‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 32 sur 112 · I. Anast., in Léon IV · texte numérisé non relu

I. Anast., in Léon IV

C6S exercices de pénitence et de piété qui lui firent préférer plus tard la vie monastique aux splendeurs de l'empire. Mais son fils Louis fit assez d'actes de souveraineté pour que le saînt-siége ne pût rien arguer de son silence au bénéfice de l'autorité pontificale. Léon IV n'était pas disposé d'ailleurs à lui rien contester. Les affaires religieuses se multipliaient de son temps sans qu'il s'en mêlât; et il en était eependant qui auraient soulevé des tempêtes sous un Jules ou un Damase. Un concile tenu à Mayence par l'ordre de Louis le Germanique, présidé par TarchevéqueRaban, établit des règles qui touchaient à l'administration des sacrements; et ces règles ne ftipent soumises qu'à l'approbation de ce roi. Une hérésie qui aurait agité tout l'Orient et ranimé jadis toutes les prétentions de l'Église romaine^ troubla la Gaule et la Germanie sans que Léon IV parât s'en occuper.

Le moine Gothescac prêchait cependant une doctrine qui n'était autre* que la fatalité des Musulmans. < Les » hommes, disait-il, naissent prédestinés au bien comme » au mal; et c'est en vain qu'ils travaillent à changer ce » quf a été d'avance arrêté par Dieu. » Il renversait ainsi toutes les lois de la morale et de la justice humaine, et prodamait l'inutilité de la prière comme l'impuissance de la vertu. C'est encore l'archevêque Raban qui lé fit condamner par un second concile de Mayence, présidé cette fois par Louis le Germanique, et qui le renvoya à Hincmar, archevêque de Reims, con^me à son chef spirituel, pour le faire punir. Gothescalc brava cette condamnation; et un synode assemblé à Quierey le condamna à

la prison et au fouet sans le corriger. Du fond de son cachot il soutint son hérésie, et demanda à prouver la vérité par l'épreuve de Peau bouillante. Nous arrivons ainsi à ces jugen^ents de Dieu qui sont la plus absurde des turpitudes du moyen âge. Hincmar ne sait plus s1l doit Texcommuniap, et ce n'est pas au pape qu'il le demande. G*est de Prudence, évêque de Troyes, c'est du vieux Raban qu'il implore les lun^ières en lui envoyant une réfutation des écrits de l'hérétique. L'évêque Prudence se déclare ^u contraire pour Gothescalc, et s étaye des paroles de saint Augustin sur la grâce. Ratramne, moine de Gorbie, vient aussi à son aidé; Loup, abbé dé Ferrières, écrit enfin en sa faveur. Hincmar s'adresse alors au docteur Jean Scot, surnommé Érigène, et Pardule, évéque de Laon, a également recours à cet Irlanr dais. Jean Scot rejette la prédestination des réprouvés, mais il adp^et celle des élus. Le diacre Florus de Lyon s'indigne de cette distinction assez singulière, il admet la double fatalité et l'impuissance du libre arbitre sur la grâc^. Son archevêque Amolon condamne l'une et Tautre de p^s prédestinations, et blâme surtout la brutalité de Gothescalc à l'égard de ses adversaires. Rémy, qui pendant pette dispute succède à l'archevêque de Lyon, blâme au contraire la barbarie avec laquelle on a traité c^ pauvre moine. Les deux partis s'appuient sur saint Augustin, noais Hincmar de Reims ne trouve la confirmatipa de sa doctrine que dans le livre intitulé Hypognosiicon qu'il attribue k Tévêque d'Hippone, et l'Église de Lyon lui prouve à son tour, comme on l'a reconnu depuis, que ce livr^ n'^sjt pa$ fie saint Augustin. Le dix-

septième siècle verra renaître la même querelle à propos de Jansénius, et il en sera troublé comme le neuvième. Mais c'est en vain que la France et la Germanie en sont agitées, le pape Léon IV n'est ni provoqué ni tenté d'intervenir *.

Une autre dispute s'éleva sur le tombeau de l'archevêque Ebbon, qu'un concile de Thionville, présidé par Louis le Débonnaire, | avait déposé en 835 de son siège de Reimsv Après sept ans de prison, Lothaire, dont il avait soutenu la révolte, l'avait rétabli; et sans égard pour la décision canonique qui l'avait frappé, l'archevêque avait ordonné des prêtres et dés diacres. Ces ordinations n'ayant pas été reconnues par le plus grand nombre des évêques de France, après la mort de celui qui les avait faites, ceux qui les avaient reçues portèrent l'affaire devant un concile de Soissons, qui fut assemblé en 8S3. Condamnés par ce concile, ils en appelèrent, non pas au saint-siége, comme le voulait l'ancien concile de Sardique, comme dix Papes l'avaient exigé, mais au roi Charles le Chauve qui fit révoquer la sentence du synode de Soissons, et les fit admettre à la communion de l'Église. Léon IV se prononça contre cette intervention de la puissance royale dans une affaire purement canonique. Il refusa d'approuver la réintégration de ces prêtres; mais il n'osa soutenir une lutte contre le roi de France, qui, depuis Charlemagne, était plus puissant que le pape dans l'Église gallicane ; et la décision de Charles le Chauve fut exécutée malgré la défense du saint-siége.

i. Fleury, Uv. XLVIII. cb. xli; liv. XLIX, ch. v.

Il ne montra pas plus de fermeté contre le Breton Nominoé qui bouleversait la juridiction de la métropole de Tours. Ce Nominoé s'était révolté contre Charles le Chauve, et s'était fait roi de Bretagne par la force de son épée. Il avait ordonné à quatre évêques de consacrer son usurpation, et ces évêques s'y étant refusés, il les avait accusés de simonie. Il ne les calomniait pas; et Connoyon, abbé de Redon, se rendit à Rome par son ordre pour solliciter leur déposition. Léon IV blâma la simonie, mais il répondit que l'affaire ne le regardait point, et il la renvoya au métropolitain de Tours comme au chef spirituel des évêques bretons. C'était parfaitement conforme aux règles canoniques ; il agissait dans cette nouvelle affaire comme il avait agi dans la première, et il est fâcheux que ses successeurs n'aient pas persisté dans cette réserve. Le métropolitain de Tours ayant approuvé le refus qu'avaient fait ses suffragants de sacrer l'usurpateur, Nominoé fit casser les quatre évêques par un synode de prêtres, d'abbés et de seigneurs, créa trois évêchés nouveaux, affranchit tous les sièges bretons de la juridiction métropolitaine de Tours, érigea le siège de Dol en métropole * ; et Léon IV ne soutint ni les protestations de l'archevêque, ni les droits de Charles le Chauve, ni les prérogatives du saint-siége.

11 fit voir la même indifférence pour les convertisseurs du Danemark et de la Suède; il ne prenait à cœur que les affaires de sa province d'Italie ; et encore ne faisait-il rien sans l'approbation de l'empereur Louis, fils de

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