I. Othon do Frissingen
se hfttèrent d'accourir au-devant de lui et se prosternèrent à ses pieds. Ces rois n'étaient plus que les humbles serviteurs de la cour de Rome. Mais Henri V avait appris avec dépit ce changement de route, il avait attendu le pape à Ausbourg, et tout le clergé d'Allemagne avait espéré que Pascal II aurait célébré les fêtes de Noël à Mayence. Henri sollicita une conférence. La ville de Châlons-sur-Marne fut désignée par le pape, et l'abbé Suger l'accompagna avec un certain nombre d'évêques français. Une ambassade solennelle y fut envoyée par le roi de Germanie; elle était présidée par Albert, chancelier de l'empire, et composée de trois évêques, de plusieurs ducs et comtes d'Allemagne, et du terrible Guelfe, duc de Bavière, qui se faisait de sa stature colossale un privilège d'insolence et de grossièreté. L'appareil et l'entrée de cette ambassade furent magnifiques. L'archevêque de Trêves répondit au décret de Guastalla par la défense énergique du droit d'investiture qu'avait la puissance séculière; et l'évêque de Plaisance répliqua au nom du pape que cette investiture était criminelle envers Dieu, et que TÉglise en était avilie. Mais une voix forte lui imposa silence, et c'était sans doute celle du Guelfe, c Ce n'est pas ici, dit cette voix, c'est à Rome que > cette querelle sera vidée par l'épée, » et l'épée était en effet le seul arbitre de cette querelle.
Henri V était prêt à soutenir le défi de son ambassade, et les violences de Pascal II aux conciles de Troyes et de Rome ne firent que l'irriter davantage. Il annonça hautement qu'il allait soumettre l'Italie et forcer le pape à le sacrer empereur. Jamais un plus grand armement
n*avail menacé la capitale de la cbréUeqté. Cinquante mille fantassins et trente mille cavaliers marchaient sou^ la bannière de Henri. Il ae Qt couronner roi d'Italie p^ Tarchevêque de Milan, traversa en vainqueur les États de la comtesse Mathilde, et envoya des député^ au pape pour régler la pompe de son CQuronnement. Pascal n'était point à Rome; mais ce fut un commencement de faiblesse que d'envoyer des députés pour traiter avee ceux du vainqueur, C'est dans les parvis de la basilique de Saint-Pierre que, le â février 1111, eut lieu leur cûd& rence; et le roi et le pape y luttèrent d'hypocrisie. Henri V promit de renoncer aux investitures, de laisser à saint Pierre l'intégrité de son patrimoine; et Pascal s engagea à forcer les évéques, sous peine d'excommunication, de rendre à la couronne tous les biens qu'ils avaient usurpés depuis Charlemagne. Ils savaient l'un et l'autre que les évéques n'y consentiraient jamais, mais les préliminaires de cet accord n'en furent pas moins accomplis. Le roi fut reçu dans Rome avec de grandes démonstrations de joie, mais dès qu'il en fut maître, il tint un autre langage. Sommé de ratifier la parole de ses députés, il voulut savoir si les évéques d'Allemagne souscriraient à la promesse du pape, et ils ne manquèrent point de s'y opposer, c Rendez à César ce qui est à César, > leur disait Pascal, et les évéques répondaient à cette dérision en lui disant de lui rendre lui-même le patrimoine de saint Pierre. Un Allemand s'indigna de tous ces délais. € A quoi bon, s'écria-t-il, tous ces discours? dépé- » chez- vous de couronner l'empereur, ou malheur à V vous ! » Le refus du pape porta l'irritation à son corn-
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ble- Burchard, évêque de Saxe, et l'archevêque de Mayence lui-même conseillèrent au roi d'en finir, et Pascal, environné, saisi, dépouillé, fut jeté dans une prison. Le peiiple essaya vainement de le défendre, les plus hardis furent m^ssacré^ et poursuivis dans les ;*ues de Rome. Ji'évêque de Salsbourg fut le seul Allemand qui s'opposa ^ cette violence. Celui de Tusculum rallia les Ron^^jips, jeur fit jurer de délivrer le pape; mais cette résistance n'eut pour résultat que le ravage de leur province. Henri V poussa jusqu'à l'extrémité l'abus de la force, il tourmenta, menaça son prisonnier ; et le prêtre orgueilleux q^i avait dît vingt fois qu'il préférerait la mort k l'abapdon des droits de l'Église, ne sut ni mourir, ni souffrir ppur les défendre.
Les martyrs des premiers temps mouraient pour moins que cela. Mais les prêtres du douzième siècle vivaient dans l'abqndance de toutes choses, et il leur en coûtait de renoncer à une vie si pleine de jouissances. Pascal II accorda à son ennemi le don des investitures, envoya même chercher le sceau du saint-siége qu'il avait laissé à Rome, scella de sa main la bulle qui abandonnait ce privilège à la puissance laïque, et ne sortit de sa prison i|ue pour aller poser la couronne impériale sur le front de celui qui venait de l'humilier. Les évêques d'Italie s'en indignèrent. Jean de Tusculum, Léon de Verceil et beaucoup d'autres décrétèrent contre le pape et sa bulle « . D'autfes, que dirigeait Brunon, évêque de Segni et abbé de Montcassin, se bornèrent à lui conseiller une rétracta-