‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 123 sur 150 · Agap., Epitt. vu · texte numérisé non relu

Agap., Epitt. vu

du pape se manifesta dans plusieurs autres occasions. Les catholiques d'Afrique avaient trouvé parfois des maîtres moins intraitables quèGenséric, et à chaque intervalle de tranquillité, ils se hâtaient dé rentrer dans leurs villes et de se donner des évéques. Il faut le dire à la louange des prêtres qui acceptaient ce dangereux épiscopat, ils montraient toute la ferveur de leurs devanciers sans songer aux persécutions que pouvait rametier un changement de règne. Affranchis enfin de la domination vandale par les victoires de Bélisaire, ils s'étaient rassemblés à Garthage, en S34, au nombre de deux cent dix^sept, sous la présidence de Tévêque Réparatus, pour régler la conduite à tenir envers les Ariens qui demandaient à rentrer dans TÉglise catholique. Ce concile se souvint que rAfrique était une province de celle de Rome; il s'en remit à la décision du pape ; et Agapet, voulant accorder la justice avec la miséricorde, décida qu'il fallait les réconcilier avec Taffection que commandait la charité chrétienne, qu'il fallait leur donner de quoi vivre honorablement, mais leur interdire toute fonction ecclésiastique. Ce ne fut point d'abord l'avis de l'empereur

Justinien, qui souhaitait leur entier rétablissement comme la récompense de leur repentir; mais Agapet lui fit sentir le danger d'une complète réhabilitation. Sa tolérance n'était point absolue sans doute, mais quand on se rappelle les sanguinaires atrocités que les Donatistes et les Ariens avaient commises à l'égard des catholiques, on doit louer Agapet et les orthodoxes d'Afrique de leur générosité. L'empereur écrivit alors au préfet de Garthage pour lui enjoindre de faire exécuter le décret de 1 évêque

de Rome qui porta ainsi le dernier coup à rarianisme dans cette province de l'Empire. Mais il faut se garder d'en* conclure que Justinien soumettait par là l'autorité impériale à celle du sacerdoce ^ Gibbon prétend même que Bélisaire prit l'initiative du rétablissement des évéques catholiques dans leurs richesses et leurs immunités, et que le synode de Carthage ne fit que ratifier ces représailles. Ce qui est hors de toute contestation, c'est le soin constant que prit Justinien de régler la discipline de l'Église. Il se mêlait même de l'ordination des évéques, de fixer le nombre des clercs, qui devaient être attachés à chaque diocèse, de la fondation des monastères, et il est inutile de répéter les conséquences qu'en ont déduites les soutiens de la puissance impériale. Les Papes avaient presque tous reconnu jusqu'alors cette prérogative de la couronne* Les empiétements d'un fort petit nombre d'entre eux étaient rarement soutenus par leurs successeurs. Les évéques de Rome en étaient venus seulement à partager l'exercice de cette prérogative, à établir conjointement avec l'empereur des règles de discipline, comme le faisaient aussi, de temps inmiémorial, les métropolitains, les évéques et de simples prêtres comme saint Jérôme* Cela n'a jamais été contesté quant aux membres de rÉglise. Mais on a prétendu le dénier à l'autorité civile; et cette prétention ne saurait prévaloir sur les témoignages de l'histoire. Il faut dire toutefois qu'en fait de dogme les Papes ne montraient pas la même condescendance. Lorsque, après avoir complimenté Àgar pet sur son élection, l'^voyé de Justinien lui rappela la ' profession de foi que cet empereur avait fait accepter

aux é¥6ques de son empire^ te fier Agapet lui répondit qu'il ne pouvait approuver Tautorité que se donnait un laïque d'enseigner publiquement 1^ fidèles.

Cette fermeté ne se démentit pas en présence de Justi-^ nien lui-même^ pendant un séjour que ce pape fit à Gonstantinople, et dont je dois exposer la cause, l^ jeune Athalaric était mort en 534^ et l'ambitieuse Amala* sonte, jalouse de conserver l'empire d'Italie, avait fait monter sur le trône un de ses parents nbmmé Théodat qu'elle se flattait de gouverner. LesBarbareS) ne pouvant souffrir plus longtemps la domination d'une femme, avaient forcé son ingrat époux de les en débarrasser en la réléguant dans une Ile du lac Bolséne, où quelques mois après elle fut étranglée. Pendant ce temps une ar-^ mée impériale, conduite par. l'illustre. Bélisaire» s'était emparée de la Sicile et se dii^posait à descendre en Italie^ Les vœux des Romains favorisaient l'ambition de Justi' nien ; le joug des Gotbs leur pesait, et Théodoric avait eu raison de croire que le pape Jean P' n'était pas étran** ger à cette sourde conspirationé Théodat ne partagea point cette méfiance* Instruit du respect que l'empereur témoignait au siège de Home^ il crut qu' Agapet serait plus propre qu'un autre à négocier la paix^ et l'obligea de faire malgré son grand âge le voyage de Gonstantinople.

Agapet obéit, mais avec l'intention secrète de ne point remplir la mission que lui confiait son crédule souve*rain ; et il ne parut dans la capitale de l'Orient qu'en chef de l'Église universelle, justifiant par une fermeté invincible ce titre que Justinien lui avait donné, et dont

cet empereur ne tarda point à se repentir. Constantinople était encore troublée par l'élection qu'on y faisait d'un nouveau patriarche. Le crédit de l'impératrice Théodora y avait fait venir Anthime, évêque de Trébisonde, et lui avait fait conférer le siège de la ville impériale, au grand scandale des orthodoxes qui l'accusaient de partager comme l'impératrice les erreurs d*Eutychés. Agapet n'ignorait point cette accusation; et, après avoir savouré les hommages extraordinaires que lui prodiguaient le peuple et la cour, il refusa de voir ce patriarche et de communiquer avec lui. L'empereur en montra un vif mécontentement; et les délateurs accoururent en foule au palais impérial. Le parti d'Anthime prévit que la présence et l'obstination de l'évéque de Rome ruineraient les espérances des Ëutychéens qui avaient envahi Gonstantinople * ; et l'évéque Sévère, que les orthodoxes avaient chassé d'Antioche, Pierre d'Apamée et autres répandirent mille calomnies contre Agapet, le signalèrent à l'empereur comme un Nestorien, comme un vieillard dur et difficile qui n'était venu que pour troubler la paix de l'Orient, pour en affecter la domination spirituelle.

Justinien voulut éclaircir toutes ces accusations. Sa conduite dans toutes ces querelles théologiques faisait voir qu'il n'attachait pas au titre d'évêque universel la même portée que le pape. Il n'avait pas prétendu lui conférer le privilège exclusif de régler les articles de foi, et il n'en déduisait pas pour lui-même l'obligation d'obéir aveuglément à ses décisions .11 profita donc de la première

i. Ëvag., liv. IV, ch. xxi ; Libérât^ ch. xxii.

entrevue pour interroger le pape sur sa doctrine *. Mais Taustère vieillard ne tarda point à reconnaître que Tempereur favorisait les hérétiques, et il s'efforça de démontrer qu*Anthime n'était que leur créature. Justinien refusa de le croire, il paraissait même ignorer la complicité de l'impératrice ; la dispute s'aigrit, l'orgueil s'en mêla de part et d'autre, et le prince finit par menacer le pape de l'exil s'il persistait à ne pas admettre Anthime à sa communion. Agapet fut inébranlable, c Je me suis * trompé, dit-il avec une fermeté que ses paroles attestent ; » je croyais trouver ici un empereur chrétien, c'est à » Dioclétien que je parle, mais il saura que je ne crains 9 point ses menaces. > Le faible Justinien n'était pas homme à les exécuter. Son excessive bonté toléra ce langage injurieux, il fléchit ; et le ton de la dispute en fut adouci. Agapet sentit peut-être à son tour qu'il était prudent de se modérer; et pour convaincre l'empereur de l'hérésie d'Anthime, il le pria de lui demander s'il reconnaissait deux natures en Jésus-Christ, et de le faire comparaître devant un concile pour déclarer qu'il acceptait les canons de Ghalcédoine. L'épreuve fut décisive. Anthime ne voulut ni obéir ni faire la profession de foi qu'on exigeait de lui. Il rendit son pallium à Justinien et se retira de Constantinople. Le concile, présidé par le pape, le frappa d'anathème ainsi que Sévère d'Antioche et ses adhérents, et nomma à sa place l'Alexandrin Mennas, supérieur d'un grand hôpital de Constantinople, que le pape couronna lui-même 2.

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