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cateur de la foi. Il écrivit aux évêques de la Gaule pour les prémunir contre cet exemple funeste et les fortifier dans leur résistance à Tarianisme. Athanase manifestait en même temps son opposition par les écrits dont il remplissait le monde, sans que ses persécuteurs pussent jamais découvrir la retraite d'où partaient ces éclairs d'un indomptable génie, ces insultes à la puissance même de l'empereur.
Étonné cependant que ses rigueurs n'eussent point rendu la paix à TÉglise, Constance s'avisa d'un expédient nouveau qui le posait en évêque des évêques. Cette pensée lui vint sans doute de Valens de Mursa qu'il avait pris pour son conseiller intime, le jour où cet évêque, secrètement informé de la défaite de Magnence, lui avait fait t^roire qu'il la tenait d'une révé- ' lation divine. L'empereur assembla les prélats de sa cour à Sirmium, le 22 mai 358, et fit rédiger en sa présence une nouvelle profession de foi. C'était la quinzième, que depuis trente-quatre ans les Ariens avaient dressée; et celle-ci contenait des concessions qui devaient, croyait^il, satisfaire les deux partis. On en rejetait comme toujours le mot consubstantiel, et l'on se bornait à dire que Dieu le Fils était semblable au Père en toutes choses. Ces derniers mots étaient de l'invention de l'empereur lui-même; et comme il avait reconnu que la discussion ne faisait qu'entretenir la dissidence, il prétendit les imposer sans permettre de les débattre, en séparant les deux partis à une assez grande distance pour qu'il leur fût impossible de disputer. Les Orientaux furent donc convoqués à Séleucie et les Occidentaux
à Rimini. Basile d'Âncyre apporta le formulaire impérial aux premiers, Valens de Mursa aux seconds; et c'était le dé«îrier d'avance que de le transmettre aux évêques de la Gaule et de Iltalie par un collègue qu'ils avaient vu deux fois renier leur croyance. Il devait échouer dans sa mission : mais son collègue Basile ne fut pas plus heureux que lui. Les deux conciles rejetèrent une rédaction que l'empereur avait regardée comme une œuvre de conciliation et de paix. Les Ariens de Séleucie ne voulurent point des mots en toutes choses^ qui équivalaient au mot consubsiantieL Les catholiques de Rimini ne virent que l'absence de ce mot, n'en admirent point l'équivalent et ne répondirent que par une proclamation nouvelle du Symbole de Nicée.
La surprise et la colère de Constance ne peuvent se décrire. Il insulte, il repousse les dix députés qui lui apportent la décision du concile de RiAiini. II finit par les effrayer, par leur faire signer de force le formulaire nouveau que lui ont renvoyé ceux de Séleucie et où ne se trouvent même plus les mots en toutes choses^ et après un an de débats, de menaces et de séductions, il les renvoie à Rimini, où leurs malheureux collègues attendaient leur retour, comme des captifs impatients de recouvrer leur liberté. Le préfet Taurus les avait retenus pendant tout ce temps dans cette petite ville, et un nouvel ordre de Constance lui défendit de les laisser partir avant qu'ils eussent souscrit le seizième formulaire. Le consulat devait être la récompense de cet étrange service; et les Scipions ne se doutaient guères que cette
dignité pût être jamais mise à ce prix. Mais rien ne I, 9
surprend dans ce genre de la part d'un empereur qui avait déclaré dans un de ses édits que le ministère des autels était plus utile à TËtat que les travaux des champs et que les services civils et militaires. En élevant ainsi le sacerdoce, il aurait dû toutefois lui conserver sa dignité. Mais c'était trop exiger d'un pareil despote. Taurus fut consul, et il gagna cette charge éminente par un zèle sauvage, en prolongeant à dessein les ennuie de cette captivité d'un aussi grand nombre d'évêques, en y ajoutant même les angoisses du froid et de la faim. L'artificieux Valens le seconda par son impudente hypocrisie; pour calmer les scrupules des malheureux captifs, il condamna hautement le nom d'Arius et réussit à leur en faire approuver la doctrine, en leur persuadant que * les mots de substance ef de consubstantialité devenaient inutiles, dès Tinstant que les Ariens reconnaissaient que Dieu le Fils n'étkit pas une créature comme les autres et qu'il était semblable au Père. Il appuya ce mensonge de quelques avantages temporels qu'il était autorisé à leur promettre ; et ces pauvres évêques, las de souffrir et d'attendre, s'écrièrent qu'il avait raison. Ils se hâtèrent 4e recouvrer leur liberté en signant la profession de foi de Séleucie; et l'empereur, acquittant les promesses de Valens, les récompensa de leur lâcheté par son éditdu 30 juin 360 qui affranchissait les biens ecclésiastiques du fardeau des charges publiques. Avons-nous bien le droit de blâmer ces capitulations de conscience devant un avantage matériel, et surtout cette inintelligence aveugle de certains mots qui remuent le monde? Ne voyonsnous pas, dans notre temps, comme dans tous, le trou-
peau des hommes religieux ou politiques adopter avec une sorte de fanatisme les doctrines ou les commentaires d'un petit nombre d'hommes supérieurs qui dominent les opinions de leur siècle? nous ne sommes pas plus éclairés, plus surs de nos croyances qu'on ne Tétait alors, et parmi tant de docteurs nous aurions peine à trouver réquivalent de saint Athanase.
Que faisait cependant le pape Libère, le chef prétendu . de l'Église, tandis que, à vingt lieues de sa résidence, la Trinité, le fondement de la religion catholique, était mise en question et en péril? Il était rentré à Rome, le i août 358, à la bruyante satisfaction des dames romaines; et l'antipape Félix s'était réfugié dans la campagne pour échapper à la colère du peuple. Mais il y a dans les historiens de cette époque tant de confusion, de contradictions et de lacunes que Baronius lui-même renonce à y porter la lumière. Les écrivains prçtestants ont prétendu qu'il avait intérêt à ne pas y voir plus clair, mais ces ténèbres n'en ont pas été mieux éclairées. Le Père Maimbourg fait tout ce qu'il peut pour sauver l'infaillibilité pontificale de cette lutte des deux papes, de leurs tergiversations, de leurs palinodies et ne fait qu'ajouter des obscurités nouvelles à celles que l'histoire lui a transmises. Il accepte le martyre de l'antipape Félix en punition de son opiniâtreté à condamner les Ariens, et n'osant pas nier que, douze siècles plus tard, Grégoire XIII a voulu l'exclure du martyrologe romain, il le fait apparaître lui-même pour plaider sa cause *.
i. Maimb., liv. Vf, p. 510.
Pour que rien ne manque à ce miracle, c'est la veille même de la fête de saint Félix qu'il fait retrouver son corps et la preuve de son martyre devant Baronius luimême qui s'avoue coupable de l'avoir nié. Il est donc diflScile de dire ce que devint réellement cet antipape, et pourquoi il fut plus tard réhabilité, compté au nombre des Papes conjointement avec Libère, canonisé même après sa mort. Nous ne pouvons douter qu'il ne fût soutenu par une faction puissante, puisqu'on le retrouve sous le pontificat du pape Damase, et que la faction est même assez forte pour lui donner un rival. Mais nul ne dit ce qu'elle était, si elle était née de Tarianisme pendant l'exil de Libère, ou d'une orthodoxie trop rigoureuse, ou seulement du besoin qu'avait le peuple romain de la présence d'un pontife. Ou ne sait pas davantage comment et pourquoi Libère se releva de sa chute, s'il faut attribuer aux reproches d'Hilaire de Poitiers, au mépris de son clergé, à la conversion de son compétiteur, ou enfin à ses propres remords une évolution de conscience que l'Église a récompensée plus tard par une auréole de sainteté. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun légat n'assista de sa part à l'assemblée de Rimini, et que toutes les prétentions de Jules étaient déjà abandonnées par Libère. C'est la première fois que révêque de Rome n'est pas représenté dans une réunion d'évéques aussi considérable et surtout dans un synode dltalie. On ne le retrouve que lorque les apostats. Ursace et Valens arrivent à Rome pour Jui faire signer le formulaire de Séleucie. C'est alors seulement que se manifeste son retour à la foi d'Âthanase. Il déclare qu'il est
désormais prêt à tout souffrir plutôt que de retomber dans sa faute, et se réfugie dans les catacombes pour échapper à la persécution dont le menacent les envoyés de César.
Constance n'aura pas le temps de le punir. Le 3 novembre 361, ce brouillon couronné alla demander à Dieu ce qu'il fallait croire de Ykomoousios ou de TAomoiousios^ après avoir débattu pendant vingt ans avec cinq ou six cents évêques 1^ signification véritable de ces mots grecs. Julien monta sur le trône du monde, et les chrétiens de toutes les sectes en frémirent. Us savaient que le nouvel empereur ne leur appartenait pas, que les philosophes païens avaient étouffé dans son âme les vérités qu'Eusèbe de Nicomédie son premier maître avait montrées à son 'enfance. Échappé par miracle aux massacres de sa famille, réduit par les sanguinaires caprices d'un desposte ombrageux à trembler sans cesse pour sa vie, Julien avait conçu un profond mépris pour le caractère et la politique de Constance ; et ce mépris, accru tous les jours par la dissimulation que lui imposaient ses périls, s'était élevé jusqu'à la religion du royal assassin. Il rougissait de voir que cet empereur, si terrible dans ses vengeances, poussât la piété jusqu'à l'humilité la plus dégradante en prosternant sa couronne devant la mitre d'un évêque; et quoiqu'il portât souvent lui-même la simplicité des mœurs jusqu'à l'oubli de sa dignité personnelle, il ne s'accoutumait pas à voir dégrader ainsi la majesté de l'Empire. Les étonnants progrès qu'avait faits pendant quarante ans à peine la religion de Constantin, l'ascendant qu'avaient pris les
évéques sur les souverains^ sur les cours et sur les peuples, leur multiplication merveilleuse qui en avait élevé le nombre ail delà de mille l'avaient justement alarmé pour les destinées d'un Empire qu'il était appelé à gouverner. Leurs divisions perpétuelles avaient d'ailleurs rebuté sa précoce intelligence. Initié d'abord à l'arianisme par son premier maître, il avait vu cette secte turbulente se diviser, se subdiviser en plusieurs sectes rivales et modifier à chaque instant le formulaire de ses croyances. L'instabilité des doctrines chrétiennes que n'avaient pu fixer tant de tumultueux conciles, les haines réciproques des deux Églises lui avaient inspiré de bonne heure le dégoût le plus profond ; et les philosophes de Pergame, d'Éphèse et d'Athènes, qu'avait fréquentés sa jeunesse, l'avaient aisément disposé à relever des dieux qui avaient contribué pendant dix siècles à la grandeur de la vieille Rome. Sa gloire militaire l'avait rendu, depuis, l'idole des légions de la Gaule; et les peuples, qu'il protégeait contre l'invasion des barbares, que séduisait l'affabilité de ses manières, parlaient avec admiration de son activité, de sa justice, du soin qu'il mettait à s'instruire de leurs besoins et de leurs intérêts. Les peuples ne sont pas toujours ingrats, et les soldats le sont plus rarement encore. Julien l'avait éprouvé, quand la jalousie de Constance, ou la haine de Teunuque Eusèbe avait voulu le séparer de ses principales légions. Les soldats, révoltés de cette injustice, lui avaient décerné le titre d'Auguste, et, placé dès lors entre l'Empire et le supplice, il s'était décidé, quoique à regret, à guider vers l'Orient les étendards d'une révolte qu'il n'avait point
provoquée. On ne s'arrête point dans cette voie, et dès le début la déclaration de .son apostasie avait attiré dans ses rangs les partisans des anciens dieux, sans altérer le respect des chrétiens qui avaient concouru à son élévation. Sa marche sur Constantinople n'avait été qu'un triomphe, et la mort imprévue de Tempereur qu'il allait détrôner, l'empressement des légions d'Orient à le reconnaître avaient redoublé dans son esprit superstitieux son adoration pour les dieux dont il avait relevé les autels.
Son règne fut d'abord celui d'un philosophe réformateur et tolérant. Prudence, poëte chrétien, vantait son amour pour les lois; et Bossuet lui-même a loué l'équité de son gouvernement. 11 purgea son palais de cinq ou six mille eunuques ou saltimbanques parasites qui dévoraient la substance des peuples. Les ministres, les conseillers de Constance furent livrés à un tribunal qui fit quelquefois calomnier sa justice. Mais sa tolérance naturelle éclate dans l'édît qui rendit une entière liberté à tous les cultes. Les temples du paganisme furent rouverts, et l'Église conserva les siens. Les évêques n'y dirent que leur participation au gouvernement de l'Empire et la faculté d'opprimer leurs ennemis. Les prélats ariens furent renvoyés dans leurs diocèses, les orthodoxes rappelés de l'exil. Libère rentra dans Rome, Hilaire dans Poitiers, Athanase dans Alexandrie; mais Libère ne s'occupa comme autrefois que de sa lutte personnelle contre la faction de l'antipape Félix, tandis que les deux autres ne songeaient qu'au triomphe de la foi de Nicée. Athanase reprit à l'instant même sa haute mission.
A sa voix éloquente se relevèrent la plupart des évéques qui avaient souscrit à Rimini le formulaire de Séleucie : et tous l'auraient renié d'eux-mêmes sans la crainte d'une pénitence publique. Athanase devina leur pensée et ne se piqua point d*un dangereux rigorisme. Animé d'une sainte tolérance, il ne leur demanda que la rétractation de leur signature; et un synode assemblé par ses ordres, inconsulto romano^ ratifia la salutaire résolution de sa charité, malgré les efforts du vieux Lucifer de Cagliari, le seul évéque qui os^t condamner cette indulgence.
Hais une voix plus haute s'éleva tout à coup contre le prélat qui reprenait avec tant d'autorité l'exercice de sa puissance métropolitaine. Cette voix n'était pas celle du pape Libère. Il restait étranger aux débats de la chrétienté. Il n'agissait plus en chef de l'Église, mais en simple évéque de Rome. Celte voix est celle de Julien que fatiguait le bruit de ces discussions, qu'alarmaient peut-être ces actes d'autorité, que blessait surtout l'arrogance die quelques prélats. Un jour qu'il sacrifiait à ses dieux dans le temple de la Fortune, un vieil aveugle y était entré et lui avait hautement reproché son apostasie. Julien reconnut l'évéque Maris de Chalcédoine et lui répondit : « Ton Galiléen ne te rendra pas la vue. — » Ëh bien, reprit l'évéque, je le remercie de m'épargner » la douleur de voir un prince apostat. » Une autre fois, saint Basile l'avait accusé de condamner ce qu'il ne comprenait pas; et c'est pour comprendre sans doute, pour en finir avec eux qu'il ordonna aux chefs de toutes leurs sectes de se rendre à Constantinople. Us y vinrent,
il assista à toutes leurs conférences, mais Taigreur de leurs débats, les haines qui éclatèrent sous ses yeux ne firent qu'augmenter son aversion pour une croyance si violemment controversée. Âmmien Marcellin attribue cette fantaisie de concile au désir de fomenter les divisions de rËglise ^. Cette accusation d'un auteur païen a quelque importance, mais Julien n*avait pas besoin de provoquer ces dissidences, et il pouvait écrire, dans sa cinquante-deuxième épître, que les prêtres galiléens semblaient se plaindre sous son règne de n'avoir plus la liberté de se dévorer. Il les renvoya tous avec colère. Il transporta aux païens les privilèges dont ses prédécesseurs avaient doté les évéques. Il rendit aux temples des anciens dieux les revenus qu'ils avaient attribués aux églises du Christ. Il ordonna même aux chrétiens de rebâtir les temples qu'ils avaient abattus. Il leur interdit l'enseignement de la grammaire et de la rhétorique, les réduisit à la seule propagation de l'Évangile. Il les chassa de tous les gouvernements, de toutes les places et ne les confia plus qu'aux philosophes et à leurs adeptes. Maxime de Pergame devint le confident de ses pensées, le distributeur de ses grâces. C'était le plus ancien, le plus illustre de ses précepteurs païens. Le rhéteur Libanius et plusieurs autres s'emparèrent de la cour impériale, et Julien qui en avait chassé les bateleurs et les eunuques, ne fit que changer de charlatans et de parasites.
Les nouveaux délégués de sa puissance avaient trop de vengeances à exercer pour ne point aller au delà de