les motifs de l'excommu- 11 1

nication de cet empereur, et pour garantir ces images d'une profanation nouvelle, il les avait en quelque sorte divinisées, en ordonnant qu'elles fussent non-seulement vénérées, mais adorées comme les personnages dont elles reproduisaient les traits. Grégoire II accepta cette décision de son prédécesseur, et y fut encouragé, dit-on, parle moine Winfrid, Anglais de naissance, qui lui affirma sous serment que Dieu lui était apparu en songe et lui avait ordonné de faire adorer l'image de la sainte Vierge. Ce miracle est un de ceux qu'on peut croire. Il n'est rien que les songes ne puissent reproduire; et les imaginations de ce temps, surexcitées par l'esprit religieux, devaient voir fréquemment dans leurs rêves les objets dont elles étaient sans cesse occupées. Mais Grégoire II n'avait point besoin d'un pareil conseil. Il suffisait qu'une contradiction quelconque lui arrivât de cet Orient qui échappait à chaque instant à la juridiction du saint-siége; et cette contradiction ne se fit pas attendre.

Léon III, le fondateur do la dynastie isaurienne, venait d'enlever à Théodose III le trône de Gonstantinople. Les écrivains ecclésiastiques ont essayé de le flétrir en rappelant la bassesse de son origine. Mais la plupart des empereurs qu'ils ont loués n'avaient pas une naissance plus relevée que ce fils de cordonnier. Ils s'étaient montrés seulement plus dociles pour le saint-siége; et cette docilité tenait lieu de toutes les vertus* Le courage et les talents de Léon III l'avaient élevé aux premiers rangs de l'armée, quand lossoldatslcrcvêtirentde la pourpre. I/histoiredes Césars est pleine de ces crimes heureux; et le peuple, qui subissait depuis vingt ans le joug de tant d'usurpateurs là*

ches et féroces, accueillitavec des transportsde joiel'avénement d*un soldat qui lui promettait un despotisme moins barbare. Ces pressentiments ne furent pas bien justifiés. Léon risaurien fut cruel envers les Juifs et les hérétiques, ce que Rome lui eût sans doute pardonné. Mais il tourna bientôt sa colère contre le pape et l'Italie. Les causes de cette querelle sont assez mal expliquées par les historiens modernes. Les uns prétendent que Fempereur, pressé d'argent, voulut spolier les églises italiennes, et que la résistance du pape l'irrita au point d'attenter à sa vie. Les autres attribuent sa haine et ses attentats à la question des images, et cela me parait d'autant plus vraisemblable que l'histoire lui a infligé le surnom d'Iconomaque. Ce soldat couronné n'avait pas assez d'instruction pour savoir si le culte des images était une hérésie ou une conséquence naturelle de la foi catholique. Mais il avait autour de lui des hommes qui l'animaient de leurs passions. Théophane * cite un Syrien nommé Béser qui , après avoir été pris par les M usulmans, était revenu à Constantinople, et qui avait rapporté de son contact avec les infidèles une sainte horreur pour les images. Il y voyait une idolâtrie^ et l'évêque Constantin de Nacolie soutenait cette opinion, en rappelant que l'Écriture défendait de faire, dans un but d'adoration, aucune représentation de ce qui était au ciel ou sur la terre. L'empereur avait dit comme eux que c'était un acte d'idolâtrie. Il avait rassemblé un synode d'évêques et de sénateurs; et, sur leur avis, il avait fait enlever les statues et les peintures du

i. Annales j 11, p. 336,

sanctuaire pour les transporter dans la nef et les placer à une hauteur qui ne permît pas à leurs adorateurs de se prosterner devant elles.

Le patriarche Germain s'indigna de cette profanation. Il soutint que la primitive Église avait admis les images, et qu'il mourrait, s'il le fallait, pour les défendre. Le pape Grégoire II s'empressa de le féliciter de son courage. Il rejeta l'analogie qu'on voulait établir entre la représentation de fausses divinités qui n'avaient jamais existé, et les portraits de THomme-Dieu, de sa Mère et de ses Apôtres. Il excita le patriarche à la résistance, et plusieurs évêques orientaux obéirent aux prescriptions de l'évêque de Rome. Léon III s'irrita de cette opposition. Ses conseillers l'engagèrent à ne pas faiblir et lui rappelèrent le verset du Deutéronome, où Moïse commanda aux Israélites de briser les sculptures des Armorrhéens et des Chananéens, ainsi que la destruction du serpent d'airain par Ezéchias. L'empereur somma le patriarche d'abjurer le culte des images, et punit de la déportation le refus de ce vieillard. Il fit détruire une statue de Jésus- Christ que Constantin le Grand avait fait placer dans le vestibule de son palais ; on brisa par son ordre toutes celles qui décoraient les églises. On couvrit toutes les peintures d'une couche de plâtre. Léon l'Isaurien ne s'en tint pas à ces dévastations. Il fit partir des assassins pour l'Italie. Mais j'anticipe peut-être sur le départ de ces misérables. Les quatre ou cinq historiens que j'ai sous les yeux m'offrent des narrations si contradictoires qu'il est difficile de les concilier. J'adopte la version des auteurs anglais de ï Histoire universelle^ comme

la plus claire et la plus vraisemblable *. Scholaslique, exarque de Ravenne, ayant exécuté les ordres de l'empereur, et détruit les images de ses églises, le peuple fut indigné de cette profanation et parla hautement de se soustraire à l'obéissance de Gonstantinople. Les Lombards furent avertis de cette révolte, et saisirent cette occasion d'étendre et d'affermir leur empire. Après trois ou quatre règnes éphémères, ils avaient rencontré un roi législateur dont l'ambition répondait à leurs instincts de rapacité. Luitprand les conduisit à Ravenne et s'empara de cette ville. L'exarchat fut envahi, dévasté, dépouillé de ses monuments, et l'exarque obligé de se réfugier à Venise. Grégoire II, effrayé de ces ravages et tremblant pour la ville de Rome, écrivit au doge de Venise comme au plus proche de ses voisins, et le supplia de rétablir l'exarque. Urse ne demandait pas mieux. Il arma une flotte et trompa les Lombards sur sa destination, pendant que le patrice Scholastique ralliait quelques troupes dans les environs d'Imola. Les Vénitiens le rejoignirent sous les murs de Ravenne. La ville fut reconquise, rendue à l'empire; et le pape Grégoire II, croyant qu'un tel service engagerait l'empereur à lui céder sur la question des images, le supplia de rapporter son édit de destruction. Mais Léon III n'eut aucun égard à cette prière. Fatigué de l'opiniâtreté de l'évêque de Rome, il chargea trois assassins de s'y rendre, de tuer le pape ou de l'amener à Gonstantinople; et le patrice Paul vint remplacer Scholastique, dont la reconnaissance envers Grégoire pouvait

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