‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 90 sur 112 · Abrégé chron., t. Il, p. 1J · texte numérisé non relu

Abrégé chron., t. Il, p. 1J

de Spire partit pour Rome avec Tabbé de Fulde, pour y porter des paroles d'accommodement. On fit droit aux scrupules du pape sur l'investiture par la crosse et l'anneau qui lui semblait empiéter sur la puissance spirituelle. Henri. V y renonça; mais, à l'exemple du roi de France, il voulut conserver le droit de conférer les biens temporels, et Callixte II lui reconnut ce droit, en lui concédant l'investiture par le sceptre. L'empereur rétablit la liberté d'élection par le clergé, et rendit à saint Pierre les droits de justice, de monnaie et tout ce qu'on appelait alors les régales, La diète de Worms confirma cet accord. Rome abandonna les exorbitantes prétentions de Grégoire VII, et Callixte eut le bon esprit de comprendre le sens de l'investiture que se réservaient les rois et les empereurs. Il mourut ainsi, le 12 décembre H24, avec la satisfaction d'avoir rétabli la paix dans le monde chrétien, et sa mémoire doit en être récompensée par de justes éloges. C'est sous son pontificat que commencèrent les succès, les amours, les malheurs et la ridicule condamnation d' Abélard ; mais le sujet que je traite n'ayant aucun rapport avec cet épisode de notre histoire littéraire et philosophique, je ne veux pas en embarrasser ma narration.

Lambert, évêque d'Ostie, fut, sous le nom d'Honoré II, le successeur du second Callixte. C'était un protégé des Frangipanes qui réussirent par cette élection à reprendre leur crédit. Le peuple en voulait un autre. On avait même donné le nom de Célestin au cardinal Saxon d'Anapni que désignait une acclamation populaire. Mais un nouveau schisme fut arrêté par la modestie de cebonhomuic,

c'est ainsi que Maimbourg l'appelle. Il quitta la robe de pourpre dont on Pavait revêtu et rentra paisiblement dans son église de Saint-Ëtienne. Honoré II eut plus de peine à réduire les moines dont Taudace toujours croissante fatiguait les peuples et les évêques. Un abbé du nom de Pons, suivi d'un ramas de bandits, de moines débauchés et de femmes perdues, s était emparé à main armée du monastère de Gluny. Il avait fondu jusqu'aux vases sacrés pour payer ses satellites; et le nouveau pape fut obligé de l'en punir par d'autres armes que ses vains anathèmes. Il fut moins juste en persécutant l'abbé Odérise de Montcassin dont il avait eu à se plaindre pendant son épiscopat d'Ostie. Sur des soupçons que lui donna un comte d' Aquina, il le somma de comparaître à Rome, punit son refus d'une excommunication, le fit attaquer par une troupe de factieux, et ne fut satisfait qu'après l'avoir vu déposer à ses pieds les insignes de sa dignité. Odérise ne tarda point à les reprendre. Les abbés de Montcassin se posaient assez souvent en rivaux de l'évêque de Rome; et les moines prirent les armes pour défendre leur abbé. Mais le peuple des environs prit parti pour le pape, et Odérise fut chassé de son abbaye. Les moines s'en vengèrent par l'élection de leur doyen Nicolas, dont le pape avait également à se plaindre. Honoré II découvrit quelque irrégularité dans cette nomination. Il déposa ce nouvel abbé, et leur en imposa un de son choix. Mais celui-ci montra tout à coup l'orgueil des grands dignitaires dont il prenait la place.' Il refusa le serment au pape dont il était la créature, alléguant que les abbés de Montcassin n'avaient jamais donné ce témoi-

gnage d'humilité; les moines soutinrent alors le chef qui leur avait déplu; et Honoré n'osa continuer la guerre qu'il avait provoquée. Il ne fut pas plus heureux, en 1128, dans son opposition aux prétentions de Roger de Sicile qi^î, à la mort du duc Guillaume, s'était emparé de la Fouille et de la Calabre. Honoré H blâma l'évéque Alfane de Gapoue qui l'avait reconnu et sacré comme souverain des deux duchés ; prétendit que Roger aurait dû commencer par lui demander l'investiture, sacra de sa main le prince Robert, et le fit reconnaître comme duc par la foule des seigneurs et du peuple qui l'avaient accompagné. Il les émut, les transporta par son éloquence belliqueuse ; promit le paradis à tous ceux qui mourraient dans cette espèce de croisade, une moitié d'indulgence à ceux qui ne mourraient pas et marcha à leur tête contre l'armée de Roger *. Celui-ci le fatigua par ses manoeuvres, le laissa miner par la famine qui décima et dissipa l'armée papale ; et le pape, réduit à s'enfuir dans Bénévent, s'estima très-heureux de la modération de son ennemi qui vint lui offrir la paix et son hommage. Honoré s'empressa de sacrer, d'investir par l'étendard, un prince qui, malgré sa victoire, voulaitbien le reconnaître pour seigneur suzerain des États deNaples et de Sicile. Honoré II vécut encore une année; et l'ombre de Grégoire VII eut encore à gémir d'un nouvel acte de tolérance. Etienne de Senlis, évêque de Paris, était en guerre avec son chapitre, dont les exactions attaquaient, disait-il, les libertés et la fortune du clergé de son dio-

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