‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 146 sur 150 · Conciles, t. VJ, p. o99 el suiv · texte numérisé non relu

Conciles, t. VJ, p. o99 el suiv

L* abstention de cette grande majorité sera peut-être expliquée douze ans après par une éclatante revanche de l'Église grecque. Mais Agathon ne terra point ce nouveait démenti donné k l'Église romaine. îl mourut dans l'année même de son triomphe, le 4*' décembre 681 ; ce fut son successeur Léon 11 qui reçut la lettre du concile et l'édît de l'empereur, et qui s'emptessa d'y adhérer, d'en confirmer les anathèmes, de le transniettre aux Églises de la Gaule, de l'Espagne et de l'Angleterre. On assure en outre que le nouveau pape avait tout traduit en latin lui-même, et son savoir ne fut pas la plus brillante de ses qualités. Anastase et Platine s'accordent à louer ses vertus ; mais Rome n'en jouit pas longtemps. Les Papes vont se succéder avec une rapidité étonnante ; on en verra quatre dans moins de six années. Benoît II succéda aii vertueux Léon II, en 684 ; et iie passa que huit mois sur le saintsiège, mais ces huit inois fuient signalés par deux grandes faveurs de Constantin Pogonat. Cet empereur affranchit les Papes de là nécessité d'attendre la confirmation impériale pour se faire ordonnei*, et leur permit de recotirir dans ce cas à l'autof ité de l'exarque de Ravennè qui le remplaçait en Italie. Cette dernière partie de l'édit ne pouvait être qu'une confirmation de cette faculté, puisque l'exarque l'avait déjà exercée. La piété de Pogonat ne s*en tîiit pas à cet acte dé bienveillance, tl mit ses fils, Héraclius et Justinién, sous la tutelle paternelle du même Benoît, ett lui envoyant des cheveux de ces deux princes. Justinîeil tl, qui ne le valait pas, lui succéda bientôt après; Benoît ne tarda pas à mourir, et Jean V prit le saint-siége à sa place, le 8 juin 686. C'était un des

trois légats qui avaient assisté au concile de Conslantinople, et son pontificat ne fut pas plus long que celui de son prédécesseur.

C'est de son lit qu'il gouverna lé monde chrétieh ; et il eut cependant le temps d'attacher un nouveau privilège à son siège. Il ttouva fort étonnant que Citonat, archevêque de Gagliari, eût ordonné des évêques sans la permission de Rome. C'était cependant le droit dé l'épiscopat. Saint Augustin et cinquante autres l'avaient exercé. L'usage n'avait jamais été blâitié tii contesté; Jean V le fit, et l'ignorance des évêques de ce temps lui donna raison contre le métropolitain de Sardaigne. 11 fut remplacé en 687, par le Thrace Conon, qiii dura moins que lui, et qui fut confirmé par l'exarque Théodore, en vertu dé l'édit de Pogonat. Il paraît que cet exarque en aurait préféré un autre. La garnison de Rome avait essayé de faire élire un prêtre du même nom de Théodore, et elle avait fermé les portes de Latran pour empêcher le clergé de s'y assembler ; mais le clergé se réunit ailleurs, et l'exarque finit par ratifier le choix du clergé. Jean Platys, successeur de ce lieutenant de l'empire, fut moins commode ; et en général ces vice-rois étaient toujours en guerre ouverte av«c lés Papes. Celui-ci prétendit donner un successeur à Conon dans la personne de l'archidiacre Pascal qui lui avait promis les trésors légués par ce pape aux monastères. Cet archidiacre fut en effet élu par une faction, tandis qu'une autre nommait l'archiprêtre Théodore, mais le clergé et le peuple les rejetèrent tous deux, et firent choix du prêtre Sergius : Jean Platys accourut de Ravenne à la voix de Pascal. Mais voyant que Sergius

était reconnu de Rome entière, il consentit à le confirmer, sans renoncer toutefois aux cent livres d'or sur lesquelles il avait compté. Sergius eut beau dire qu'il ne les avait pas. Il ne fut approuvé qu'après les avoir données, et les monastères et les églises de Rome payèrent sans doute cette confirmation de Tor que Conon leur avait légué.

D'autres chagrins furent suscités au nouveau pontife par le despotisme de Justinien II et par la jalousie re-' naissante des Orientaux. Deux cent onze évêques se rassemblèrent en 692, sur Tordre de cet empereur, sous prétexte que les deux derniers conciles n'avaient fait aucun décret sur la discipline ; et certes il suffit de lire les actes de cette assemblée nommée concile (Terreur par rËglise romaine, pour voir les scandales dont les clercs et les évêques donnaient le déplorable exemple. On n'y parle que de leur incontinence, de leurs concubines, des impuretés qui souillaient les églises, des cabarets qui s'y tenaient, du mariage des dercs avec des courtisanes et des comédiennes. Mais on ne s'en tint pas à la répression de ces désordres. Heydegger^ affirme qu'on y fit plusieurs décrets terriblement contraires à Tambition et à Tautorité de l'évêque de Rome. Je n'en trouve que deux, l'un qui permet aux diacres et aux sousdiacres de cohabiter avec leurs femmes, contrairement à la loi romaine qui l'interdisait, l'autre qui défend de jeûner les samedis de carême autres que le samedi saint, en ajoutant que l'Église romaine ne doit plus le permettre,

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