CoficOct., t. IX, p
à Topposition du pape et de l'archevêque. Il avait défait l'armée de Charles le Simple et forcé ce roi de quatorze ans de se réfugier dans les États du bâtard Arnoul. L'archevêque Foulques avait eu son tour. Eudes avait pillé son diocèse, assiégé sa ville et Foulques implorait en vain les secours spirituels de Formose. Cet exemple encourageait les seigneurs de France à se ruer sur les évêques dont ils détestaient la rivalité. Ceux de Langres avaient déposé et aveuglé le leur. Baudouin de Flandres faisait fouetter les clercs par ses soldats. L'archevêque de Sens était chassé de son siège. Une foule d'autres se plaignaient de la barbarie des barons. Les domaines ecclésiastiques étaient mis au pillage; des laïques disposaient des évêchés; des prêtres, délivrés de la tyrannie des évêques, se mariaient à des courtisanes. Le comte Géraud d'Aurillac, plus pieux que les autres, avait fondé un monastère, mais il ne trouvait nulle part des moines assez réguliers pour le peupler. Le pape, assiégé par tant de doléancas, ne répondait que par des consolations, par des excommunications qui n'arrêtaient rien, et il y mêlait des lamentations sur ses propres malheurs, car il n'était pas même maître de la ville de Rome.
Les marquis de Toscane y dominaient en despotes. Une faction puissante y assurait leur tyrannie. C'était elle qui avait fait élire Martin H et Adrien III, qui avait opposé à Formose l'indigne Sergius, parent des seigneurs toscans; et il n'avait pas suflS d'un empereur pour rassurer ce pape. Il avait associé Lambert de Spolette au chétif empire de Gui son frère; mais Gui, étant mort l'année suivante, ce Lambert avait trahi le pape pour s'allier à
la faction de Sergius plus puissante que tout son empire. Formose avait imploré le secours d'Arnoul de Germanie. Ce bâtard était devenu le plus important des princes carlovingiens, le seul soutien de cette race dégénérée. U venait de gagner sur la Dyle une grande bataille contre les Normands; il avait forcé Eudes à laisser la plus l^Ile part de la France à Charles le Simple ; imposé son fils naturel Zuentibold au trône de Lorraine. L'appel du pape répondait à son ambition secrète, qui se jouait des espérances du malheureux Bérenger qu'il avait recueilli à sa cour. U défit aisément le faible Lambert, le dépouilla de la couronne impériale, s'empara de la ville de Rome sur Angeltrude, sa mère, et sur les marquis de Toscane, ses alliés, et se fit couronner par Formose en 896. Les Romains le saluèrent empereur, lui prêtèrent serment de fidélité, et il repartit pour l'Allemagne après avoir fait couper la tête d'une cinquantaine de factieux.
Formose n'en eut pas plus de puissance, et j'en dirai autant de tous les pontifes qui vont se succéder dans la chaire de saint Pierre et qui pour la plupart seront indignes de Toccuper. Les conciles sont au-dessus d'eux, les métropolitains sont le^ véritables chefs des évéques de leurs provinces et défendent leurs juridictions contre les Papes eux-mêmes. Les rois carlovingiens les prennent pour conseillers dans leurs affaires temporelles et montrent uu respect servile pour leurs décisions. Les doctrines des Damase et des Gélase ne sont plus mises en pratique que par les évêques de France, et surtout par l'archevêque Foulques qui, suivant les traditions d'Hincmar, écrit des insolences à son roi. A l'annonce d'une alliance de
eiiarles le Simple avec les Normands, Foulques lui en témoigne son indignation, c II vaudrait mieux que vous ne » fussiez pas né, lui dit-il, que de régner par le secours du )i diable; sachez que si vous le faites, je ne vous serai » jamais fidèle, je détournerai de votre service tous ceux » que je pourrai; et, me joignant à tous les évéques mes » confrères, je vous condamnerai à un anathème éter- » nel. » Sous Tinfluence de cet archevêque, les prélats avaient repris leur ascendant sur cette multitude de despotes dont les victoires d'Arnoul et la mort du roi Eudes avaient rompu la coalition.
Qu'étaient les Papes auprès de ces puissants évêques? Créatures et jouets des seigneurs d'Italie, ils n'étaient occupés qu'à mendier la protection du souverain qui s'élevait au-dessus des autres, et lui livraient en échange et leur peuple et leur ville et le prétendu patrimoine de saint Pierre et le vain titre d'empereur que personne n'était plus en état de porter. Qu'était le successeur de Formose, ce Boniface VI que B^ronius lui-même traite de scélérat? Que dire de cet infâme Etienne VII qui le remplace? Comment qualifier ce misérable instrument de la faction des marquis de Toscane, qui fait déterrer le cadavre de Formose, l'interroge au milieu d'un concile, le dépouille des ornements pontificaux, lui fait trancher la tête et fait jeter ses restes dans le Tibre? Un autre nommé Romain fait repêcher son cadavre et lui rend un tombeau. Son successeur Théodore II rétablit tes clercs ordonnés par Formose. Jean IX achève de réhabiliter sa mémoire et fait bànnrr cet inflimc Sergras qui à tourmenté sa vie. Mais quelte occupation pour un chef de l'Égîise? Ce
Jean IX mérite cependant quelques éloges pour avoir montré son respect pour l'autorité séculière. Le concile qu'il tient en 900, condamne les Papes qui se feront couronner à l'avenir sans attendre les ordres de l'empereur et la présence de ses commissaires. Il fallait qu'il fût bien convaincu de sa faiblesse, pour faire cette concession à ce pauvre Lambert qui, après la mort d'Arnoul, avait battu son compétiteur Bérenger et repris le titre d'empereur. C'est cependant lui qui avait autorisé ce concile de Rome, que Jean IX n'aurait pas convoqué sans cela, tandis que les métropolitains de la Gaule ne cessaient d'en tenir à volonté. C'est encore ce fantôme de César qui préside le concile de Ravenne dont les canons constatent la pitoyable situation de l'Église et de l'empire. On n'y parle que de pillages, d'incendies, d'usurpations que cet empereur n'a pas la force de punir. On y dit nettement que le pape n'a pas le moyen d'allumer des cierges et de payer ses serviteurs.
A la mort de Lambert, l'invasion des Hongrois vient ajouter encore aux malheurs de l'Italie. Les seigneurs, battus, poursuivis par ces barbares, sont réduits à appeler Louis, fils de Boson roitelet de Provence, et le font couronner empereur par Benoît IV , successeur de Jean IX. Ce Louis est battu par Bérenger qui lui fait crever les yeux et se rétablit pour la troisième fois. Léon V, qui succède à Benoit, est renversé quarante jours après par son chapelain Christophe, qui est détrôné à son tour par l'éternel Sergius, le protégé et le parent des marquis de Toscane. Il prend le nom de Serge III; fait condamner encore une fois la mémoire de Formose et
persécute ceux qui Tont soutenu. Un caprice de Tempereur d'Orient renoue les relations de Constantinople avec le saint-sîége. Léon le Philosophe, ayant pris une quatrième femme malgré son patriarche Nicolas le Mystique, demanda l'approbation du saint-siége et celle des trois autres patriarches de l'Orient. Serge III lui envoya des légats, mais soupçonnant ce qu'ils venaient faire à Constantinople, le patriarche Nicolas refusa de les voir. Il se jeta aux pieds de l'empereur pour le supplier de ne pas souiller la dignité impériale, de songer qu'il y avait dans le ciel un souverain plus puissant que lui qui punissait les crimes de la terre. Léon, fatigué de ses remontrances, le fit exiler avec les évêques qui le soutenaient dans son opposition ; et les légats de Sergius, moins difficiles que ce digne patriarche, célébrèrent les quatrièmes noces de l'empereur Léon.
Nicolas fut rétabli par Alexandre, frère et successeur du prétendu philosophe, devint le tuteur de Constantin Porphyrogénète, et se plaignit au pape Sergius de la conduite de ses légats, avec lesquels il confondait à tort tous les évêques d'Occident. Sergius ou Serge III ne reçut point cette lettre. Ce misérable, que Baronius a déclaré le plus méchant des hommes *, mourut en 910 après avoir déshonoré le saint-siége par son commerce impudique avec la courtisane Marozie, fille d'un marquis de Toscane et d'une autre courtisane nommée Théodora. Serge III en avait eu un fils qui sera bientôt le pape Jean XI ^. Ce fut Anastase III qui reçut la lettre du patriarche Nicolas et