CHAPITRE m CONSTANTIN
L*accord momentané des évéques de la Gaule et de ritalie avec le siège de Rome, tournera désormais vers rOrient la politique agressive de ses possesseurs ; et les nombreuses hérésies qui sui^iront en Asie et en Afrique leur fourniront des occasions et des prétextes dont ils se montreront avides de profiter. Mais pendant quelque temps cette lutte sera sans intérêt comme sans importance. Dix Papes vont se succéder sans qu'aucun d'eux songe à reprendre la politique de Victor et d'Etienne. Le Grec Sixte II laisse prêcher en paix les erreurs des Sabelliens, malgré les lettres de l'évéque Denys d'Alexandrie qui a condamné ces hérétiques, et qui l'engage à ne pas permettre que des Romains partagent leur doctrine. Elle était en effet dangereuse. Sabellius, disciple de Noëfus, niait la trinité et la distinction réelle des personnes divines. C'était renouvelé de Praxeas et des Patropassiens. Il n'y avait selon lui qu'une seule personne eu Dieu, qu'il appelait Dieu le Père dans le ciel, Dieu le Fils sur la terre, et Saint-Esprit quand il manifestait sa vertu dans les créatures privilégiées. Cette hérésie devait attirer l'attention, provoquer la colère de l'évéque
qu'on nous présente, même dans ce temps, comme le régulateur suprême de la foi; et le silence du vieux Sixte II est en quelque sorte une abnégation de cette éminente autorité. Le pape Denys, qui lui succède en 259, lance à peine quelques mots insignifiants contre cette secte. L'hérésie des Millénaires, qui bornaient à mille ans le règne de Jésus-Christ, lui semble indifférente. C'est toujours Denys d'Alexandrie qui veille à l'unité de la foi en attaquant les fausses doctrines qui l'altèrent. Le Denys romain ne se réveille que lorsque l'évêque d'Alexandrie tombe lui-même dans l'hérésie, en publiant dans sa réponse aux Sabelliens, dans l'explication de la trinîté qu'ils renient, que le Fils de Dieu, tout Dieu qu'il était, n'était pas pourtant de la même substance que le Père. C'était un commencement de cet arianisme qui devait naître bientôt dans cette Église pour troubler le monde. Quelques fidèles d'Egypte qui voyageaient en Italie , parlèrent de cette doctrine de leur évêque *. Le pape Denys en fut étonné, mais il ne crut pas devoir s'en rapporter à ses propres lumières. Il doutait de cette infaillibilité qu'on a découverte deux ou trois siècles plus tard; et il soumit cette doctrine à l'appréciation d'un concile qui la condamna tout d'une voix. Mais, fidèle aux principes de modération que manifestaient les synodes de cette époque, ce concile ne joignit à sa sentence aucune menace d'excommunication. Le Denys romain pria son frère d'Alexandrie d'expliquer ce qu'il avait voulu dire; et l'explication fut donnée