‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 112 sur 150 · Voy. Grégoire de Tours et autres · texte numérisé non relu

Voy. Grégoire de Tours et autres

Mais j'aime mieux le voir parcourir les provinces de la Gaule pour réprimer les abus qui s'introduisaient dans les églises, vendre l'argenterie de la sienne pour secourir les pauvres et les orphelins, pour payer la rançon des captifs, ou porter les doléances des peuples aux pieds de Théodoric. Traduit par des calomniateurs au tribunal de ce prince, il y parut avec la dignité d'un apôtre, et Théodoric le renvoya comblé d'honneurs et de présents, en s'écriant : t Que Dieu punisse ceux qui ont fait faire » inutilement un si long voyage à ce saint homme 1 J'ai » tremblé en le voyant. Il a un visage d'ange; et il n'est » pas permis de mal penser d'un personnage aussi véné-

» rable. » Symmaque lui montra les mêmes respects et le

nomma son vicaire dans l'Espagne et dans les Gaules' . Ce fut un des derniers actes de son pontificat. Il mourut le 19 juillet 514, laissant la puissance du saintsiége un peu affaiblie à son successeur Hormisdas, qui lui rendit quelque autorité sur les Orientaux. Mais le hasard y eut plus de part que son adresse. La réputation de son esprit et de sa capacité était parvenue jusqu'à la capitale de l'Orient; et Tempereur Anastase, le croyant plus modéré que les autres, lui écrivit pour le prier de l'aider à pacifier son Église. La rivalité des sectes y entretenait la discorde. Les peuples étaient divisés comme les prêtres; et dans Constantinople même la populace ne pouvait souff'rir qu'un hérétique dominât dans Sainte- Sophie. L'empereur avait vieilli au milieu de ces désordres, il en était fatigué, et pour donner quelque satis-

i. Vie de saint Césaire, liy. I.

faction aux catholiques de son empire, il avait triomphé de sa répiugnance à correspondre avec les évoques de Rome. Il annonçait à)Hormisdas qu'il avait convoqué un nouveau concile pour essayer encore une fois de concilier tous les partis, qu'il lui avait assigné la ville d'Héraclée dans la Thrace, et il invitait le pape à y assister. Hormisdas accueillit avec joie cette avance inespérée. Mais il y vit un acte de repentir et de soumission, et il en perdit tout le fruit par la roideur de sa vanité. Les instructions qu'il remet à ses cinq légats entrent dans des détails si minutieux qu'elles en sont ridicules ^ Il leur trace les pas qu'ils doivent iFàire, la manière dont ils répondront aux égards qu'on leur témoignera. Il indique même le moment où ils devront verser des larmes de reconnaissance. Mais il en revient à la lettre de saint Léon, au concile de Chalcédoine, à ta condamnation d'Acace, et leur défend de passer outre si l'empereur et ses évoques ne commencent point par satisfaire aux exigences du saint-siége. Anastase contient son impatience, il veut bien condamner Eutychès et Nestorius, recevoir le concile de Chalcédoine*, mais il voit de la dureté dans l'obstination qu'on met à vouloir forcer l'Église et l'empereur d'Orient de reconnaître la condamnation d'un patriarche de Gonstantinople, par cela seul qu'un évoque de Rome l'a prononcée. C'était précisément pour le juger qu' Anastase assemblait le concile d'Héraclée, et on voulait lui imposer un jugement tout fait, sans lui

i. Conciles, t. IV, p. 1426.

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