‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 60 sur 112 · CÉSARS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

CÉSARS ALLEMANDS

Ce fut cependant cet indigne Jean Xïl qui fit une nouvelle révolution dans Tempire d'Occident en transférant à la race de Witikind un titre que la race de Charlemagne n'avait pas su conserver. Ce titre était depuis trop longtemps déshonoré par cette foule d'aventuriers que nous avons vus; et Gibbon a raison de regarder comme un interrègne cet espace de soixante-quatorze ans. Il fut relevé par Othon, duc de Saxe, fils de Henri l'Oiseleur, que les Saxons avaient créé roi d'Allemagne. Othon avait considérablement agrandi ses États aux dépens des Français, des Esclavons, des Danois et autres nations voisines, quand les seigneurs lombards, fatigués de la tyrannie du second Bérenger, l'appelèrent en Italie. Deux légats du pape arrivèrent en même temps à sa cour pour implorer également son assistance*. Mais ce n'était pas sans quelque méfiance de la part de Jean XII, puisque, avant de se mettre en route, Othon promit de lui conserver la vie, les membres et la dignité pontifi-

i. Luitprand; Hisi., VI, ch. vi.

cale. Ce serment est rapporté tout au long par Baronius 1 ; mais les uns le lui font prêter avant son départ d'Allemagne, les autres avant son entrée dans Rome. Il jure d'élever de tout son pouvoir l'Église apostolique et son chef, de lui rendre tous les domaines qui lui appartiennent, de ne tenir aucun plaid dans Rome, de n'y prendre sans l'avoir consulté aucune décision qui dépendrait de ses privilèges ou de ceux du peuple, ajoutant que les fidèles qu'il préposerait au gouvernement de l'Italie donneraient protection et sûreté à l'Église et à la personne du pape. Arrivé en Lombardie en 961, ceint de la couronne de fer par ses évéques, il marcha l'année s»ivante vers Rome à la tête de son armée, se donna ou se fit donner les titres de César et d'Auguste, et reçut la coaroone impériale des mains de cet in^me Jean XII qui kii prêta serment de fidélité avec l'intention de le trahir à l'instant mkm. Othon fit cependant reproduire et confmner ks donations prétendues de Pépin et de Chariemagne; et ce décret d' Othon est le premier de ce genre qui ait quelque authenticité. Il comprend la ville et le duché de Rome^ des villes de Toscane, l'exarchat, la Pentapole, les duçbés de Bénévent, de Spolette, des places de Lombardie et de Campanie, Tile de Corse et la Sicile, si Othon la reprend des mains des Sarrasins ^. Cette dm»tWn fut écrite eo lettres d*or, souscrite par huit évêqiiw d'AMem^ne, par cinq coûtes et plusieurs évêques d'Italie. Mais elle fUt accompagnée de bien; des restrictions

^ 1. Ann. Eeclé»,, liv. II, p. 44*!.

t. Ibid., an. 962; Fleury et autres.

qui rendait fort incertaine la souveraineté temporelle du pape sur ces provinces. On y remarque d'abord cette protection d^^ses lieutenants et gouverneurs qu'Othon lui pronAet,et ces gouverneurs sont établis dans les pays qu'il cède au saint-siége. On stipule que le pape élu ne ^ra sacré qu'après avoir juré entre les mains des commissaires impériaux de respecter les droits de tous; que d'autres cmnmissaires rendront compte de la manière dont les ducs et les magistrats exerceront la justice; que si le pape ne peut remédier aux abus, il souffrira que l'empereur y remédie; et l'acte finit par ces mots : c Sauf en » tout notre puissance et celle de notre fils et de nos des- » cendants.» Fleury a raison de dire que par cette clause l'empereur se réservait la souveraineté et la juridiction en dernier ressort sur tous les pays contenus dans cette donation; et il ajoute que l'histoire le fera voir*.

Quelle qu'elle soit cepwidant, cette munificence aurait dû arrêter l'ingratitude de Jean XII, mais il tenait à ne manquer d'aucun vice. Il viola son serment peu de jours après l'avoir prononcé, releva le courage de Bérenger, appela son fils Adalbert à Rome et signa avec lui un traité d'alliance contre l'empereur qu'il venait de couronner. Othon l'apprit des nobles romains qu'indignait cette infamie^ et revint à Rome pour la punir. Mais Adalbert et le pape s'en échappèrent, et il fut réduit à faire déposer Jean XII par un concile. Quarante évoques y assistèrent. Othon s'informa des crimes de Jean XII et on en cita d'horribles : le palais de Latran rempli de courti-

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