CHAPITRE VIII SAINT GÉLASE ET THÉODORIC
Ainsi les petits comme les grands événements de ces temps de décadence concouraient tous à Tagrandissement de cette puissance nouvelle qui marchait à Fempire du monde. L'instinct de la domination semblait communiquer aux possesseurs du saint-siége une politique traditionnelle qui les rendait habiles à saisir toutes les occasions de s'élever. Ils s'emparaient peu à peu de la ville éternelle, que les Césars dégénérés abandonnaient, pour réfugier leur nullité honteuse dans un palais de Ravenne, comme s'ils se reconnaissaient indignes d'habiter le palais d'Auguste et des Antonins. Le sénat, plus vil encore, n'existait pour ainsi dire que de nom. Le peuple n'avait plus ni ressort ni volonté ; et le préfet de Rome n'était plus qu'un édile sans influence sur le reste de l'Italie. Le mouvement, l'influence, la vie n'étaient que dans le palais de Latran que Constantin avait donné pour résidence aux évoques de Rome; et j'aurai plus tard l'occasion de démontrer que là se bornait la prétendue donation de cet empereur. Les décrets qui partaient de ce palais allaient remuer les esprits jusqu'aux extrémités
des deux empires ; -et les grandes querelles de l'Orient ne détournaient point les Papes des soins perpétuels que leur imposait le maintien de la discipline ecclésiastique dans les provinces occidentales. Les Pélagiens troublaient encore les Iles Britanniques, et saint Germain d'Aùxerre y était allé trois fois au nom des papes Léon et Hilaire pour ranimer le zèle des catholiques. Les règles canoniques étaient sans cesse enfreintes par Tignorance ou le caprice des évêques. Sous le pontificat d' Hilaire, des métropolitains avaient imposé aux Églises de Béziers, de Die et de Galahorre, des prélats dont le peuple ne voulait pas, L'évêque de Barcelone avait désigné en mourant le successeur qu'il désirait, et le clergé du diocèse, ou- ))liaut les lois de l'Église, avait rempli ses dernières volontés. Hilaire, averti de ces infractions, s'empressa de les arrêter et d'en empêcher le retour par des règlements qui obligeaient l'Église tout entière. Il gourmanda l'incurie de^ n)étropolitains qui négligeaient la convocation périodique des synodes provinciaux, et leur commanda d'être plus exacts à l'avenir ; et ces ordres étaient dictés ^vec uq§^ hauteur, une véhémence qui attestaient à la fois la pui^s^iîçe 4e soîi siège et la subordination de TOcçi- ^ent,
Sinuplicius, qui lui succéda en 467, ne fut pas moins ^vère. C'était le flls d'un habitant de Tibur, nommé P^stin, ^t pendant les seize années de son pontificat, il soutint les maximes et les prétentions de son siège avec la fermeté d'un digne successeur de Damase. Les évêques d'Occident n'étaient pas encore tout à fait soumis à la
diâçiplinç d§ la nouvel Je ïlein€5,et niontr^ient quejqttçfois
des velléités d'indépendance. Simplicius ne laissa échapper aucune occasion de les courber sous son autorité souveraine. Il reprit Gaudence, évêque d'Assise, qui avait fait des ordinations contre les règles, et Jean de Ravenne qui avait forcé un clerc d'accepter le pontificat malgré lui. Il montra la même opiniâtreté que ses prédécesseurs à refuser de souscrire le vingt-huitième canon de Ghalcédoine, malgré les sollicitations de Zenon, nouvel empereur d'Orient; et cette obstination que mettaient les patriarches à demander l'approbation de l'évêquedeRome, attestait de plus en plus les progrès de son autorité. Simplicius n'en commandait pas moins l'exécution des autres canons du dernier concile œcuménique contre les hérétiques, mais il s'étayait d'un principe qu'on aurait pu lui opposer à lui-même, quand il avançait « que le monde entier tenait pour inviolable ce qui avait été ordonné par tous les évêques ^ » Le vingt-huitième canon devait dans ce cas avoir à ses yeux la môme autorité que les autres, et cependant il refusait de l'approuver, et sa révolte à cet égard était un exemple que les Orientaux ne tardèrent pas à imiter, sous la tyrannique influence de l'empereur Basilisque qui avait chassé Zenon du trône de Constantinople. Ce Basilisque ayant embrassé l'hérésie d'Eutychès, les Nestoriens, les Eutychéens, tous les adversaires du concile de Chalcédoine rentrèrent violemment dans leurs sièges. Ils dépossédaient les évêques orthodoxes, tenaient des synodes schismatiques. Timothée Élure était l'âme, le promoteur de cette sédition. Ce