‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 126 sur 150 · ÀDastase le Bibliothécaire · texte numérisé non relu

ÀDastase le Bibliothécaire

martyr, comme un défenseur de la foi catholique, et prît la résolution de le remettre sur son siège. Il se rendit à Constantinople, et plaida la cause de Texiié devant Justinien, qui ordonna sur-le-champ le renvoi de Silvère à Rome, pour que son affaire y fût encore examinée. La fière Théodora et sa complice Antonine ne permirent point que cet ordre fût exécuté. Le malheureux pontife fut livré à Vigile, qui le fit transporter dans l'Ile déserte de Palméria par deux bourreaux. Ces misérables remplirent promptement leur mission secrète en le faisant mourir de faim, et ses tortures finirent avec sa vie, le 20 juillet 538, après neuf mois d'exil et un pontificat de deux années. Est-il vrai maintenant, comme l'insinue l'abbé Fleury *,que Bélisaire ait trempé dans ce crime pour gagner les deux cents pièces d'or que Vigile lui avait promises? N'ést-il pas plus vraisemblable de croire qu'Antonine avait abusé de la faiblesse de son époux et reçu le prix de son infamie ? Comment expliquer encore que ce misérable Vigile, que nous allons voir tout à l'heure ramper et trembler devant Justinien, ait osé se jouer de ses commandements, et que l'empereur ait souffert de pareilles atrocités? Je ne me charge point de résoudre ces questions. Silvère est mort. Vigile est pape; voyons ce que la papauté y gagnera. Elle fut d'abord déshonorée par la duplicité du nouveau pontife, qui, maître une fois du saint-siége, sentit la difficulté de remplir les promesses qu'il avait faites à sa protectrice, de déposer surtout le patriarche Mennas qui était ouverte-

i. Uv. XX&IL cl). Lxii.

ment soutenu par Tempereur. Si, loin de Byzance et avec l'aide d'Antonine, on pouvait transgresser les or* dres de Justinien, c'était plus que difficile dans sa capitale et en sa présence. Vigile trancha la difficulté en essayant de tromper les deux partis. Il fit publiquement profession d'orthodoxie; il écrivit même à Justinien qu'il gardait la foi de ses prédécesseurs, qu'il condamnait Anthime, Sévère, et tous les partisans d'Eutychès ^. Il félicita enfin Mennas de sa persévérance à les poursuivre. Mais en même temps il envoyait des Lettres à ce même Anthime, à ce même Sévère, pour leur assurer qu'il partageait leurs opinions, qu'il rejetait les deux natures en Jésus-Christ et la lettre de saint Léon; ea les engageant toutefois à lui garder le secret ^ jusqu'aju moment sans doute où il serait permis d'éclater. Il fui dans tous les temps de ces hommes à double face, à qui ne coûte aucune fourberie » mais il est fâcheux de les rencontrer chez le prétendu d^ositaire de la justice divine.

Justinien, pendant ce temps, oubliait tous les soins el les dangers d'un empire menacé par les Perses, pour les controverses théologiques. Il aimait ces disputes qui re* naissaittit sans cesse, discutait avec les évéques de tous les partis, et se complaisait à leur imposer ses opinions comme des articles de foi. Il était le véritable pape de l'Orient, réglant les matières ecclésiastiques, les droits de l'épiscopat, l'administration des églises, les ordina-

i. Vig.. Epist. IV.

s. Liberatus, Brev.

tions, les juridictions diocésaines, les rapports des clercs avec las laïques, rendant surtout un nombre infini de décisions canoniques sur des questions sans cesse controversées, et se contredisant parfois lui-même, entraîné qu'il était par Téloquence ou Thabileté des discoureurs qu'il admettait à ses conférences* C'est ainsi que, séduit par les artifices de Théodore de Gappadoce, tout en professant son attachement au concile de Chalcédoine, tout en donnant au pape le titre de premier des évéques, il condamna, par un édit de 545, les trois chapitres que les Papes et les conciles avaient approuvés.

C'est la première fois que je fais mention de ces trois ck^ipùres^ quoiqu'ils soient, depuis un siècle, un sujet de controverse et de discorde ; et je l'ai n^ligé pour ne pas embarrasser ma narration d'une innombrable quantité d'appellations et de définitions qui ne se rattachateat point à l'objet de cette histoire. Mais comme les pontificats de Vigile et d'un assez bon nombre de ses successeurs vont être tourmentés par ces irois chapiires^ il est nécessaire de dire ce qu'on appelait ainsi, sans prétendre expliquer tout ce qu'ils ont produit de disputes, de décisions, de libelles et de révoltes» Sous le règne de Thécdose le Jeune, et pendant la lutte du patriarche Cyrille et de Nestorius, écrivait sur les questions du jour l'évéque Théodore de Mopsueste. On évalue la totalité de ses éctits à dix mille volun^es, dont nucun n'est arrivé jusqu'à nous. C'est au-dessus des forces d'un homme, mais on^l'a dit, et le sa vaiit Basnage en a conclu qu'il devait s'y trouver au moins dix mille erreurs. Ce n'en était pas moios un bamqae vénéré de tous par l'austérité

de ses mœurs et retendue de son savoir. Mais il avait été le maître de Ncstorius, et les ennemis de ce patriarche insinueront qu*il avait dû lui inspirer son hérésie. Les Ncstoriens eurent la même pensée et cherchèrent dans ses écrits la justification de leur opinion sur la maternité de Marie. Us firent des extraits considérables de ses livres, et les traduisirent en arménien, en persan et en syriaque pour les propager dans toutes les contrées de l'Orient. Cyrille, qui avait triomphé de Thérésiarque, ne prit point la peine de compulser les dix mille volumes de Théodore de Mopsueste, pour savoir si les extraits en avaient reproduit le texte. Il s'en rapporta à deux ou trois évoques de Syrie qui lui attribuèrent le réveil du nestorianisme, dénonça ces extraits à l'empereur et poursuivit la condamnation de Tauteur original qui avait déjà cessé de vivre.

Théodoret, évêque de Cyr, avait été aussi l'élève de Théodore, il était resté l'ami de son [condisciple Nestorius; il l'avait défendu par ses écrits et notamment par la réfutation des douze anathèmes que Cyrille avait lancés contre l'hérésiarque. Il avait même accusé l'auteur de ces anathèmes de soutenir les erreurs d'Apollinaire, et il avait ainsi encouru la haine de Cyrille et de Théodose le Jeune. Ibas, évêque d'Édesse, était entré le troisième en lice. Il avait raconté à un Persan du nom de Maris toute l'histoire de cette querelle, et dans cette lettre il avait aussi reproché à Cyrille de professer l'hérésie d'Apollinaire. Ces trois écrits furent considérés comme les plus dangereux de ceux qu'avait produits cctlc dispute; et condamnés successivement par un grand

nombre d'évéques et de synodes, réunis plus tard dans une sentence commune, les extraits de Théodore, la réfutation de Théodoret, la^ lettre dlbas à Maris ne furent plus connus et cités dans TËglise que sous le nom des trois chapitres. C'est sous ce titre que, pendant cinquante ans, ils furent proscrits, soutenus, propagés par les Néstoriens et par leurs adversaires; et le concile de Ghalcédoine avait cru terminer cette bruyante controverse par un examen plus approfondi et par une décision suprême. Théodore de Mopsueste étant mort avant ce fameux concile, Ibas et Théodoret y avaient seuls comparu; mais l'attention et la patience des juges s' étant perdues dans un dédale d'explications et de corollaires, d'argumentations et de subtilités, ils s'étaient levés tous pour demander aux deux accusés s'ils disaient anathème à Nestorius, s'ils reconnaissaient que Marie était mère de Dieu, qu'il y avait deux natures en Jésus-Christ, et sur leur réponse affirmative, sans rien examiner de plus, ils prononcèrent l'absolution des accusés et approuvèrent implicitement ce qu'on nommait les trois chapitres.

Mais la querelle n'était point finie; les opinions de ce temps étaient fort tenaces. Ce concile qui avait en même temps condamné Eutychés, était sans cesse attaqué par les Eutychéens, dont les plus violents avaient pris le titre d'Acéphales, pour montrer qu'ils n'avaient pas de chef et qu'ils obéissaient à leurs convictions individuelles. Anthime, Sévère et autres avaient circonvenu l'impératrice Théodora, dont l'impudicité aurait dû décrier la secte dont elle adoptait les principes ou les res-

sentiments. Ces Acéphales n'osant ouvertement attaquer le concile de Ghalcédoine qui avait condamné leur m^U tre, voulurent du moins l'entamer dans une de ses décisions, et s'attachèrent à provoquer la condamnation des trois chapitres. En attaquant ainsi les Nestoriens,ils espéraient donner un grand témoignage de leur orthodoiie, et détourner l'attention de l'empereur de leur propre hérésie. Mais Justinien défendait le coilcile de Gbalcé* doine dans l'universalité de ses jugements ; et il était difficile de vaincre son obstination. C'est à Théodore de Gésarée, en Cappadoce, que Timpératrice en remit le soin ; et convdncu, comme je l'ai dit, par les arguties de cet évéque Acé|[)hale, Justinien avait condamné ces trois chapitres qu'il avait approuvés au début de son règne. Un grand nombre d*évéques avait, suivant leur habitude, souscrit et publié cet édit de l'empereux*. Mennas lui-même avait eu cette faiblesse, qui ne le ga-^ rantissait point des persécutions de son compétiteur Mais Justinien tenait à Tapprobation de l'évéque de Rome, et comme Vigile, soutenu par le diacre Pelage, ancien légat d'Agapet, soulevait au contraire toutes les Églises d'Occident contre l'édit impérial et en faveur des trois chapitres^ Tempereur lui envoya Tordre de%e rendre sans délai à Constantinople pour assister à un concile qu'il avait convoqué afin de donner à son édit la sanction de l'Église entière'.

Le chef de cette Église, après quelque hésitation, obéit au maître de l'empire, malgré les cris du peuple r&-

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