‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 145 sur 150 · Gibbon, ch. xlvii · texte numérisé non relu

Gibbon, ch. xlvii

Constantinople, l'y fit asseoir, six moii après la mort de son prédécesseur. Mais avant de passer à ce nouveau pontife qui ne laissa point tomber les traditions romaines, je dois rendre compte d'une entreprise sur la puissance temporelle, de la part des évêques de la Gaule.

L'esprit de Rome, enhardi par tant d'empiétements et de succès, tendait à pénétrer dan^TÉglise entière. L'empire que les évêques avaient pris sur la conscience des fidèles, devait fatalement les conduire à la tentation de les gouverner, quand surtout leurs propres intérêts étaient compromis par les passions des hommes. De grands désordres avaient été produits par l'invasion et le passage d*un si grand nombre de nations barbares. La force était pour ainsi dire le premier de tous les droits. Chacun était disposé à s'emparer de ce qui était à sa convenance; et le clergé en avait souffert comme toutes les classes de la société gauloise. Les évêques voulurent suppléer à l'impuissance des lois ou à l'insouciance des magistrats; et, sous les auspices de saint Éloi et de saint Ouen, que venait d'illustrer la conversion des idolâtres de la Frise, de la Flandre et de la Belgique, les évêques s'assemblèrent en concile à Châlons-sur-Marne le 23 octobre 644. Ce concile est fécond en enseignements de toute espèce. Nous remarquons d* abord que, dans la pensée des clercs de ce temps, le droit de convocation était encore inhérent à l'autorité royale. Ce n'est point à Rome, c'est à Clovis II, roi de Neustrie, que l'autorisation fut demandée. Ce roi était un enfant de douze ans, et son maire du palais n'eût peut-être pas pensé à revendiquer en son nom ce droit

de la couronne si les évêques Tavaient méconnu. Je dirai même qu'ils n'auraient pas tenu leur concile sans y être autorisés, puisque les évéques d'Austrasie s'abstinrent d'y paraître, sur la défense qui leur en fut faite par le jeune roi Sigebert; et les termes de cette défense sont caractéristiques. C'est à révêque saint Disier qu'elle est adressée; et le roi dit positivement qu'il ne se tiendra point de concile dans ses États sans son ordre. Nous voyons encore que le droit de déposer les évêques est appliqué par cette assemblée aux hnétropolitains. Celui d'Arles, nommé Théodose, y fut dépouillé de sa dignité en punition de sa vie scandaleuse et de son refus de comparaître * ; et rien ne constate que le pape se soit mêlé de cette sentence qui, de proche en proche, pouvait cependant l'atteindre lui-même. Les mœurs de l'époque y sont étrangement signalées. Un ou deux canons de ce concile interdisent aux femmes de chanter des chansons déshonnêtes dans les églises, et aux homnies de tirer le glaive pour s'y battre; il est encore défendu aux marchands d'esclaves d'en vendre hors du royaume; et ici commence l'empiétement sur l'autorité civile. D'autres le suivirent. On interdit aux laïques l'administration des biens ecclésistiques, aux juges royaux d'exiger dans leurs tournées le logement et les vivres que les abbayes leur avaient fournis jusque-là, aux propriétaires de disposer des oratoires bâtis sur leurs propres domaines et de maltraiter ou punir les clercs qui les desservaient. Il me semble qu'il y avait dans ces décrets un mélange

i. ConcUet, t.V, p. 1848.

de choses temporelles qui auraient exigé Tintervention delà couronne; et que les évéques outre-passaient leurs privilèges.

Un concile plus important fut tenu à Rome; et cette fois, par la seule volonté du nouveau pape Martin, car c'était un acte de rébellion contre l'autorité impériale, une infraction à la loi du silence imposé par le Type^ et ni Constans, ni l'exarque de Ravenne n'aurait certainement autorisé cette convocation que l'en^pereur punit même en barbare. La manifestation fut éclatante. Cent cinq évéques y vinrent de l'Italie, de la Sicile, de la Sardaigne et de l'Afrique, ils s'assemblèrent suivant l'usage dans le palais de Latran, le 5 octobre 649, et le pape Martin ouvrit ce concile par une allocution qui pouvait passer pour un manifeste. Il prend soin de n'accuser aucun des empereurs qui ont pris parti pour les Monothélites. C'est aux patriarches de Constantinople qu'il attribue VEcthèse et le Tijpe, Il expose leurs violences, leurs sacrilèges, leur doctrine, leur entêtement. Il fait décider, sur la proposition de Maxime, évêque d'Aquilée, que la présence des accusés n'est point nécessaire, et qu'il suffira de lire leurs écrits. L'évêque de Dore, le premier des suffragants de Jérusalem, est introduit avec une foule d'abbés et de moines de l'Orient. Tous font acte d'obédience au pape comme au Père des pères, à l'Évêque des évêques, au chef de l'Église universelle. Aucun catholique d'outremer ne lui contestait plus ces titres, aucun ne déclinait sa juridiction. Mais les hérétiques y étaient plus puissants que jamais, et cet empire d'Orient se rétrécissait tous les

jours, sous les pas des Musulmans qui déjà se répandaient i '1\S

au- delà de Carlhaf^e. Marlin fit excommunier la mémoire de révêque de Pharan, Théodore, qui avait introduit cette hérésie, celle du patriarche Sergius, qui Tavait protégée, les évêques Cyrus, Pyrrhus, Paul et vingt autres qui l'avaient adoptée. L'Edkèse fut traitée d'impie, le lype d'odieux. Ces décrets, traduits en grec, furent envoyés en Orient. Les messagers de Rome les portèrent dans la Gaule, dans l'Espagne, dans l'Occident tout entier. Martin osa même les adresser à l'empereur en le priant de les lire et de condamner ceux que l'Église venait de frapper d'anathème. C'était trop demander à un souverain qui avait cru commander le silence à tous et terminer cette dispute par la seule publication de son formulaire. La réponse de Gonstans fut celle d'un maître irrité. Il avait même prévu les témérités du pape. Pendant la tenue du concile, un nouvel exarque était arrivé en Italie avec ordre de susciter un schisme parmi les évêques, d'arrêter même le pape, s'il voyait qu'il pût compter sur la fidélité des soldats. Il paraît que l'exarque Olympius douta de leur obéissance, puisqu'il eut recours à la trahison. î^endant que Martin lui présentait la communion dans réglise de Sainte-Marie-Majeure, l'écuyer de l'exarque s'élança pour le poignarder. Un miracle seul pouvait le sauver; et le bibliothécaire Anastase, qui n'y était pas, attendu qu'il ne vint au monde que deux siècles après, ne manqua point d'inventer ce miracle, ou de le prendre dans un de ces mille manuscrits conservés dans les archives du Vatican et dans lesquels il a puisé la matière de son livre pontifical. Bref, le pape se rendit invisible, et au moment de le frapper, l'écuyer devint

aveugle. L*exarque, terrifié, fit sa paix avec Martin et alla mourir en Sicile en combattant contre les Sarrasins qui ravageaient cette province.

Un nouvel exarque fut plus habile à remplir les ordres de son maître. Il se nommait Théodore Galliopas. Il s'assura d'abord que le pape n'avait ni armes ni gardes dails le J)alais de Latran; et l'église eh fut profâiiée pài* ses sicaires. Il trouva Martin couché sur son lit à là porte du sanctuaire. Il lut au peuple et au clergé l'édit qui leur enjoignait de déposer leur évoqué et de l'envoyer à Constantinople. Martin se leva et se livra lui-même mal- . gré les cris du peuple * . « Nous vivrons et lious mourrons » avec lui, » disaient les évéques, et totis voulaient partager son sort; tous assiégeaient son palais pour le suivre, niais l'exarque le fit passer par une autre porte et l'enleva de Rome, le 8 juin 653. Il ne s'agit plus désormais de la lutte des deux puissances. Je ne vois plus que deux hommes, l'un cruel, injuste, impitoyable; l'autre malheureux et saintement résigné. Le captif fut conduit au port dans une barque, puis à Misène et en Calabré, promené de rivage en rivage jusqu'à l'île de Naxos, et pendant son voyage il fut indignement traité par les bandits que l'exarque avait commis à sa garde. Les secours, que lui envoyaient les fidèles, étaient pillés par ces misera^ blés qui ne lui rendaient que des injures. Un nouvel ofdre le fit traîner à Constantinople, malgré les douleui*s incessantes de la goutte. Il y arriva le 1 7 septembre 654, pour y subir des tortures nouvelles. C'est comme crimi-

i. Martin, EpUt. XV.

nel d'État qu'on l'y amenait, comme ayant envoyé de l'argent aux vSarrasins et renié la maternité de Marie. C'était pour un pape un étrange amalgame d'accusations. On le laissa dix heures sur un grabat au milieu de la barque qui l'avait apporté, exposé aux regards, aux insultes de la populace; et c'est seulement le soir qu'un scribe, escorté de soldats, vint le prendre pour le transporter dans la prison qu'on nommait Prandearia. On l'y laissa trois mois sans l'interroger^ accablé de douleurs et de souffrances, a Je suis tordu et refroidi, écrivait-il » de cette prison : il y a quarante-sept jours qu'on ne » m'a point permis de me lever. Un flux de ventre ne me laisse aucun repos; j'ai le corps brisé; je tnanque » de la nourriture qui pourrait me fortifier, et je prends » en dégoût celle qu'on m'apporte ^. » Et dans une autre lettre il se justifiait, comme s'il en avait besoin, des calomnies dont on s'appuyait pour le tourmenter. Le sacellaire Bucoleon vint enfin l'interroger. Mais quel interrogatoire! Une série de brutalités, d'injures, de faux témoignages, d'humiliations. Martin veut parler de la foi, le préfet Troïle lui coupe la parole, on ne veut que le convaincre de trahison. On le force de rester debout quand il ne peut se soutenir; et le sénat byzantin est témoin de ces atrocités. Il n'y avait là qu'un homme; c'était le pape, qui, voyant cette coalition de bourreaux, reconnaissant l'inutilité d'une défense, les conjurait d'en finir, de le livrer à la mort, se contentant de les appeler tous au tribunal de Dieu. Qiland les grands de l'État se

i. Epist, XIV, Coiicilcs, t. VI, p. 83.

sont rassasiés de cette ignoble vengeance, on en fait jouir la populace, etTempereur lui-même, caché par une jalousie, se repait lâchement des souffrances de sa noble victime.

Le sacellaire va dans cette cachette prendre les ordres de l'infâme Constans, et revient pour jeter à la face du pape les injures de la puissance qui l'opprime. On déchire son manteau, on le dépouille ; on le livre presque nu au préfet Troïle, qui le traîne enchaîné dans une prison nouvelle. Ses pieds étaient meurtris, ses jambes ensanglantées, et ce malheureux martyr, qui avait tant besoin de repos, n'a d'autre couche qu'un mauvais banc, où un froid rigoureux ne lui permet pas même le soulagement du sommeil. La mère et la fille du geôlier montrèrent plus d'humanité que le maître du monde et ses dignes satellites. Elles lui donnèrent un lit, elles réchauffèrent ses membres engourdis; mais la vengeance de César n'était point assouvie. La mort de ce martyr eût été un acte de clémence. Il n'en signa point l'arrêt. Il le fit languir trois mois dans cette prison malsaine. On ne l'en tira que pour le reléguer dans la Ghersonnèse, où, après six mois de nouvelles angoisses et de privations de toute espèce, il termina sa misérable vie le 16 septembre 655*. Ses lettres ne parlent ni du patriarche ni du clergé de Constantinople. Le patriarche Paul était mourant; et il faut dire qu'il ne rendit le dernier soupir qu'après avoir reproché à l'empereur sa barbarie envers un évêque. Mais il faudrait d'autres témoignages pour décharger le clergé}

byzantin de toute espèce de complicité avec le casv^iste couronné Qui se vengeait en tyran du mépris que le pape avait fait de son formulaire. La rivalité des deux Églises était flagrante, quoiqu'elle ne fût point secondée par la plupart des évêques d'Orient qui ne prenaient plus leurs opinions théologiques dans les édits de leur eippereur. Le clergé seul de Gonstantinople montrait cette servilité. II demandait même à Constans le châtiment de tous les adhérents de saint Martin. Il proclamait dans un synode la nullité du concile de Roire où le Type avait été condamné, et frappait le pape d'anattième ^ C'était une cruelle expiation d'un siècle d'entreprises, de négopiations, àfi con^mandements et d'anatbèmes, dont les P^pes s'étaient servis pour arriver à la soumission de l'Jlgiise orientale.

Cependant un autre évêque avait été donné à P.ome, dès qu^ Martin en était parti. L'emperefur l'avait commai^dé; et Tordre avait été exécuté, quoi qu'en disent les historiens ecclésiastiques qui s'efforcent de laver les Romains de ce qu'ils regardent comme une lâcheté. Ils veulent que ce pape soit légitime, et c'est pour cela qu'ils reculent son ordination jusqu'après la mort de saint llartin. Mais on ne peut rien conclure de ces actes de tyrannie. |.es violences ne sont pas des argumjents; et quand il serait vrai qu'Eugène I" eût communiqué en secret avec les Monothélites, cela prouverait seulement que ce nouveau pape n'était pas doué de la noble fermeté de 3on prédécesseur. Yitalien, qui prit la place d^'Eugène

4, Fleury, liv. XXXV, ch. xx.

en 6S8, tint également une conduite assez équivoque, fl sollicita d'abord l'approbation d'un empereur que les malheurs de saint Martin devaient rendre odieux au saintsiége. Ses légats furent très-bien reçus à la cour de Constantinople, et Gonstans ne Ijbs aurait point accueillis avec tant de distinction, si le nouvel éveque de Rome avait montré la moindrp répugnance pour le Type. Lorsque cet empereur vint en Jfalie, Vitalien le combla d'honneurs, lui prodigua les plus serviles témoignages de son respect, quoiqu'il sût très-bien que Gonstans persévérait dans son hérésie. \\ rendait ce qu'il devait à Gésar, et je ne blâme ici que l'exagération de son obéissance. Saint Ambroise avait aussi obéi à une impératrice arienne. Mais comme chef de l'Église orthodoxe, Vitalien aurait pu se dispenser de correspondre avec le patriarche Pierre, qui professait la même doctrine que son prédécesseur. Pierre était Monothélite, et Vitalien ne lui adressa pas moins sa lettre synodale. Le père Pagi le nie, mais l'abbé Fleury l'affirme sur la foi du bibliothécaire Anastase, qui devait le savoir un peu mieux qu'un moine du dix-septième siècle.

Nous tombons ici de contradiction en contradiction. Le voyage de l'empereur en Italie est attribué, par Fleury, à l'aversion des Byzantins pour le monothélisme ^ , et il a déjà dit dans un précédent chapitre que ces mêmes Byzantins, peuple et clergé, avaient élu un Monothélite dans la personne de Pierre *. Il a cité même la page du

i. Fleury, \\y, XXXIX, cli. xxxii.

î. Ch. XXV.

Jieciieil de» conciles où la lettre de ce patriarche hérétique était rapportée. Le voyage de Tempereur Constans était bien une fuite, un trait de lâcheté, et il fuyait devant les Sarrasins dont les partis se montraient déjà sur les rives du Bosphore, en face de sa capitale. Disons toutefois que la conduite de Vitalien était partout ailleurs conforme à celle d'un chef de l'Église. Il donnait des métropolitains à TÂngieterre. Il faisait casser par un concile de Rome la décision d'un concile crétois qui avait injustement déposé un évéque de sa province. Mais il fut moins heureux dans sa lutte contre Maurus, archevêque de Ravenne, qui, protégé par l'exarque, refusa même de comparaître à son tribunal. Il y eut entre les deux évéques un échange d'excommunications qui font frémir les historiens de l'Église. Mais cela ne prouve rien contre la suprématie des Papes sur l'Occident. Cela montre seulement que les exarques, comme délégués de Constantinople, né perdaient aucune occasion de faire sentir aux Papes leur soumission à l'empire. Constans lui-même, pris pour juge de ce débat, se montra peu reconnaissant de l'accueil qu'il avait reçu dans Rome. Il se déclara pour l'archevêque. Il exempta pour toujours les titulaires de Ravenne de la dépendance de tout seigneur ecclésiastique et même du patriarche de l'ancienne Rome. Cette décision impériale n'a rien qui doive étonner. Il y avait plus de trois cents ans que les empereurs et les exarques avaient fixé leur résidence à Ravenne; et Constans devait considérer cette ville comme la véritable capitale de cette portion de l'empire. Il détestait d'ailleurs celtv) Rome d'oii était partie la con^am^aHon ()u

Type^ et la puissance ecclésiastique qui Pavait prononcée. Ne pouvant anéantir le siège, que les concilçs avaient mis au premier rang des sièges apostoliques et que soutenait la vénérïition de TOccident, il chercha à l'humilier par Taifranchissement de Tarchevêque de Ravenne. Maurus se crut l'égal de Tévêque de Rome; mais c'est en vain qu'à son lit de mort il fit promettre à son clergé de ne jamais rentrer sous le joug du pape. Rome était déjà trop puissante. Le successeur de Maurus ne persista point dans cette indépendance; et ce schisme ne fut considéré que comme une de ces rébellions qui éclatent de temps en temps dans les États les mieux établis.

Vitalien mourut dans les premiers jours de l'année 673. Son successeur, Déodat II ou Adéodat, passa quatre ans sur le saint-siége, sans fournir à l'histoire de TÉglise d'autres documents qu'un privilège insignifiant accordé à l'abbaye de Saint-Martin de Tours; et le pape Domnus, qui lui succéda en 677, ne vécut que pour recevoir la soumission d'un nouvel archevêque de Ravenne, plus docile que Maurus. Pendant ce temps, l'empereur Constans II était mort en Sicile, assommé à coups de broc ou d'amphore par un baigneur de Syracuse nommé André ; et Constantin Pogonat, son fils, était nM)nté sur le trône de Byzance. Cet empire était déjà bien restreint. L'Asie et l'Afrique étaient au pouvoir des Musulmans. Le calife Moavia avait fixé sa résidence à Damas, et ses armées vinrent assiéger Gonstantinople, l'année même où Pogonat en avait pris possession. L'ingénieur Gallinique et son feu grégeois sauvèrent cette capitale par l'incendie de lc( flotto musulmanet e( m trnité de paix signé par le

calife etlempereur, avait donné quelque répit aux chrétiens. Constantin Pogonat voulut pn profiter pour rendre aussi la paix à l'Église. II ne savait pas bien ce qui Uavait divisée. II consulta le patriarche de Cpnstantinople et celui d'Antioche qui résidait dans cette ville comme un évéque in part\bus; et ces deux prélats, qui n'en savaient pas davantage, lui répondirent seulement qu'on avait introduit des mots nouveaux dans le mystère de l'Incarnation, et que les deux Églises n'avaient pu s'entendre. L'empereur convoqua dès lors un concile général pour en finir, pt la lettre qu'à ce sujet il adressait au pape Domnus, sous la date de 678, fut reçue par son successeur 4gathon. Celui-ci fut entièrement de l'avis de Constantin Pogonat, espérant bien que le saint-siége en retirerait de nouveaux avantages.

L'Église d'Angleterre lui avait déjà procuré l'ocîcasion d'un empiétement sur les privilèges de la royauté. Le roi Egfrid et le primat de Cantorbéry, Théodore, avaient chassé l'archevêque Wilfrid du siège d'Yorck; et après avoir entendu cet archevêque dans un concile de Rome, Agathon l'avait rétabli sur son siège en excommuniant tous ceux qui s'opposeraient à son rétablissement, fussent-ils même rois. C'était la seconde fois qu'un anathème comminatoire partait du saint-siége pour aller tomber sur la tête d'un monarque. C'était un Je ces essais qui devaient plus tard amener des tentatives plus sérieuses. Mais le roi de Northumberland ne fut point arrêté par cette menace ; il défendit à Wilfrid de rentrer dans Yorck, l'exila de ses États, et mourut six ans après sans l'avoir rétabli. Le primai Théodore obéit seul aux ordres du

pape; ro^is |1 w'ftbfiiît }p ré^bUssefflept fie l'î^rçhevêque qu'après avoir fatjgi^é 1^ supcesseiff du roi EgfricJ de ses humbles supplications.

Agathon îpojitra \p rt\^n\e orgueil dans sa réponse à l'empereur, mais sa lettre, spus ui) ?iutre rapport, e§t ))onne à étudier. Elle donne une triste idée de la situation qu'avaient faite les Loml^arâs à Iltalie^, elle dépose de l'état de misère et d'ignorance ou §on cjprgé étajt réduit; et il pouvait mettre au nombre de^ spoliateurs de l'Église l'empereur Constans lui-pfiême, qui, ne tfouv^i)t plus ni or ni argent daqs les temples deRpp[l^, av^it

empprté l'airain de ses monuments et la toiture de l'an- . cipn Panthéon. I^a barbarie envahissait le monde, c Nqus

> sommes tous forcés, disait Agathon, de travailler (|e » nos mains pojir vivre. Je n'enverrai pas afi concile des » clercs bien savapts. Comment pourrait-on trouver la

> science parfaite des Écritures che^ des gens qui vivent

> au milieu de peuples barbares et qui gagnent à grand » peine leqr nourriture de chaque jour par leur travail » cqrporel? » Il ne compte pas sur l'éloquence de ses légats po|ir expliquer ce qui est en discussion ; et les évêques eux-mêmes en désespèrent. Agathon distjingue cependant comme il le peut les deux puissances. Il dit à César qu'il lui envoie ses légats pour lui rendre l'obéissance qu'il lui doit. Mais il lui dit en même temps que l'Église de Rome est sa mère spirituelle. Cette maternité, qui apparaissait ainsi pour la première fois dans le langage de Rome, était une réminiscence de Damase qui avait

\. ConcileSf t. VI^ p. 230.

voulu donner le nom de fils aux évêques de son temps, et Tapplication qu'en faisait Âgathon à César était plus grave, en ce qu'elle mettait l'État dans l'Église ; mais en convoquant le nouveau concile, en spécifiant l'objet de cette convocation, Constantin Pogonat montrait en même temps que la puissance ecclésiastique était encore la seconde, et que les droits réservés par le premier des Constantin n'étaient point abandonnés par les plus humbles de ses héritiers.

Ce concile, qui fut le sixième des œcuméniques, fut ouvert le 7 novembre 680. Les trois légats du pape y furent nommés les premiers; mais l'empereur le présida, et c'est à lui qu'ils expliquèrent la sentence portée par leur Église contre les défenseurs d'une volonté unique dans Jésus-Christ. On ne discuta point la question, personne n'en eût été capable ; on se borna à chercher ce qu'en avaient pensé les Pères et les conciles. D'énormes volumes furent apportés et confrontés ; mais chacun y trouva la confirmation de son opinion ; et les Romains craignirent si bien d'être battus, qu'ils accusèrent leurs antagonistes d'avoir falsifié les passages dont ils s'appuyaient. On assure que beaucoup d'entre eux en furent convaincus et chassés du concile, au point que les Monothélites, pressentant leur défaite, offrirent de prouver leur orthodoxie par un miracle. L'offre fut acceptée. Un moine de leur secte, nommé Polychrone, fit apporter un mort et déclara qu'il allait le ressusciter; mais il eut beau le secouer, l'interpeller, lui parler à l'oreille, le mort ne bougea point et le moine fut chassé comme un vil char-

}9tani l'empereur fut assez éclairé pour ne pas y voir

une preuve concluante. Il demanda aux Monothélites si en définitive ils reconnaissaient les deux volontés en Jésus-Christ. Ceux qui les reconnurent furent absous, ceux qui persistèrent à les nier furent déposés et frappés d'anathème. On écarta les subtilités dont cette simple question avait été embrouillée. Le triomphe d'Agathon et des Occidentaux fut complet. On condamna également les empereurs Héraclius et Gonstans; mais on ne fit mention ni du Type ni de YEctkèse, Constantin Pogonat, qui dans sa jeunesse avait partagé les opinions de son père, s'exécuta de bonne grâce. Il proclama par un édit la décision du concile. Il expliqua la doctrine catholique des deux volontés, agissant encore en évêque des évêques. Il défendit de la discuter àr l'avenir, et prononça des peines terribles contre les clercs et les laïques qui enfreindraient ses commandements ^ Les lettres d'Agathon passèrent pour articles de foi ; mais ses légats laissèrent condamner la mémoire du pape Honorius, comme fauteur du monothélisme, malgré le passage de ces lettres où ce même Agathon soutenait que le saintsiégç n'avait jamais erré, ne s'était jamais écarté de la vérité, et que ses décrets avaient toujours été reçus comme la voix divine de saint Pierre. Le pape ne fit pas la moindre attention à cette sentence, pas plus qu'au petit nombre d'évêques qui signèrent la lettre du concile, eu égard au nombre de ceux qui y avaient assisté. Ils étaient cent soixante à la dernière session, et il ne fut apposé que cinquante-cinq signatures à la lettre synodale.

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