I. Pierre Damien, liv. II, EpUt, i
assez de puissance pour les chasser, ou pour les maintenir par sa seule protection. Us consentirent à faire légitimer leurs larcins par Tinvestiture du saint-siége. Richard obtint ainsi la principauté de Gapoue; Robert Guiscard, les duchés de laPouille et de la Calabre; et ils se soumirent à un tribut annuel en se reconnaissant vassaux de TÉglise de saint Pierre. Les évêques de France et d'Allemagne qui avaient fait des rois, en avaient donné l'exemple au pape; jnais il poussa plus loin cet empiétement, et se fit seigneur suzerain avant d'être bien sûr d'être souverain lui-même. Ainsi la papauté accroissait toujours ses prérogatives; et les paroles de Léon IX étaient mises en pratique par Nicolas U. La soumission de Tarchevêque et du clergé de Milan par le cardinal Damien fut le dernier succès de ce pontificat qui finit en juin 1061. Hais cette soumission ne fut que momentanée. Les comtes de Toscanelle ne pouvaient souffrir que l'élection des Papes leur fut enlevée par la faction d'Hildebrand. Ils s'unirent aux évêques de Lombardie qui redoutaient l'ambition de ce moine récemment nommé cardinal et archidiacre de l'Église romaine; et l'impératrice Agnès entra elle-même dans cette coalition. Hildebrand crut la prévenir en faisant envoyer une députation en Allemagne pour demander au nom des Romains l'autorisation d'élire un pape. Mais leur légat ne fut pas même reçu, et il revint à Rome avec ses lettres encore fermées. Hildebrand ne différa plus. Il fit élire Anselme, évêque de Lucques, qui prit le nom d'Alexandre II. Mais les comtes de Toscanelle et de Segni ne voulurent point le reconnaître. Ils entraînèrent
le^ évêques lombards en Allemagne, et tirent entendra à la régente Agnès que les droits de l'empire étaient foulés aux pieds par le clergé romain. L'empire n'avait que faire dans ce conflit. Il n'y avait point d'empereur, Henri IV n'était que roi de Germanie, et la couronne impériale n'était pas encore transmise par héritage. Les coalisés, rassemblés à Bâle, n'osèrent pas même la décerner à leur royal protecteur. Ils le nommèrent seulement patrice des Romains, sans qu'un seul habitant de Rome assistât à cette diète; mais ils firent un pape dans la personne de Gadalous,évêque de Parme, qui prit le nomd'Honorius II el qui marcha sur Rome à la tête d'une armée impériale et avec le cortège des évêques et seigneurs italiens qui l'avaient élu. Hildebrand s'était fortifié contre cette ligue. Le nouveau duc de Toscane Godefroy de Lorraine avait armé pour le défendre. Il surprit les troupes de Cadaloùs, les mit en déroute; et ce rival d'Alexandre II ne fut plus qu'un anUpape, une créature des évêques lombards qu'on traita hautement de simoniaques et de concubinaires. Gettedéfaite des troupes impériales fut fatale à l'impératrice. Les seigneurs étaient mécontents de la faveur qu'elle accordait à l'évêque d' Augsbourg, son ministre. L'archevêque Annon de Gologne ambitionnait la place de ce favori ; il se mit à la tête des seigneurs, enleva le jeune roi à sa mère, et s'empara des rênes du gouvernement *. Un concile assemblé au château d'Othon par ses ordres, excommunia et déposa Cadaloùs, malgré l'opposition des évêques lombards et sur
l. Olhon de Fieisingen, liv. VI; Sigeberi el autres.
une lettre du cardinal Damien, qui fît reconnaître Alexandre II comme pape légitime en affirmant qu'on n'avait en rien choqué les droits de la puissance séculière. On a élevé des doutes sur cette reconnaissance affirmée j)lus tard par Baronius ♦. Les auteurs de r-ffw^;t>e universelle disent au contraire que le roi Henri IV persista à reconnaître Cadaloûs; mais il n'est pas probable qu'un enfant de treize ans, privé des conseils de sa mûre, ait montré cette opiniâtreté contre l'opinion de son nouveau tuteur. Annon, gardien des droits de la royauté comme ministre, et de ceux du sacerdoce comme archevêque, essaya de les concilier dans l'intérêt de la paix. Tout en déposant Cadaloûs, il conservait des scrupules sur l'élection d'Alexandre; et pendant un voyage qu'il fit à Rome l'année suivante, il demanda respectueusement à ce pape pourquoi il avait accepté le pontificat sans attendre le consentement de son maître, attendu, disait-il, que les rois étaient depuis longtemps en possession de ce droit. Mais il trouva en face de lui et à côté d'Alexandre II le chef de la faction pontificale, ce terrible Hildebrand qui lui répondit effrontément que les rois n'avaient aucun droit à l'élection des Papes. Ils mentaient tous deux, car Henri IV comme roi de Germanie n'avait aucune autorité sur Rome et ses pontifes, et l'archevêque Annon devait savoir que le titre d'empereur pouvait seul lui donner cette autorité. Hildebrand, de son côté, savait trop bien quel était le droit de la puissance temporelle; et cette croyance était si bien enracinée dans l'esprit du
i ' Oeita PanL, an. 1064.
peuple et du clergé que malgré l'abandon qu'Henri II avait fait de tous ses privilèges en faveur de la papauté, on avait repris à sa mort cette tradition de l'Église. Mais Hildebrand voulait l'atfranchir de cette dépendance, et la minorité du roi de Germanie, la victoire de Godefroy ayant encouragé son audace, il laissa échapper cette maxime qui révélait ses intentions secrètes, à la première occasion qui lui en était offerte. Son altière réponse eût tout brouillé si la modération du pape Alexandre n'eût arrêté la réplique de Tarchevêque de Cologne. Il fut touché du zèle que montrait ce ministre de Henri IV pour le rétablissement de la paix, et au grand regret d'Hildebrand, il consentit à convoquer un concile pour y démontrer la régularité de son élection. Ce concile fut ouvert à Mantoue, et les évêques lombards s'y rendirent. Alexandre II se purgea par serment du crime de simonie dont ces évêques l'accusaient et se fit enfin reconnaître de tous *.
Mais il est difficile de concilier cette adhésion des évêques de Lombardie avec ce qui se passait à Milan, où la faction du pape et celle du roi se combattaient sans cesse. La première avait pour chef le diacre Arialde et le gonfalonier Herlambaud, ouvertement protégés par Hildebrand. La seconde était dirigée par Gui de Velate, nouvel archevêque, et par ses sufl'ragants. Cet archevêque, soutenu par Henri IV, avait chassé Arialde de la ville de Milan, et sa nièce avait fait tuer ce diacre par des sicaires. Ces événements s'étaient passés à la
i. Baronius, Geêta Pont, an. 1064.
vérité avant le concile de Mantoue. Mais ce concile n'avait point terminé ce schisme, puisque le fanatique Herlambaud avait été forcé de revenir à Rome en 4064, pour solliciter les secours spirituels du saint-siége contre un archevêque que ses armes n'avaient pu dompter. Ce gonfalonier remporta un décret dicté par Hildebrand et portant : « que les évêques, de quelque Église que ce fût, ne 1 l'étaient légitimement qu'autant qu'ils étaient établis » par le pape, et que ceux qui ne l'étaient que par l'élecï tion du clergé et du peuple, par ordre même du roi, > n'étaient pas évêques légitimes. » C'était une nouveauté des plus hardies qui détruisait à la fois les privilèges de la royauté, ceux des métropolitains et des synodes provinciaux, et qui conférait aux Papes, avec la confirmation des évêques, tous les droits que renfermait à leurs yeux le titre éminent d'évêque universel dont ils étaient si jaloux. A la seule vue de ce décret. Gui de Velate, effrayé ou lassé, se démit de ses fonctions épiscopales. Jifais par un reste d'opposition, ce n'est point au pape, c'est au roi Henri IV qu'il renvoya sa crosse et son anneau pastoral ; et le roi, en les remettant au nouvel archevêque Godefroy, ouvrit cette interminable guerre des investitures qui lui causa tant d'affronts et de misères.
Excommunié sur-le-champ par le pape, Godefroy fut assiégé dans son château de Castiglione par les troupes d'Herlambaud, qui, rassemblant à la hâte des évêques et des clercs, fit élire le chanoine Otton à l'archevêché de Milan. Ce choix fut confirmé par le pape; mais la faction royale ayant repris le dessus, cet Otton fut chassé du palais épiscopal, et contraint de signer son abdication dans H 14
la cathédrale même où il avait cherché un refuge. Henri IV fut indigné de cette faiblesse; il lui enjoignit de reprendre ses fonctions et ordonna aux évêques lombards de le sacrer. Après cet acte d'autorité dont Hildebrand et le pape n'avaient pu empêcher l'exécution, ce roi pou^ vait-il espérer qu'Alexandre II eût consenti à la répudiation de Berthe de Suze sa femme? On ne conçoit même pas que l'archevêque Annon, le censeur perpétuel du libertinage effréné de ce jeune roi, se soit chargé d'écrire à Rome pour faire approuver ce divorce ^. Le pape en<* voya sur-le-champ Pierre Damien à Mayence pour s'y opposer. Ce cardinal effraya les seigneurs et les évêques qui l'avaient approuvé, et Henri lYfut contraint de garder sa femme. Il se vengea de la défection de ces évêques par des violences qui soulevèrent des rébellions; il vendit les évêchés, les bénéfices ecclésiastiques. On vit même dans un seul diocèse deux évêques qui avaient payé au roi le droit de s'y établir. Le pape s'indigna de ces scandales et poussa à son tour la violence jusqu'à citer le roi à son tribunal. C'était le premier exemple de cette énormité> qu'Henri lY aurait punie peut-être si les révoltes des seigneurs ne l'avaient retenu en Allemagne. Mais la mort d'Alexandre II, survenue le 20 avril 1073, arrêta les eftets de cette étrange citation.
J'ai négligé bien des actes de ce pontificat, parce qu'il n'en résultait aucun autre empiétement sur les droits des souverains et des Églises. Il en est un cependant qui avait ce caractère, et qui fut suscité par l'ambition de Guii*