PlatinOi Adrien III
tius; et ce patriarche se serait joué comme toujours des inutiles veDgeances de Rome, si la mort de Basile le Macédonien n'eût changé sa fortune. Léon YI, surnommé le Philosophe, reconnaissait en secret l'autorité du pape, et il débuta par le venger de Pbotius en exilant ce patriarche et en nommant à sa place son propre frère Etienne Syncelle. U s'empressa de l'annoncer à Tévéque de Rome^ et comme son frère avait reçu le diaconat de Photius, il crut devoir prier le pape d'absoudre tous les prêtres que ce patriarche avait ordonnés. L'évêque Stylien, métropolitain de Néocésarée, écrivait en même temps au pape pour réclamer son indulgence à l'égard de ces mêmes prêtres. Il lui rappelait que Rome avait dans un temps reconnu elle-même celui qui les avait ordonnés. • Ayez pitié, ajoutait-il, ayez pitié d'un peuple » qui a été autorisé par vos propres légats à tolérer » Photius et que votre rigueur réduirait au désespoir. » Cette humilité, cette marque de respect aurait dû satis* faire Etienne VI ; mais il était écrit que la vanité des Papes nuirait toujours à l'établissement de leur suprématie sur les Orientaux. Il voulut que les évêques des deux partis envoyassent des députés à Rome, ajoutant que l'Église romaine était le modèle de toutes les autres et que ses décrets devaient être éternellement en vigueur. Et de quel prétexte appuyait-il cette exigence? c'est que l'empereur Léon avait dit que Photius avait abdiqué, tandis que l'évêque Stylien assurait qu'il avait été chassé, et pour savoir à quoi s'en tenir sur un fait aussi insignifiant, il demandait qu'on vînt le plaider devant lui. Les Orientaux en furent blessés, ils mirent trois ans
à répondre et ce n'est pas lui qui reçut leur message. La mort de Charles le Gros, qui avait un moment réuni tout Tempire de Charleraagne, jeta Etienne VI dans de nouvelles perplexités. Arnoul, bâtard du roi de Germanie Carloman, s'était emparé de cette couronne, et d'autres anlbitieux aspiraient à celle de France, au préjudice du troisième fils de Louis le Bègue qui fut plus tard Charles le Simple. Cet enfant était une faible ressource contre les Normands qui étaient venus assiéger Paris ; et le comte Eudes, qui avait défendu cette capitale, avait été couronné par l'assemblée de la nation. Les seigneurs de la haute Bourgogne n'avaient point ratifié cette élection et s'étaient donné leur duc Raoul pour roi. Le fils de Boson était le seul qui eût joui du bénéfice de l'hérédité. Le pape Etienne ne s'était point mêlé de ces successions, il avait assez des seigneurs italiens. Le duc de Frioul Bérenger s'étant fait couronner en Lombârdie,le pape lui avait opposé Gui de Spolette, frère de ce Lambert qui avait pillé deux ou trois fois la ville de Rome; et Bérenger vaincu s'était réfugié dans la Germanie auprès d'Arnoul le Bâtard. Etienne n'avait pas eu le temps de profiter de la victoire que son protégé avait remportée, la mort l'enleva peu de jours après, le 7 août 891. C'était pourtant un homme supérieur à son siècle, et l'histoire doit le louer d'avoir prêché contre les enchantements et les maléfices, et d'avoir condamné les épreuves par le fer rouge et par l'eau bouillante.
Son siège fut disputé par deux intrigants qui avaient, quinze ans auparavant, conspiré ensemble contre le pape Jean VIII; et l'on ne saurait trop s'étonner qu'une place
Mtearée de tant de périls, put être un objet d'âmbitien. On leconceTrail, si la piété, le dé^ilr de relever la papauté y entraient pour quelque chose. Mais ces nobles motifs n'animaient pas les deux concurrents. L'un était uii prêtre nommé Sergius, fils du nomenclateur Grégoire, l'autre était Formose^ évoque de Porto, qui, envoyé jadis en Bulgarie par Nicolas P% n'avait pensé qu'à son élévation. Déposé par Jean VIII, il avait été rétabli par Martin II à qui son savoir l'avait rendu nécessaire ; et c'est lui qui l'emporta, malgré les canons qui défendaient les translations d'un siégea un autre, et dont ses implacables ennemis s'appuyèrent pour le tourmenter même au delà du tombeau. Ces canons avaient été cent fois violés, et j'oserai dire qu'ils auraient dû faire une exception en faveur du siège de Rome. Dès que le pape avait été reconnu comme chef de l'Église, tous les évêques de la chrétienté auraient dû coopérera son élection. Ce n'était point sans danger, je le sais, les vacances en seraient devenues fort longues ; et, dans ce temps de désordres, il était urgent d'y pourvoir; mais il n'en était pas moins ridicule que le peuple et le sénat de Rome, unis à quelques évêques du voisinage et au clergé de la ville, imposassent un chef spirituel à toutes les Églises. L'élection faite par les cardinaux de tous les pays est fondée sur le principe que je pose, et il est étonnant qu'avant l'institution de ces grands dignitaires, ce principe n'ait pas été invoqué par les évêques ou tout au moins par les métropolitains.
C'est le pape Formose qui, dès les premiers jours de son avènement, reçut la réponse des Orientaux à la lettre u 10
d'Etienne YI. Elle lui fui apportée par une députation qui vint lui expliquer la contradiction que le pape avait remarquée entre les paroles de Tempereur Léon et celles de révêque Stylien. C'est que les amis de Photius considéraient sa déposition comme une abdication volontaire, tandis qu'aux yeux des orthodoxes il n'avait jamais passé pour évêque. Mais les deux partis n'en réclamaient pas moins l'indulgence du pape pour les clercs ordonnés par l'intrus. C'était encore une reconnaissance formelle de la suprématie romaine, et en même temps un démenti donné aux historiens qui datent du patriarchat de Photius le schisme définitif des deux Églises. Mais, fidèle aux traditions ou aux instincts du saint-siége, Formose ne répondit encore que par uq trait de vanité. Il fit partir quatre légats pour Coustantinople avec ordre de n'accorder de grâce qu'à ceux qui l'imploreraient en reconnaissant leur faute par écrit ^; et cette nouvelle imprudence refroidit de plus en plus le zèle du peu d'Orientaux qui tenaient à l'unité de l'Église. La promotion de Gui de Spolette à l'empire en avait été une autre; elle avait mécontenté Arnoul de Germanie, qui, tout en soutenant le faible Bérenger, ambitionnait le titre d'empereur pour lui-même. Formose s'était encore aliéné le roi Eudes de France qu'avaient voulu déposer quelques seigneurs dirigés par le nouvel archevêque de Reims; il avait pris parti pour le successeur d'Hincmar, et avait écrit à Eudes pour Texhorter à réprimer son ambition. Mais ce roi, qui venaitde battre les Normands, n'était pas disposé à céder