‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 35 sur 112 · Conciles, Tom. IV, r · texte numérisé non relu

Conciles, Tom. IV, r

- SS- II ordonne aux évêques désignés de s* assembler de suite et somme Lothaire de comparaître à leur tribunal. Charles le Chauve, protecteur de Thietberge, s'unit à la colère du pape, et signifie au roi son neveu que, s'il n'obéit pas à cette sommation, il ne communiquera plus avec lui. C'était trop pour Lothaire, qui ne pouvait ni quitter sa maîtresse, ni se brouiller avec Rome. Il déclara se soumettre, il comparut devant le concile de Metz, mais il eut l'adresse de corrompre ses juges, et fit ratifier son mariage avec Waldrade par le concile, attendu que les juges sacrés d'Aix-la-Chapelle n'avaient pu se tromper. Il leur prouva même que ce mariage avait une cause antérieure de légitimité. Il déclara pour la première fois que son père l'avait fiancé et marié d'abord à cette même Waldrade, avec une dot de cent familles de serfs, qu'il avait cohabité légitimement avec elle pendant toute la vie de l'empereur Lothaire, mais qu'à la mort de son père il avait cédé aux instances du frère de Thietberge, qui l'avait menacé de bouleverser son royaume. Voilà des excuses bien indignes d'un roi. Mais il en résultait que Thietberge était la concubine; et l'évêque de Metz Adventius se fit l'éditeur de ce conte dans un Mémoire destiné à être mis sous les yeux du pape. Les archevêques Gonthier et Theutgaud osèrent l'apporter euxmêmes à Rome avec les actes des conciles de Metz et d'Aix-la-Chapelle. Nicolas, quoique certain de la corruption des juges de Lothaire, sut contenir son indignation, il fit même entendre aux deux archevêques qu'il les trouvait excusables. Mais quand il eut assemblé un certain nombre de prélats italiens, le pape ne voulut

rien examiner, ni rien entendre, ni reconnaître le concile d'Aix-la-Chapelle, cassa la décision de celui de Metz, le qualifia de lieu de prostitution, de fauteur d'adultère; il déclara criminelle la double union du roi de Lorraine. Il ne prononça point d'anathème contre lui, mais il dit « qu'on ne pouvait donner le nom de roi à celui • qui ne savait pas gouverner les appétits de son corps » par une règle salutaire, et qui, par une faiblesse dé- » pravée, cédait plutôt à leurs mouvements illicites. » Il excommunia les deux archevêques, il les dépouilla de toute fonction épiscopale, lança la même excommunication contre tous ceux qui consei:veraient la moindre relation avec eux. Il déposa en même temps ceux des évêques juges qui ne se repentiraient pas de leur faute. Les deux légats furent condamnés comme traîtres; et l'un d'eux, Rodoalde de Porto, s'enfuit de Rome pour se dérober à sa vengeance. Il fit enfin signifier cette décision aux évêques de la Gaule, de l'Italie, de l'Allemagne, et principalement au vieil Hincmar de Reims.

Gonthier et Theutgaud ne se soumirent point à cette sentence; ils coururent à Bénévent, se présentèrent à l'empereur Louis comme des ambassadeurs de Lothaire, indignement méconnus par le pape, et le supplièrent de venger son frère d'une si haute injure. L'empereur les crut et marcha sur Rome avec son armée, laissant sur son passage des traces de pillage et de dévastation. Ses soldats envahissent la ville, et rencontrant près de Saint- Pierre une procession que le pape Nicolas avait ordonnée pour prier le ciel d'apaiser la colère impériale, ils se ruent comme des forcenés sur les prêtres et sur le

peuple^ les frappant sans pitié, renversant les croix et les bannières, et dans ce sanglant désordre est brisée h croix dans laquelle la mère de Constantin a renfermé celle de Jésus-Christ. C'est après cette attaque sacrilège que les deux archevêques écrivirent sans doute à lears frères de Lorraine pour leur rendre compte de leur mission et de ses suites, t Ne vous effrayez pas, leur di- )> saient-ils, des choses fâcheuses qu'on pourra vous » raconter de nous. Lesembûches de nos ennemis ne » prévaudront pas contre notre roi, malgré que le sire » Nicolas, qui se dit pape, qui se proclame apôtre des » apôtres, qui se fait empereur de tout le monde, ait » voulu nous condamner à l'instigation de ceux qu'il » favorise. A l'aide du Christ, il a trouvé des résistances » à sa folie, et n'a pas eu médiocrement à se repentir de » ce qu'il avait fait<. » Ce sont ces dernières paroles qui font à mes yeux la date véritable de cette lettre, qui se ressent de l'indépendance à laquelle s'étaient accoutumés les évêques de la Gaule. Mais le soldat qui avait brisé la croix de sainte Hélène étant mort deux jours après ce désordre, le peuple et peut-être l'armée prirent cette mort pour une punition céleste. L'impératrice, effrayée, fit prier le pape de venir les trouver; et la superstition assura son triomphe. Louis ordonna à Gonthier et à Theutgaud de retourner en Lorraine dans l'état de dégradation où le pape les avait maintenus?. Mais avant de partir ils se vengèrent de leur puissant ennemi.

i. Ànn. Vert., nn 8G4.

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