‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 42 sur 150 · Maimb., t. I, p. 366 ; Socrate, liv. II, ch. xviii · texte numérisé non relu

Maimb., t. I, p. 366 ; Socrate, liv. II, ch. xviii

trempe d'Athànase sont rares ; et parmi les successeurs des premiers martyrs on compte déjà les esprits élevés et les grands caractères.

Un homme disparut de la scène du monde, et le monde changea de face. Une conspiration ôta T^npire et la vie à Constant ; et l'usurpateur Magnence, battu à Mursa le 28 septembre 351 par Tarmée de l'empereur d'Orient, livra par sa fuite et par sa mort les provinces d'Occident au dernier et au plus indigne des fils de Constantin. L'arianisme fit irruption dans cette partie du monde chrétien sous les drapeaux de Constance, qui, selon Sulpice Sévère *, les suivait en lâche sans oser tirer Tépée. Le pape Jules n'eut pas longtemps à pleurer ce double désastre. Sa mort arrivée le 12 avril 352, fit passer le siège de Rome à Libère que les ennemis d'Athanase devaient livrer à de rudes épreuves. Constance était toujours à leur tête, mais soit qu'il rougit de manifester toute sa lâcheté en chassant brusquement d'Alexandrie le patriarche qu'il y avait rappelé lui-même, soit qu'en entrant dans les provinces de Torthodoxie, il craignît de révolter les nombreux évêques qui en dominaient les populations, il les convoqua dans la ville d'Arles pour leur soumettre encore une fois le différend des deux Églises. Le nouveau pape Libère ne jugea point à propos de s'y rendre. Comme ses prédécesseurs, il se fit représenter par Vincent de Capoue et deux autres légats. La politique du pape Sylvestre était à cet égard devenue la règle du saint-siëge. Ce concile s'ou-

i. Uv. II, p. 159.

vrit à la fin de 383. Les Ariens n'y étaient point en force ; mais la présence de leur empereur leur^ assurait la victoire. C'est là qu'Ursace et Valens se dégradèrent par une seconde apostasie, attribuant la première à la ty~ rannie de Constante Bien d'autres, qui avaient défendu Athanase dans l'assemblée de Sardique, eurent la lâcheté de souscrire à sa condamnation. Quelques voix timides sollicitèrent comme une compensation celle de la doctrine d'Arius ; mais aucun n'eut le pouvoir de l'obtenir. Les légats mêmes de Libère cédèrent à l'Arien couronné. Cette chute de Vincent de Gapoue fut une grande douleur pour ce pape. Cet évêque avait montré plus de vigueur dans sa mission de Constantinople. Mais il avait alors derrière lui l'empereur d'Occident et ses armées, et il était ici en face du maître du monde, n'ayant pour soutien qu'un pauvre prêtre, qui, pour être parvenu à se faire reconnaître comme successeur de saint Pierre, n'avait pas encore le pouvoir de remuer une légion. Ce prêtre n'avait qu'une puissance spirituelle que Constance ne reconnaissait pas et des anathèmes qui étaient encore sans force contre les couronnes de la terre. Libère osa cependant soutenir par ses lettres la fermeté des évêques que la flatterie et la peur n'avaient pas ébranlés. Lucifer de Cagliari, Eusèbe de Yerceil le secondaient vivement dans cette opposition au triomphe de Tarianisme, et ils obtinrent en son nom la convocation d'un nouveau concile. Constance se plaisait dans ces réiAiions d'évêques, dans ces discussions interminables sur des mots qu'il comprenait à peine. Les Ariens, encouragés par la victoire d'Arles, acquiescèrent comme lui à ce nouvel examen,

dont ils pressentaient Tinutilité, et dédaignèrent même de se rendre en force à Milan où ce nouveau concile devait s'assembler. Que leur importait de disputer contre des adversaires qui osaient à peine se défendre ? Ils laissèrent à l'empereur, à ses eunuques et à ses soldats le soin d'affermir leur triomphe.

Ce concile s'ouvrit dans les premiers mois de Tannée 3K8 ; et, malgré la présence de trois cents évéques occidentaux, les délégués de Libère ne purent obtenir ni la condamnation d'Arius ni la confirmation du Symbole de Nicée. Ils eurent à la vérité le courage de se refuser à la condamnation d'Âthanase, et quelques-uns le poussèrent jusqu'à dire à l'empereur que ses ordres n'étaient pas des canons de l'Église, c Ma volonté, s'é- » cria Constance, doit être prise pour un canon. J'ai pour » moi l'autorité des évoques d'Orient : obéissez ou je » vous exile. » Et les soldats et les eunuques ne leur laissèrent plus le temps de répliquer. Us entrèrent le fouet et le glaive à la main, et les consciences cédèrent à la force. Le moine Rufin ^ prétend qu'il ne resta que trois évéques de fidèles. Athanase en signale un plus grand nombre dans sa lettre aux solitaires de la Thébaïde ; mais le temps des martyrs était passé. On peut douter même du langage que leur prête le saint évéque d'Alexandrie, langage qui n'était pas encore sorti de la bouche d'un évêque. Us auraient, selon lui, osé dire à Constance que l'EiApire n'était pas à lui, mais à Dieu de qui il l'avait reçu et qui pouvait l'en priver. Us lui

i. Liv. I, ch. XX.

auraient interdit de toucher à la discipline de TËglise où n'avait .rien à voir l'autorité impériale. Les prophètes de l'ancienne loi avaient tenu de semblables discours aux puissances de la terre. Les prêtres de la nouvelle ne l'avaient pas dit encore, et ce n'est pas Constantin qui le leur avait enseigné. Mais parmi tsuit de prélats timides ou lâches, il en était deux qui auraient été capables de le dire, Hilaire de Poitiers et Lucifer de Gagliari ; et soit qu'Athanase absent l'eût appris de ses amis, soit qu'il l'ait supposé lui-même, je saisis ce trait d'indépendance ecclésiastique au moment où il se manifeste, comme le point de départ des attaques du sacerdoce contre la royauté, en observant que l'Église n'en était encore qu'à la quarantième année de son émancipation.

Une obéissance extorquée par de telles brutalités, devait être suivie de nombreuses rétractations, iren fut à cet égard du concile de Milan comme de celui d'Arles. Rendus à eux-mêmes et à leurs diocèses, éloignés des sicaires de l'empereur, ces évêques rougirent de leur faiblesse. Libère fomentait, entretenait cette nouvelle opposition, dont s'irritèrent Constance et les Ariens. Ils résolurent d'en finir avec un pontife qui se refusait sans cesse à la discussion, et dont l'ascendant contrariait partout et leur doctrine et leurs vengeances. Constance ordonna de le gagner ou de le contraindre, de faire confirmer à tout prix la condamnation d'Athanase par l'autorité épiscopale de la ville étemelle, comme dit Ammien Marcellin * et non, comme Fleury lui fait

Page 1