Anastasc le Dibliolbccaire
tant d'amertumes. L'archevêque de Ravenne lui faisait oublier la rébellion de ses prédécesseurs. Les éyèques de la province d'Aquilée s'étaient ralliés à son siège sous l'influence du roi Pertharit, qui avait à peu près civilisé les Lombards. Les rois de France languissaient dans la mollesse, à Tombre des monastères, dont leur piété et celle des grands avaient couvert la Gaule. Elle comptait presque autant de moines que TOrient ; mais leur, turbulence ne s'était pas encore révélée. Déjà s'élevait dans le bourg d*Héristal, près de Liège, la race qui devait s'emparer du trône de France, lui rendre un siècle de gloire et retomber ensuite sous le joug humiliant^e ces moines. Le vieux Pépin caressait déjà la puissance ecclésiastique qui devait consacrer l'usurpation de ses enfants. Il y avait entre Rome et lui un échange de présents et de reliques, d'hommages et de bénédictions. L'Angleterre, à peine convertie, se couvrait aussi de couvents. Le plus grand nombre des rois de THeptarchie était plein de déférence pour Tévêque de Rome, Celui de Wessex, Cadowalla, quitta son trône pour venir recevoir le baptême des mains de Sergius, et mourut dans la ville éternelle.
L^Espagne était la seule des provinces occidentales qui l'affligeât par des alternatives d'obéissance et de révolte. II n'y avait pas plus de discipline dans l'Église que d'ordre dans l'État. Les seigneurs et les évêques empoisonnaient les rois, les uns pour se mettre à leur place, les autres pour se venger de quelque abus d'autorité. D'innombrables conciles s'y rassemblaient sans l'autorisation du pape et des princes. Tolède en comptait déjà
dix-sept; et ils ne pouvaient réprimer les effroyables vices qui flétrissaient les clercs et les laïques. Ces conciles confirmaient tous les usurpateurs que favorisait la fortune; et par cette, habitude de disposer ainsi des couronnes, les êvêques se croyaient en droit de faire des lois politiques et de les imposer aux divers royaumes de la Péninsule. Ils se mêlèrent enfin d'interpréter à leur tour le mystère de Tlncarnation. Ils découvrirent trois sub^ances dans Jésus-Christ : la divinité, l'âme et le corps ; et sur Tunique témoignage d'un archevêque de Tolède, Baronius affirme que le pape Sergius approuva cette découverte. Si elle fut en effet soumise à la confirmation de ce pape, ce fut le dernier acte de soumission de la part du clergé d'Espagne, que ce même Baronîus regardait comme un fief de l'Église «. Cela a été vrai plus tard, mais non pas au huitième siècle, car le roi Wittiza refusa de payer le tribut à Rome, et força les évêques de son royaume à se séparer de la communion du pape. Les débauches et les cruautés de ce tyran eurent d«s conséquences plus fâcheuses pour l'Église et pour la chrétienté. Les mécontentements, les révoltes, les trahisons y produisirent un affaissement générai, et une bataille suffit pour livrer l'Espagne aux ravages des Sarrasins.
Sergius ne vit point cette catastrophe, il était mort au mois de septembre 701 et Jean VI lui avait succédé. Le début de ce nouveau pape fit voir que son autorité était déjà plus puissante que celle des exarques. Il en vînt un de Constantinople que les soldats ne voulurent pas