Fleury^ liv. LU, ch. xxxiv ; ConcileSt t. IK,, p. 2â
n'était déjà plus ce monarque allier qui araît si énergiquement soutenu les privilèges de la royauté dans la lettre que nous avons donnée plus haut. Sigonius affirme avec raison qu'il n'était plus que le vassal et le feudataire du saint-si^e ; et Méieray prétend que, de souverain Charles s'étant rendu sujet, tenait à honneur de porter le titre de conseiller d'État du pape. Jean VIII de son côté démentait lui-même sa jactance, en s'avançant jusqu'à Verceil au devant de ('empereur. Ils revinrent ensemble à Pavie dont Tarmée de Garioman occupait déjà le territoire ; et la rencontre de ces U*ois grands personnages eut undénoument si burlesque, qu'il est difficile de le raconter sans y mêler un profcHid mépris pour ces ignobles caractères^ Une terreur panique s'empara tout à la fois du pape, de Charles le Chauve et de Garioman. Ils eurent tous peur les uns des autres. Le premier s'enfuit vers Rome, Garioman se sauva en Allemagne, et l'empereur vers le mont Cenis, tandis que l'impératrice Richilde gagnait à la hâte Saint-Jean-de- Maurienne avec le trésor de l'empire. Certes l'annaliste de Saint-Bertin a raison d'attribuer'cette triple fuite à la miséricorde divine, car il serait impossible de lui trouyer une autre explication.
J'ai négligé à dessein une entreprise malheureuse de la part de Jean VIII contre le^ métropolitains de la France. L'insubordination des évéques lui avait suggéré l'idée d'instituer un vicaire général sous le titre de primat des Gaules et de la Germanie, et il avait désigné l'archevêque de Sens Ansegise pour remplir ces fonctions. Charles le Chauve, qui tendait à réunir tous ces sceptres
dans sa main, adopta une idée qui rendait une sorte d'unité aux diverses parties de l'empire de Charleniagne ; il déclara que ce décret du pape était irréfragable, et dans le concile de Pontyon il fit donner à Ansegise un siège à côté des légats et au-dessus de tous les évéques. Mais il avait compté sans eux et sans leurs métropoH** tains. Le vieil Hincmar protesta contre cette nomination, contre la volonté de l'empereur lui-même, alléguant que cette primatie était contraire aux canons du concile de Nicée, et s'emporta jusqu'à répéter la nouvelle maxime de Rome que les rois n'avaient pas le pouvoir de régler les affaires ecclésiastiques. Un seul évoque /9sa soutenir la primatie. Tous les autres refusèrent de la reconnaître, et montrèrent en cela plus de prévoyance que le pape; car, dans les honteux et sanglants désordres qui dégradèrent la papauté pendant le dixième siècle, il est probable que le primat de Sens serait devenu le chef de TËgUse.
La mort de Charles le Chauve, qui fut empoisonné par son médecin, laissa le pape à la merci des ravageurs de l'Italie. Le duc de Naples Sergius avait fait alliance avec les Sarrasins, et Jean YIII n'avait pu se délivrer d'eux qu'en se soumettant à un tribut annuel de vingtcinq mille marcs d'argent. C'était une grande honte pour le saint-siége que d'être tributaire des ennemis de la chrétienté, et c^ ne fut pas la seule qu'accepta ce malheureux pontife. Ce même duc Sergius avait été renversé par son frère Âthanase, évéque de Naples, qui lui avait fait crever les yeux. Jean VIII félicita ce barbare d'avoir aimé Dieu plutôt que son frère et d'avoir arraché un œil qui le scandalisait selon, le précepte de TÉvangile, exé-
crable jeu de mots qui révélait en lui une lâche cruauté. Il ne le louait pas d'avoir puni le chrétien qui s'était fait l'allié des Musulmans, mais d'avoir enlevé Naples à la puissance séculière pour y établir un évéque, un homme de la maison du Seigneur. Athanase était nommé par lui duc de Naples à la place de sia victime *. Cette lettre n'a pas besoin de commentaire. Celle qu'il écrivait au patrice Grégoire était moins fière et ne décelait que sa détresse. Il suppliait ce lieutenant de l'empereur d'Orient de faire croiser dix galères dans les environs d'Ostie pour arrêter les Sarrasins qui débarquaient sans cesse sur ces parages. Cette demande, transmise à Constantinople, remit le pape en relation avec Basile le Macédonien. Cet empereur lui fit part des troubles que causaient encore les intrigues de Photius et le pria de lui envoyer deux de ses légats pour y mettre ordre. C'était encore une ouverture dont le saint-siége aurait pu profiter, si le mauvais génie qui avait constamment rebuté ces avances de l'Église grecque, n'avait encore réveillé la vanité romaine dans l'esprit d'un pape que l'Occident avait abreuvé d'humiliations. Il envoya deux légats à Constantinople, comme le demandait l'empereur Basile, mais au lieu de flatter Ignace, il se rappela les prêtres que ce patriarche avait envoyés en Bulgarie, et lui renouvela les défenses d'Adrien II en lui enjoignant de rappeler ces prêtres, de ne faire aucun acte de suprématie chez les Bulgares, sous peine de déposition et d'ànathème. Il écrit à ces prêtres de sortir immédiatement d'une pro-