Ann. £ccl., an
reconnaître; et Jean YI eut seul le pouvoir de calmer cette sédition. Celles des Lombards étaient plus difficiles à réprimer. La mort de Pertharit les avait rendus à leurs instincts de rapacité. Le duc de Bénévent Agilulf qu'ils avaient mis sur le trône, les avait lâchés sur la Campanie qu'ils ravageaient et dépeuplaient. Jean VI racheta les captifs qu'ils avaient emmenés et vida encore une fois le trésor qu'en moins de trente ans avait rétabli la piété des fidèles. Jean VII lui succéda en 705 et fut mieux traité que lui par les Lombards. S'il faut en croire Paul Diacre, l'historien de cette nation, qui écrivait cinquante ans après, le roi Aribert aurait donné à saint Pierre, représenté par Jean VII, le patrimoine des Alpes Cottiennes, et la donation aurait été écrite en lettres d'or. L'abbé Fleury dit que cette donation renfermait le mont Genis et le mont Genèvre. Il ajoute que ce patrimoine avait appartenu à l'évêque de Rome, et qu'Aribert ne faisait que le restituer. Platine fait douter de la donation, et il faut en général se méfier de toutes ces libéralités. Le saint-siége possédait, il est vrai, de grands domaines; nous en parlerons plus tard, mais il est impossible d'en déterminer l'origine; et de toutes ces donations faites ù saint Pierre avant celle de la comtesse Mathilde, il n'en est pas une qu'on puisse prouver par des actes authentiques. Jean VII montra moins de fermeté que Sergius, quand Justinien II lui renvoya les actes de son concile, en le priant de les faire examiner et d'en retrancher ce qu'il ne voudrait pas admettre. Cet empereur était remonté sur son trône; et cette douceur nous étonne, car son caractère était encore plus aigri par ses malheurs.
On 'sait que, pendant une tempête qui assaillit sa flotte aux environs de Constantinople, un moine lui ayant dit que, pour calmer le ciel, il devrait jurer de pardonner à ses ennemis, le barbare répondit que Dieu pouvait le faire périr s'il le voulait, mais qu'il n'en épargnerait pas un seul. D'où venait cette complaisance pour le successeur d'un pape qu'il avait si rudement puni d'avoir méprisé et insulté son concile ? Quoi qu'il en soit, Jean VII n'osa rien retrancher, et Justinien prit cela pour une approbation.
Après la mort de ce pontife et celle de Sisinnius qui ne dura que vingt jours, il vint un pape plus courageux. Ce fut Constantin, Syrien d'origine, qui prit le saint-siége le 4 mars 708, et qui reçut du féroce Justinien un terrible témoignage de la protection impériale. Félix, archevêque de Ravenne, poussé sans doute par Texarque Théophylacte, avait suivi l'exemple de Maurus et refusé le serment d'obéissance au saint-siége. Justinien ordonna au patrice Théodore de se rendre à Ravenne avec l'armée de Sicile, de s'emparer de cet archevêque et de l'envoyer à Constantinople. L'ordre fut exécuté et le tyran fit crever les yeux à Félix pour le punir d'avoir fait ce que l'empereur Constans avait autorisé par son édit en faveur de Maurus. Constantin fut-il complice de cette barbarie? Des historiens l'ont supposé ^ sur quelques mots d' Anastase le Ribliothécaire qui attribue au jugement de Dieu et de saint Pierre le châtiment de cette nouvelle désobéissance au saint-siége. C'est ainsi qu'on attribue à la justice divine
i. Hi$L des Papes ^ &Ti. Constantin,
tous les malheurs qui tombent sur de grands criminels. Mais la sottise d'un chroniqueur superstitieux ne suffit pas pour accuser de tant de barbarie un pape qui n*en a pas donné un second exemple. Il serait tout aussi ridicule de voir un témoignage de la suprématie des Papes sur TOrient dans les hommages rendus à ce même Constantin, quand il plut à Justinien II de le faire venir à Byzance. Les tyrans ont des caprices de clémence; et cet empereur avait conunis assez de crimes pour que Tesprit superstitieux de son temps lui suggérât la pensée d'avoir recours aux prières du vicaire de Jésus^hrist. Si Justinien fût venu à Rome pour honorer le pape comme avaient fait peu de temps auparavant Cœnred, roi de Mercie, et Offa, roi de d'Ëstanglie, on pourrait y voir un abaissement de la puissance impériale. Mais ce ne fut qu'une fantaisie; et quand Philippique Bardanes eut enlevé le trône et la vie à Justinien II et à son fils, les évéques d'Orient reprirent l'habitude d'adopter la croyance de leur maître. Les Monothélites y régnèrent deux ans avec Bardanes; et quand une autre faction l'eut' déposé et aveuglé, les évêques revinrent à l'orthodoxie sous l'influence des Césars Anastase II et Théodose IIL
C'est le pape Constantin qui fit faire à la papauté le plus grand pas qu'elle eût fait encore, en excommuniant ce même Bardanes et en le déclarant incapable de tenir l'empire. Ce n'était pçis pour le punir d'avoir coupé la tête à deux empereurs. Constantin avait passé bien d'autres crimes à Justinien que l'abbé de Vallemont a l'étrange bonté d'appeler son ami *. Mais Bardanes était