ConeUes, t. IX, p. 1457. ^i
l'orthodoxie de Tempereur et de sa cour. «Mais, quanta
» Michel, ajoute le légat Humbert, à Michel abusivement
» nommé patriarche et à ses fauteurs, il sèment les plus
» fatales hérésies. Ils vendent les dons de Dieu comme
» simoniaques ; ils font des eunuques comme les Valé-
» siens et les admettent à Tépiscopat comme les disciples
» d'Arius. Ils rebaptisent des gens baptisés comme les
» Donatistes; ils disent que, hors de FÉglise grecque, il
» n'y a plus dans le monde ni Église de Jésus-Christ, ni
» vrai sacrifice, ni vrai baptême. Comme les Nicolaïtes, ils
» permettent le mariage aux ministres de Tautel. Comme
» les Sévériens, ils maudissent la loi de Moïse; comme
» les Macédoniens, ils ont retranché du Symbole que le
» Saint-Esprit procède du Fils; comme les Nazaréens,
» ils gardent les purifications judaïques, ils refusent le
» baptême aux enfants qui meurent avant le huitième
» jour et la communion aux femmes en couches; ils ne
» reçoivent pas aux sacrements ceux qui se coupent la
» barbe et lés cheveux comme fait l'Église romaine;
» comme les Manichéens, ils prétendent que tout ce qui
» a du levain est animé. » C'est cette question des azymes
ou du pain sans levain qui avait servi de prétexte à cette
ambassade; mais les griefs des deux Églises revivaient
plus amers à chacune de leurs relations, et le légat
Humbert, après cette série de reproches dont la plupart
étaient ridicules, finissait par l'excommunication t du
» téméraire qui, au mépris du saint-siége, persistait à
» se donner le titre de patriarche universel. »
Michel Cerularius ne laissa point ce manifeste sans réplique. « Des hommes impies, dit-il, sortis des ténèbres
» de l'Occident, sont venus dans notre pieuse ville d*où
> les sources de la foi se sont répandues par tout le
> monde, et ont entrepris de corrompre la saine doctrine » par la diversité de leurs dogmes, jusqu'à mettre sur la t sainte table un écrit portant anathème contre n4)us et » contre ceux qui ne se laissent pas en traîner à leisrs » erreurs; ils ont supposé qu'ils étaient envoyés par Le » pape, mais ils sont venus d'eux-mêmes et ont fabriqué » des lettres de ce pape comme le prouve la fausseté de » leurs sceaux. » Il les accuse alors d'avoir comploté ce voyage avec le patrice Argyre qui commandait dans la Fouille au nom de l'empereur d'Orient. Il leur reproche de n'avoir pas voulu revenir dans Sainte-Sophie, et finit par les excommunier eux-mêmes au nom de douze ou quinze évoques qui se trouvaient à Gonstantinople. n rend compte à Pierre d'Antioche de tout ce qui s'est passé, et ii ajoute de nouvelles accusations contre les légats et les prêtres latins, comme de s'embrasser avant la communion, de porter des anneaux à leurs doigts, d'aller à la guerre, de souiller leurs mains du sang des hommes, de i^mplir de sel la bouche des en&nts qu'ils baptisent, de ne pas honorer les reliques des saints, de pqeter le levain du pain sacré, d'avoir enfin l'orgueil insupportable de prétendre les instruire. Un autre pasr sage de cette lettre incrimine particulièrement les trois légats, et ses accusations n'étant que trop justifiées par leurs insolences, il en insulte que ces ministres de concilation avaient tout fait pour la rendre impossible. < lis 1 se sont présentés, ditril, devant l'empeneur avec un air, » un haëît, une ééamtchè d'u«€ arrogatice extrême,
• portant des croix et des bâtons à la main. Mais qui
• pourrait exprimer leur insolence, leur vanité, leur > effronterie à mon égard ? Ds ne me dirent pas une i parole ; ils ne me firent pas la moindre inclination
• de tête, ne voulurent pas même me rendre le salut » accoutumé, i Ce n'était pas une raison pour les assassiner ; et les légats, qui avaient *bien quelques reproches à se faire, pouvaient lui rendre les noms de faussaire et de scélérat qu'il leur donnait. Michel s'étonnait enfin que les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem eussent mis le pape Léon IX dans les sacrés dyptiques de leur Église.
Ce dernier reproche et beaucoup d'autres attestent que, si la suprématie de Tévêque de Rome n'était pas entièrement établie en Orient, son siège y avait acquis une certaine puissance, une grande vénération ; et que, sans la maladroite vanité des Papes et de leurs légats, leur ambition serait parvenue au but qu'elle voulait atteindre. Le patriarche d'Ahtioche se défendit cependant d'avoir mis le pape dans ses dyptiques, quand la première Église d'Orient ne l'avait point mis dans les siens. C'était ce même évêque qui avait fait part de son élection à Léon IX, et sa réponse prouvait qu'il n'avait fait que suivre l'usage de l'Église primitive. Mais il n'approuva point son confrère de Constantinopie dans toutes les accusations qu'il portait contre l'Église latine ; il traitait de ridicules la plupart de ces griefs ; il n'y en avait selon lui que deux d'importants : la procession du Saint-Esprit et ^intc^ diction du mariage des prêtres. Il lui conseillait d'aban- ^donner le reste et même la question des azymes; il
Fenfifageait à considérer tout le mal que leur schisme avait déjà fait au monde, et à faire toutes les concessions légitimes pour y mettre un terme. Michel était trop violent pour suivre ces conseils. L'orgueil des légats l'avait blessé et il les accabla de nouvelles injures. Il ne voulut rien abjurer ni rétracter. Rome, de son côté, ne révoqua point sa sentence ; et l'on peut, comme dit Gibbon, dater de cette époque la séparation des deux Églises.
Léon IX ne connut pas le triste résultat des folies de son ambassade, que le Père Maimbourg qualifie de belle chose. Il était mort pendant celte négociation, le 19 avril 1054, et il s'en était suivi une vacance d'une année. Les Romains, plus soumis à la puissance impériale que leurs évêques, n'osèrent pas élire un pape sans la permission de l'empereur Henri lïl. Mais ils choisirent pour leur député l'homme qui méditait l'affranchissement de Rome et Thumiliation des puissances temporelles. Hildebrand était devenu le chef de la faction opposée aux comtes de Toscanelle sans être pour cela dans la dépendance de l'empire. Il accepta la mission qui lui était confiée, mais avec l'intention secrète de ne pas donner cette marque de déférence à celui qu'il prétendait dépouiller du droit d'élection. Il s'empara des évêques et abbés qu'il trouva rassemblés à Mayence; et, sans égard pour les droits dont le clergé de Rome avait joui jusqu'alors, oubliant qu'il avait conseillé à Léon IX de respecter ce privilège, il fit élire un pape par le clergé d'Allemagne. Pour ménager cependant la susceptibilité impériale, il choisit Gebehard, évêque d'Eichstadt, parent et ministre de Henri III, qui ne s'en souciait pas plus que cet
évéque^. Mais il eut Tart de vaincre leur résistance, et pour calmer les scrupules de ses commettants, il leur fit croire que le nouveau pape était du choix de l'empereur. Gebehard arriva à Rome le 13 avril 105S et fut intronisé sous le nom de Victor II. Il suivit en tout les traces de son prédécesseur. Hildebrand prit cependant une plus large part au gouvernement de TÉglise. Il suppléa le pape dans les conciles de Lyon et de Tours où Bérenger rétracta son hérésie. Victor II usurpait en même temps les privilèges des moines de Montcassin, en leur imposant un abbé dans la personne de Frédéric, frère de Godefroy duc de Lorraine. Ce Frédéric le remplaça l'année suivante sur le saint-siége et prit le nom d'Etienne X, sans qu'on sache s'il avait sollicité et attendu l'approba^ tion de l'empereur.
Ce n'était plus Henri le Noir. C'était son fils Henri IV, enfant de huit ans qui n'était encore que roi de Ger* manie sous la tutelle de l'impératrice Agnès sa mère. Etienne essaya de lui enlever l'empire et de le faire conférer à son propre frère Godefroy, qui guerroyait en Italie et qui venait d'épouser Béatrix de Toscane, veuve du marquis Boniface. Mais ce complot échoua comme renvoi d'une nouvelle ambassade à Constantinople. . Etienne y avait paru sous son nom de Frédéric à la suite de l'évêque Humbert; et le souvenir des injures qu'il y avait subies tourmentait sa vanité. Mais ses légats en auraient essuyé de plus cruelles. Michel Cerularius avait entraîné la cour et les provinces dans le parti du
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schisme, et le nouveau César Isaac Gomnène y subissait le joug de ce tout-puissant patriarche. Les légats d'Ëtienne X ne passèrent point la mer. La nouvelle de sa mort les trouva encore à Bari, et ils revinrent à Rome pour prendre part à la lutte de deux concurrents.
Etienne, avant de mourir, avait fait promettre au clerçé de Rome de ne pas élire de pape avant le retour d'Hildebrand qu'il avait envoyé en AHemagne auprès de l'impératrice. Mais les comtes de Toscanelle étaient rentrés dans la ville sainte; et, profitant de l'absence de leur puissant adversaire, ils avaient fait élire à force d'ai^ent teùr parent Jean Mincius, évéque de Velletri, qu'ils avaient baptisé du nom de Benoît X. Les évéques du voisinage et le clergé de Rome, indignés de cette élection simoniaque, s'étaient enfuis avec le fameux Pierre Damien, évéque d'Ostie, et fortifiés d'Hildebrand qui les avtiit rejoints à Sienne, ils avaient élu l'évéque de Florence Gérard sous le nom de Nicolas II, après avoir prononcé la dépo^tion de la créature des comtes de Toscanelle. Benoit n'avait pas désiré le fardeau de la papauté. Il s'empressa de le déposer; et le nouveau pape entra dans Rome sous la conduite d'Hildebrand et du duc de Lorraine, le iOi janvier 1059. Il s'occupa sur-lechamp de réformer les abus qui déshonoraient son Église et de conjurer les périls qui la menaçaient. Dans un concile de cent treize évéques assemblé à Rome, il fit décider que les Papes seraient choisis à l'avenir par les cardinaux, confirmés par le clergé et le peuple; et Hildebrand souffrit encore qu'on ajoutât : sauf l'approbation de l'empereur. Ce titre de cardinal avait été pris d'^ord
par les titulaires des trente-six paroisses de Rome sous le pontificat de Pascal, au commencement du ix' siècle. On avait ensuite donné ce nom aux chanoines des grandes cathédrales de Tltalie. Etienne IX avait grandement accru leur autorité en les réduisant à sept;* et une lettre de Pierre Damien, qui fut nommé le premier des sept, nous dit qu'ils furent dès lors appelés les évéques de Latran parce qu'ils avaient droit d'y officier à la place du pape. On leur donna encore le nom de collatéraux comme étant ordinairement à côté du Saint^Père, et celui d'hebdomadiers comme servant tour à tour par semaine ^ Un canon de ce même concile fait connaître la triste situation de l'Italie, en frappant d'anathème ceux qui pillaient les femmes, les pèlerins et les pauvres à soixante pas des églises et à trente des chapelles. Le pape et ses officiers n'avaient pas la puissance de poursuivre plus loin les brigands qui infestaient les villes et les campagnes. Ils s'assuraient seulement dans les lieux où ils remplissaient leurs saintes fonctions.
L^hérésiarque Bérenger, traqué de ville en ville, vint encore renouveler son abjuration dans ce concile; il y brûla même ses livres. Mais, à peine sorti deRome, il reprit le cours de ses publications en dépit des anathèmes qui le poursuivaient. Rome avait de plus redoutables ennemis dans les chevaliers normands qui, après avoir délivré Naples des Sarrasins, considéraient cette province comme leur conquête. Nicolas II eut l'art de leur persuader que, par ses protecteurs ou par lui-même, il avait