‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 41 sur 150 · Oratio. h p. d · texte numérisé non relu

Oratio. h p. d

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d*un empereur qui. depuis la mort de Constantin le Jeuoe, réunit dans ses mains toutes les forces de rOccident. Le concile général qu'il ordonne est accepté par les Orientaux ; et c'est à Sardique, au pied du mont Hémus, que, de concert avec son frère, il leur enjoint de se rendre.

Les Eusébiens y vinrent donc au nombre de soixanteseize ; mais à l'aspect des cent soixante-dix prélats orthodoxes qui étaient venus de tous les points de la chrétienté, ils n'osèrent affronter la discussion. Ils se retirèrent à Philippopolis, sur le revers oriental de l'Hémus, sous prétexte qu'au mépris de leurs sentences Athanase et Marcel d' Ancyre étaient admis à siéger ; et par une fiction qui trompa plus tard saint Augustin, ils continuèrent à donner à leur assemblée de Philippopolis le nom de concile de Sardique. Le résultat de cette scission était facile à prévoir. Les orthodoxes, sous la présidence du vieil Osius de Gordoue, déposèrent les principaux Eusébiens; et ceux-ci, présidés par Etienne d'Antioche, condamnèrent Osius et le pape Jules après avoir confirmé une fois de plus la déposition de Marcel et d' Athanase. Leurs lettres réciproques sont un échange scandaleux d'injures, de calomnies, d'anathèmes; et si la rupture des deux Églises ne date point de ce scandale comme le prétend, l'historien Socrate, l'acharnement des deux partis la rend du moins inévitable.

Le fier Jules ne laisse point échapper cette occasion de faire reconnaître les prérogatives qu'on venait de lui contester et de faire consacrer par des institutions canoniques la primauté, la prééminence de son siège. Il n'assistait

point au concile, mais ses adhérents y étaient en force, et ses instructions avaient d'avance réglé leur conduite. L'absence des soixante-seize Ariens retirés à Philippopolis facilitait la délibération. Cette prééminence, que. les Occidentaux avaient déjà tacitement reconnue, fut établie en droit par le quatrième canon de Sardique. Il y fut stipulé que, si un évêque se croyait injustement condamné par un synode, il pouvait recourir à Févêque de Rome, qui aurait le droit de confirmer seul le jugement, ou, en cas de dissidence, de le faire examiner par de nouveaux juges tirés des provinces voisines. Ce n'était pas un droit absolu, une faculté de se saisir par luimême d'une affaire pendante ; les Occidentaux n'osèrent point aller jusque-là; mais c'était plus que l'évêque Jules n'avait d'abord prétendu, car il n'avait pas encore parlé de ce droit personnel de confirmation. Mais le vieil Osius, qui n'était sans doute que l'organe de sa pensée, le fit admettre, pour honorer, disait-il, la mémoire de saint Pierre; et, par une conséquence naturelle de ce privilège, l'évêque de Naïssus, Gaudence, fit ajouter que l'appelant ne p:urrait être remplacé avant que la sentence ne fût rendue définitive par l'approbation du pontife romain. Jules gagna ainsi ce droit d'appel que ses prédécesseurs, avaient si longtemps et si vainement convoité, que lui-même s'était arrogé d'avance dans sa première lettre aux Eusébiens; et ce droit, dont le fréquent usage lui était assuré par la dernière clause du décret et par l'intérêt des condamnés, fut consenti par cent soixantedix évêques, et approuvé plus tard par cent cinquante autres qui n'avaient poiat assisté à ce concile.

Si le grand ndm d'Athanase manquait à ces décrets des Pères de Sardique, ils impliquaient évidemment la condamnation de tout ce qu'on avait écrit et fait contre lui. L'absolution prononcée par le concile de Rome annulait les sentences de Tyr et d'Ântioche, et celui de Sardique le remettait de plein droit dans sa chaire d'Alexandrie. Mais les Eusébiens ne l'entendaient pas ainsi ; et comme les armées dé l'empereur d'Occident ne s'étaient pas encore ébranlées, ils prirent ses menaces pour de vaines paroles et recommencèrent le cours de leurs violences. Constance, leur instrument passionné, remit son glaive à leurs sicaires. Les prélats orientaux, qui avaient souscrit les canons du vérits^ble concile de Sardique, furent assaillis à leur retour par les satellites du préfet Philagre, et traqués de tous côtés comme leurs prêtres et leurs diacres. L'exil, la torture, la spoliation furent le châtiment de leur fidélité à la foi de Nicëe, ou plutôt à la cause d'Athanase, qui en était le symbole vivant. Il lui fut interdit à lui-même, sous peine de mort, de reparaître dans la chaire qu'avait prétendu lui rendre l'évêque de Rome. On chassa même d'Alexandrie tous les prêtres qui n'avaient point voulu communiquer avec son compétiteur Grégoire. Mais l'empereur Constant se réveille au bruit de ces iniquités. L'évêque Vincent de Capoue part de Milan par son ordre pour aller signifier à l'empereur de Constantinople qu'il ait à réprimer ces attentats, à faire respecter les décrets de Sardique ou à se préparer à la guerre. Constance et les Eusébiens s'arrêtent à la voix de ce protecteur de la foi de Nicée. Les orthodoxes orientaux respirent, et la mort

de Grégoire ayant vidé le siège d'Alexandrie, Constance supplie Athanase de venir le reprendre. Bossuet dit à cette occasion que le saint évéque fut rétabli canoniquement par le pape saint Jules, dont Constant appuya le décret *. Ce n'est point là de Thistoire. Le coqcile de Rome y était bien pour quelque chose, et suivant Athanase lui-même dans sa lettre aux solitaires, les empereurs Constant et Constantin le Jeune avaient reconnu son innocence avant que Jules n'eût assemblé son concile. Leur décret en avait précédé la décision. Constant avait fait venir Athanase de la ville d'Aquilée, où il s'était réfugié; il l'avait renvoyé à son siège en l'assurant de sa protection ^, et ses menaces avaient seules forcé le César d'Orient de le réinstaller dans sa chaire.

Cependant la lâcheté de Constance avait porté le découragement dans l'âme de ses évêques. Ils craignirent d'être abandonnés par le faible César qui avait protégé leurs crimes. Ursace de Singidon et Yalens de Mursa, dont les sièges touchaient aux frontières de l'Empire d'Occident, se hâtèrent de déserter l'arianisme et demandèrent pardon au grand Athanase de leurs infâmes calomnies. Dans ces temps d'aifaissement que produit la fréquence des révolutions, la foi religieuse n'est pas plus opiniâtre que la foi politique. Nous verrons bientôt ces deux évêques, suivis de bien d'autres, retourner à leur vomissement comme des chiens, suivant l'énergiqne expression des Pères de l'Église. Les hommes de la

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