Daru, Hatoire de Bretagne, 1. 1, liv. ii
Lothaire. Celui-ci tint même un concile à Pavie pour réformer les abus qui dégradaient l'Église. Il venait de temps en temps administrer la justice dans le palais même du pape. Léon IV ne s'occupait que de l'embellissement de sa ville. Il y renferma les églises de Saint- Pierre et de Saint-Paul, il entoura de fortifications l'ancienne ville de Gentumcelles, qu'il nomma Léopolisj et c'est après avoir consacré ces ouvrages, dont le premier prit le nom de cité Léonine, qu'il finit son pontificat et sa vie le 17 juillet 885. Sa succession fut vivement disputée. Le clergé de Rome et les évêques voisins élurent le Romain Benoît; et deux officiers de l'empereur Louis, appelés par un évéque d'Ëugubio nommé Arsène, lui opposèrent un prêtre du nom d'Anastase que Léon IV avait excommunié. Il y eut des violences de part et d'autre. Mais la fermeté du clergé et du peuple l'emporta sur les intrigues d'Arsène. L'empereur Louis donna tort à ses officiers, et Benoit III fut intronisé le 1®^ septembre de la même année.
Comment se fait-il que, dans les quarante-trois jours qui séparent la mort de Léon IV et l'avènement de Benoît, intervalle si bien rempli d'ailleurs par les troubles que nous venons de raconter, des chroniqueurs, des historiens même aient trouvé le moyen de placer les deux ans et demi du prétendu pontificat de la papesse Jeanne? J'ai refuté ailleurs ce conte ridicule que les protestants se sont amusés à accréditer. Et il n'a pu se soutenir que par cet excès de crédulité dont le peuple de tous les temps a donné le triste exemple. Benoît III n'eut pas d'autre prédécesseur que Léon IV, mais il ne fit pas
plus de bruit dans le mdnde. Il fut irisité pût le M de Wessex Ethelvalfe^ qui^ dès son retour en Angleteri^e,- fit décréter par les autres rois et par \eê étêqiles, que lË dixième partie des terres appartiendrait au saint-l^iége pour l'indemniser des pertes que lui faisaient éprourer les Sarrasins *. Il est probable qu'il ne s'agissait que du dixième des revenus, et le pape Benoît pouvait sans scrupule accepter ces dons d'un prince pieux et dévoué à l'Église romaine. Mais c'était un trait de sordide avarice que de recevoir en même temps les dons d'un misérable qui souillait le trône de Constantinople par des impiétés inouïes et par d'ignobles saturnales. Ce Michel III faisait habiller un bouffon en patriarche, d'autres saltimbanques vêtus en évêques, mêlés à des évêques . véritables et à l'empereur lui-même, le suivaient montés sur des ânes, jouaient avec les vases sacrés, faisaient communier les passants avec du vinaigre et de la moutarde ^, et le calice d'or qu'acceptait le pape de cet infâme avait figuré peut-être dans ces parades impies. Les évêques de France montraient alors plus de dignité. Louis le Germanique ayant passé le Rhin pour détrôner son frère Charles le Chauve, les évêques des provinces de Reims et de Rouen lui écrivirent pour le rappeler à ses devoirs de frère et de roi. Ils lui tinrent un langage aussi ferme que modéré, tel que les ministres de Dieu auraient dû toujours le tenir aux puissants de la terre ; et l'archevêque Hincmar, qui passe pour l'auteur de cette