Oput, liv. II
évêques d'Ostie, de Milan, de Florence, et douze autres pris également dans les divers diocèses de l'Italie. Comme il veut être le juge suprême du débat, il désigne naturellement sa capitale pour le lieu de l'assemblée. II ordonne à Douât et à Cécilien de se rendre à Rome avec dix de leurs partisans et de venir plaider leur cause devant ce concile. C'est dans le palais de l'impératrice Fausta, appelé le palais de Latran, qu'il l'assemble ; et l'empereur en donne la présidence à l'évêque de Rome. Les deux parties y comparaissent, et Donat avoue qu'il a rebaptisé les traditeurs qui se sont repentis. C'était la doctrine de saint Cyprien à l'égard de ceux, qui avaient apostasie pendant la persécution de Dèce, mais ce n'était point celle de Rome. Donat fut condamné avec sonévêque Majorin,et Cécilien maintenu dans son siège. Mais le concile n'osa jeter la perturbation dans les Églises d'Orient, en touchant à la question des ordinations, qui dans cette anarchie avaient été faites par les deux partis. On les maintint toutes en vertu de ce principe : qu'un évéque peut faire des ordinations, tant qu'il n'a été ni condamné ni déposé par un jugement ecclésiastique. S'il s'en trouvait deux pour le même siège, le concile décidait que le plus ancien devait être préféré, sauf à pourvoir l'autre à la première vacance. Les actes de ce concile ne furent point exécutés par l'ordre de l'évêque de Rome. Ils furent envoyés à l'empereur, qui seul en ordonna l'exécution à son proconsul d'Afrique. Donat des Cases-Noires parut d'abord se soumettre; mais la soumission n'était point dans sa nature; et son opiniâtreté nous donnera d'autres occasions d'apprécier
— sole degré de puissance que s'attribuait l'évêque Romain. Les Donatistes revenus à Carthage protestèrent bientôt contre la sentence qui les frappait. Ils prétendirent qu'on ne les avait pas entendus. Ils se nommèrent les purs, les saints, comme s'appellent toujours et partout ceux qui poussent à Textreme leurs principes religieux ou politiques, et qui regardent les transactions comme des impiétés et des crimes. Constantin, assailli par leurs nouvelles requêtes, doute de Tinfaillibilité du concile de Rome, et comme les Donatistes persistent à demander des Gaulois pour juges, c'est dans la Gaule et dans la ville d'Arles qu'il convoque un nouveau concile. C'est lui qui signe les lettres de convocation, et celle qu'il adresse à Chreston Crescentde Syracuseest arrivée jusqu'à- nous comme un témoignage de l'autorité qu'il s'était réservée. Cette lettre, adressée à un évéque Sicilien, prouve aussi qu'il ne s'était pas tout à fait conformé à la demande des Donatistes, qii'il avait appelé au concile d'Arles d'autres prélats que ceux de la Gaule, et qu'il n'avait eu d'autre condescendance pour les Donatistes, que le choix d'une ville gauloise pour la tenue de ce nouveau concile. L'évêque de Rome y fut appelé comme les autres. Ce n'était plus Miltiade, il était mort depuis neuf mois; et Sylvestre lui avait succédé le 31 janvier 314. Mais, soit que ce pape craignît de paraître à cette assemblée dans un rang subalterne, soit qu'il ne voulût point assister à la révision d'un jugement rendu sous la présidence de son prédécesseur, il s'excusa sur cet étrange prétexte que rediront beaucoup de ses héritiers, qu'il ne pouvait quitter les lieux où présidaient les 'apôtres, où
leur sang rendait continuellement gloire à Dieu *. C'était dire en d'autres termes que c'était dans Rome seule que les conciles devaient être assemblés , et protester en quelque sorte contre la faculté de les convoquer ailleurs. Il envoya cependant deux légats, qui ne furent pas distingués des autres prêtres et diacres. Trente-six évêques des Gaules, dltalie, de Sicile, de Sardaigne et d'Espagne vinrent à Arles aux frais de l'empereur; et saint Marin, évêque de cette ville, paraît avoir présidé cette assemblée ^ qui, ouverte le 1" août 314, confirma pleinement la sentence de celle de Rome. Les Donatistes furent donc condamnés de nouveau ; et Gécilien, reconnu pour la seconde fois, resta pour délibérer avec ses frères sur les autres affaires de l'Église. Des canons importants furent rédigés par ce concile; et tous ses actes furent simultanément envoyés à Constantin et à Sylvestrey non pour que ce pape les approuvât, niais parce qu'ayant un grand nombre de diocèses à gouverner, il donnerait à ces actes plus d'autorité qu'un autre. Au reste, cette lettre synodale ne nous est parvenue qu'avec de nombreuses altérations 3; mais telle qu'elle est, nous n'y trouverons tout au plus qu'un témoignage de prééminence sur les diocèses d'Italie, de la Gaule même, en faveur de l'évêque de Rome, prééminence que nous avorm déjà reconnue après en avoir signalé les progrès, mais qui dans d'autres circonstances recevra encore de nouvelles atteintes. Dans cette occasion même elle est entièrement
i. Tillemont, liv. IV, p. 47.