Gibbon, t. IV, p
homme. C'est, qu'indomptable dans sa foi, charitable sans faiblesse, austère dans ses mœurs comme dans sa doctrine, humble et simple comme un apôtre, infatigable dans l'exercice de son ministère et dans la mission qu'il s'est donnée, il ne laisse pénétrer dans son ftme ni un sentiment d'oi^eii, ni une pensée d'intérêt personnel. Sa mort, arrivée le 2 mai 373, laissa un vide immense dans le monde catholique. Mais sa mission était remplie ; le mystère de la Trinité, que son éloquence avait fait triompher dans le concile de Nicée, était la loi cano* nique de l'Église orthodoxe, et l'arianisme, repoussé de rOccident, était refoulé dans les contrées où il avait pris naissance.
L'évêque de Rome a profité autant que la religion, de la lutte qu'Athanase a soutenue contre l'hérésie. C'est à son occasion que le premier des Jules a prétendu que son siège était le premier de l'Église, que nul n'avait le droit de rien décider sans en avoir consulté le possesseur. Si le concile oriental d'Antioche se révolte contre ces maximes, s'il dénie à un évéque quelconque le droit de rétablir un prélat déposé par les prélats de la province, le concile de Sardique, s'occupant moins du principe que du juge accepté par Athanase, attribue à l'évêque de Rome le droit de prononcer, sur l'appel volontaire des accusés, s'il confirme la sentence ou de la faire examiner par un concile s'il la conteste, en interdisant dans les deux cas de leur donner un successeur avant la décision du pontife romain. Osius fait ajouter que c'est pour honorer saint Pierre ; et, comme je l'ai déjà dit, celte origine du siège est pour la première fois solennellement
consacrée par un concile. Ces décrets seront féconds en empiétements. Un siècle après, l'historien Socrate, racontant cette lutte mémorable, fera remonter ce droit d'appel à un canon antérieur ^ dont il serait difiScile de découvrir la date, et plus près de nous le jésuite Maimbgurg, citant à son tour les canons de Sardique, en altérera le texte, en disant que Tévéque déposé pourra recourir au pape, son juge légitime ^. Cette dernière expression n'est point dans les actes du concile; et le jésuite n'a point vu que la faculté de l'appel détruisait en quelque sorte le droit rigoureux, la légitimité absolue du tribunal. Au reste le pape Damase ne laissera point tomber ces prétentions. En annonçant aux Orientaux la condamnation d'Auxence de Milan, il revient sur le concile de Rimini, et le considère comme nul par la seule raison qu'avant de le convoquer on aurait dû prendre l'avis de l'évêque de Rome 3. Cette énormité, renouvelée du pape Jules, ne peut tenir contre les faits. Le droit de convoquer les conciles n'était peut-être plus exclusivement dévolu à la puissance impériale. Constance avait laissé fléchir cette tradition de Constantin. Les évêques d'Orient en avaient tenu dans Antioche, dans Lampsaque sans avoir sollicité l'agrément de leur empereur, et Athanase en avait convoqué plusieurs de sa pleine autorité. Mais l'Occident était resté soumis à l'usage établi par Constantin, et Damase l'avait respecté luimême dans l'affaire d'Auxence, Il tentera cependant