‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 46 sur 112 · Epist. XXXIV · texte numérisé non relu

Epist. XXXIV

spcood Lothaire dans le roi de France. C'est par cet aete de contrition qu'il termina son pontificat au mois de novembre 872; et l'on pouvait dire alors que le saintsiège était rentré dans les conditiMis de son établis* sèment.

Jean VIII fut le successeur d'Adrien II et ne fut point tenté d'en renouveler les entreprises. On a dit de lui que c'était une femme sous l'habit d'un homme, mais il faut avouer aussi que sa position en Italie était à peine toférable. Les Sarrasins étaient partout; ils y possédaient des villes, ils pillaient les campagnes, et leurs ravages s'étendaient parfois jusqu'aux portes de Rome. Les ducs et les comtes de la Pentapole et de l'exarchat de Ravenne, qui constituaîen t seuls ce qu'on appelait encore l'empire d'Occident, le troublaient sans cesse par des révoltes que l'empereur ne réussissait pas toujours à réprimer. On avait vu le duc Lambert de Spolette entrer dans Rome à main armée, rançonner les grands et les riches, les églises et les monastères, livrer la ville entière au pillage. L'empereur Louis Ten avait puni, mais le duc Adalgise de Bévévent avait été plus heureux. Il avait appelé les Grecs à son secours, et un patrice, venu de l'Orient avec quelques troupes pour soutenir ce rebelle, avait exigé qu'il se déclarât vassal de Tempereur de Gonstantinople et que les Bénéventins lui payassent le tribut qu'ils avaient payé jusques-là aux empereurs français. Si l'on se rappelle que six ans à peine s'étaient écoulés depuis que Basile le Macédonien avait donné ce titre d'empereur à Louis, on verra encore une fois quelle confiance pouvait inspirer f^ux Occidentaux ce qui leur venait de l'Orient. Le pape

avait tout à craindre des gouverneurs des provinces qui Tenvironnaient. Celui de Naples avait chassé son évéque, et s'était si bien moqué des anathèmes du saint-siége, que, pour avoir la paix, le pape avait été forcé de les rétracter; et malgré cette absolution, il avait encore fallu que Louis assemblât sa petite armée pour mettre ce gouverneur à la raison.

La mort de Louis vint accroître les embarras de Jean VIIL Ce prince ne laissait point d'héritier, et le pape ne savait à qui offrir ce singulier empire, moins étendu que la prétendue donation de Louis le Débonnaire. Il n'eut pas même le désir de la faire valoir à son profit, il lui eut été impossible d'en soutenir la prétention. Il lui fallait un protecteur, et, comme l'a obs^vé Hézeray S il ne voulait pas d'un souverain qui résidât en Italie et qui lui pesât sur les épaules. C'est pour cela qu'il repoussait les enfants de Louis le Germanique et de Charles le Chauve, et qu'il se tourna vers ce dernier parce qu'il était plus à portée de le secourir dans sa détresse. Le Père Haimbourg ^ prétend que le roi y avait pensé avant le pape, que Charles avait déjà gagné par ses présents les sénateurs et les magistrats, romains, qu'il avait fait même de grandes promesses à Jean VIII. Cette version résulterait du récit de l'annaliste de Saint-Bertin qui devait le savoi? un peu mieux que les historiens mo~ dernes. Cet annaliste raconte en effet qu'en apprenant la mort de son neveu Louis d'Italie, Charles le Chauve avait

i. Tom. I, p. 533.

2, Décadence de VEmpire, iiv. 1.

passé les Alpes, qu'il avait battu deux armées et deux fils de Louis le Germanique qui voulaient aussi s'emparer de ce petit empire, et que plusieurs seigneurs étaient venus au devant de lui avant que Jean YIII Teût invité à se rendre dans la capitale romaine. Ce serait donc à tort que les historiens du saint-siége auraient fait dire à ce pape qu'il l'avait jugé digne du sceptre impérial, qu'il l'avait élevé à la dignité et à la puissance de l'empire, qu'il l'avait décoré du titre d'Auguste *. Jean VIII aurait tout simplement accepté le nouvel empereur des mains de la victoire. Mais il l'aurait couronné dans Saint-Pierre; et par une coïncidence assez souvent renouvelée, c'est encore le jour de Noël qu'aurait eu lieu ce couronnement. Louis le Germanique s'était vengé pendant ce temps sur le royaume de France, malgré la défense que le pape lui avait faite d'y entrer. Mais les prières des évéques eurent plus d'ascendant sur son esprit, et il regagna la Germanie sans attendre que son frère vînt le chasser. Charles le Chauve put donc séjourner en Italie et faire confirmer son titre d'empereur par d'autres autorités que celle du pape. Les seigneurs et les évêques de la Toscane et de la Lombardie, assemblés à Pavie par son ordre, déclarèrent que Jean VIII avait eu tout au plus le droit de lui soumettre l'exarchat et la Pentapole, et le nommèrent seigneur et protecteur des deux provinces, promettant d'observer tout ce qu'il leur ordonnerait pour l'utilité de l'Église et de l'État. Dès sa rentrée en France, il voulut avoir également la confirmation des

i. Concilei, t. IX, p. 295.

grands de son royaume. Il en assembla à Pontyon les évêques et les seigneurs et leur fit ratifier les actes de Pavie et ceux même de Rome ^ La coopération du saintsiège à cette élection impériale est fort amoindrie par toutes ces ratifications; et c'est sans doute pour en détruire Teffet, que Jean VIII fit une nouvelle assemblée de nobles et d'évêques pour confirmer encore une fois cette élection, en ajoutant que Charles le Chauve ne l'avait point sollicitée, que le sénat, le clergé et le peuple romain l'avaient souhaitée comme lui, et en lançant un nouvel anathème contre les ministres du diable et les ennemis de l'Église qui voudraient s'y opposer. Ces paroles étaient à l'adresse du roi Carloman qui, après la mort de Louis le Germanique son père, s'était empressé démarcher sur l'Italie pour en disputer Tempire à son oncle qui y arrivait presque en même temps par la Savoie. Il paraît qu'au jour de son couronnement Charles le Chauve avait promis au pape de le secourir contre les Sarrasins, et que Jean VIII, pressé de tous côtés par leurs bandes, l'avait fait sommer par deux légats de tenir sa promesse. Les historiens du saint-siége n'ont pas manqué de rédiger cette sommation à leur manière. Suivant eux, le pape aurait fait dire à l'empereur : c N'oubliez pas de qui vous » tenez l'empire et ne nous forcez pas de changer de * sentiment. » Ce changement n'était guère possible; et ce langage serait bien fier pour un tel pontife. Mais, d'après ce que racontent Sigonius et Mézeray, le pape pouvait alors le tenir sans crainte. Charles le Chauve

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