Procope, ch. xiv
avait, malheureusement pour Bélisaire, une déplorable influence sur l'esprit de son époux.
Bélisaire, à peine affermi dansRome, craignit d'y causer un schisme funeste, en substituant un pape à un autre. Mais il paraît qu'il voulut satisfaire du moins Tambition de l'impératrice, en engageant le pape Silvère à lui accorder ce qu'elle attendait de Vigile. Il le manda chez lui, et, de concert avec Antonine, il l'engagea à détruire luimême tout ce qu'Agapet avait fait à Gonstantinople, à renier le concile de Ghalcédoine et la lettre de saint Léon, à rétablir Ânthime, Sévère et les autres hérétiques dans leurs sièges. Silvère recula d'efiroi et se réfugia dans l'église de Sainte-Marie-Sabine. Mais il quitta malheureusement ce refuge pour se rendre une seconde fois chez Bélisaire, sachant bien que ce général était assez fort pour Ty faire prendre, s'il ne s'était rendu à son invitation. C'est sans doute à cette conférence qu'on lui remit une lettre de Théodora qui l'engageait à venir à Gonstantinople pour examiner par lui-même l'affaire d'Anthime; et l'on dit qu'en lisant cette lettre Silvère s'écria qu'elle lui faisait pressentir qu'il n'avait pas. longtemps à vivre. On ne sait où trouver la place de ces messages et de ces conférences pendant le siège que soutenait Bélisaire avec une poignée de soldats contre les cent cinquante mille Goths de Vitigès. Mais Antonine ne combattait pas, et elle avait tout le loisir de nouer des intrigues pour satisfaire les cruelles fantaisies de l'impératrice. Elle en avait reçu l'ordre de perdre Silvère à tout prix, s'il ne consentait pas à faire ses volontés; et comme ce pape avait répondu qu'il ne consentirait jamais à rétablir Thérétique
Anthime, deux calomniateurs, soudoyés sans doute par Antonine, accusèrent Silvère d'avoir écrit à Vitigès qu'il lui ouvrirait pendant la nuit la porte Asinaire, voisine de Saint-Jean-de-Latran. Sur le témoignage d'un garde du prétoire et d'un avocat nommé Marc qui avaient fabriqué cette lettre au roi des Goths, Silvère fut mandé une troisième fois au palais Pincius. Il s'y rendit avec une suite nombreuse; mais il dut prévoir son malheureux destin, quand il vit que les gardes de Bélisaire retenaient dans l'antichambre les clercs qui l'avaient suivi. Il entra seul. Antonine reposait sur un lit magnifique et Bélisaire était assis à ses pieds. Ce fut elle qui prit la parole : elle lui reprocha sa trahison, en lui demandant ce que lui avaient fait Justinien et son lieutenant pour qu'il les sacrifiât ainsi à des Barbares; et l'impudente courtisane ne lui laissa pas même le temps de répondre. Un sous-diacre entre brusquement dans la chambre, arrache le manteau du pape, le dépouille des insignes de la papauté, le revêt d'un habit de moine, et le soustrait par une porte dérobée aux regards de tous les siens.
Bélisaire fit déclarer la vacance du saint-siége ; et le 2 novembre 837, Vigile fut déclaré évêque de Rome S au bruit des héliers qui en battaient les murailles et des assauts que leur donnaient les soldats de Vitigès. Silvère, livré le lendemain à son rival, fut conduit à Patare, en Lycie, par le propre fils du premier lit d' Antonine, qui servait sous le nom de Photius dans les gardes privilégiés de Bélisaire. L'évêque de Patare le reçut comme un