‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 3 sur 112 · Hist. des Lombards, liv. IV, ch. XVII · texte numérisé non relu

Hist. des Lombards, liv. IV, ch. XVII

contrarier la mission de ces bandits. Mais avant que les troupes du nouvel exarque ne fussent prêtes, le complot avait été découvert et puni par la mort des assassins. Le patrice Paul connaissait trop bien son maître pour être retenu par cet échec. Il se disposa à marcher sur Rome, après avoir envoyé sans doute au pape une lettre de lempereur qui lui promettait sa protection s'il obéissait à son édit, et le menaçait en même temps de déchéance s'il persistait dans sa rébellion.

Grégoire II ne répondit que par l'excommunication de Fexarque, et ses messagers allèrent de tous les côtés implorer des secours *. La révolte fut générale. Les citoyens de Rome, les peuples de la province d'Ancône abattirent les statues des empereurs d'Orient et proclamèrent leur indépendance. Le peuple de Ravenne prit part à cette rébellion, combattit les troupes impériales, massacra les briseurs d'images, l'exarque lui-même, et ne se distingua des autres rebelles qu'en restant fidèle à l'empire. Il craignait que sa ville ne perdît son titre de capitale, pour n'être plus qu'une dépendance de Rome. Naples suivit l'exemple de Ravenne. Le peuple massacra le gouverneur et son fils qu'on accusait d'avoir aussi envoyé des assassins pour se défaire du pape, mais il resta également sous la domination de l'empereur. Le roi des Lombards Luitprand voulut profiter de ces désordres. Il oublia que Grégoire II avait armé les Vénitiens contre lui, et feignit d'embrasser sa querelle; mais la mort de l'exarque et la défaite des troupes impériales encourageant

i. Anastaso le Bibl., Liv. Pont., p. 156.

son ambition, il s'empara de la Romagnc, de la Pentapole, et, affectant un grand zèle pour la foi catholique, se fit partout reconnaître pour souverain.

Le?on risaurien, irrité du meurtre de ses officiers et de l'invasion de Luitprand, fit partir un nouvel exarque avec une armée pour châtier les rebelles, ordonnant toujours l'assassinat du pape. Mais ce dernier commandement fut déjoué comme les autres par le peuple de Rome qui veillait sur son évéque comme sur un père. Le patrice Eutychius reprit l'exarchat. Mais il ne se crut point assez fort pour étendre sa conquête ju^iqu'à Rome et il rechercha Talliance de Luitprand au lieu de tenter de lui arracher les deux provinces qu'il avait usurpées. La révolte d'un duc de Spolette contre le roi des Lombards vint servir sa politique. Il offrit à Luitprand le secours de ses troupes pour réduire le rebelle; et dè3 que le duc de Spolette fut vaincu et soumis, l'exarque et le roi marchèrent ensemble sur Rome. Les fortifications dont le pape avait entouré la ville ne le rassurèrent point, il désespéra de la victoire, mais sans désespérer de son salut. II crut à la clémence d'un roi qui avait pardonné au duc de Spolette après l'avoir soumis. Il sortit de Rome à la tête de son clergé et des principaux citoyens, se rendit au camp de Luitprand ; et sa parole fut si éloquente, que le roi des Lombards tomba à ses pieds et força l'exarque lui-même de renoncer à ses vengeances. Grégoire II vécut encore trois ans, soutenant toujours le culte des image i, dirigeant les nombreuses conversions de la Germanie, veillant à la discipliiîe de son clergé et vénéré de l'Italie entière. A-t-iljnaintenanl, étendu jusqu'à l'empe-

reur l'excommunication qu'il a lancée contre les exarques? Dois-je constater un second exemple de cette atteinte à la puissance impériale? A-t-il déposé Léon et dégagé les peuples de leur serment? Baronius et Bellarmin Ten ont loué * ; c'était dans l'ordre. Ils avaient besoin de ces exemples lointains pour prouver que le chef de l'Église avait toujours exercé ce pouvoir. Mais qui l'a dit le premier? J'écarte les témoignages de Zonare, de Cedrène, de Nicéphore, qui ne sont que les copistes de Georges Théophane, leur devancier. Celui-ci l'affirme, et c'était un homme considéré, d'une naissance illustre, qui avait renoncé aux grandeurs pour vivre dans la retraite et dans le sein de l'étude, le fondateur d'un monastère célèbre, qu'on venait consulter de toutes parts, et qui dominait les conciles par son éloquence. Il était grand partisan du culte des images et il avait vu les derniers contemporains de Grégoire IL Mais Paul Diacre, qui en était encore plus rapproché, qui vivait en Italie, ne dit pas un mot de cet anathème ; mais Anastase, le compilateur des manuscrits, n'en parle point. Faut-il en croire Théophane? Il était bien violent contre les Iconoclastes. N'avait-il pas besoin de cet argument pour effpayer l'empereur qui, cent ans après Léon III, soutenait encore leur querelle? Il est permis de douter de cette excommunication, de cette déposition de souverain, qui contraste avec la conduite de Grégoire II envers l'empereur. Ce prince conspire contre sa vie. Les peuples se soulèvent pour défendre leur pontife, ils veulent

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