Théodoret, liv. IV, ch. vu
î. Tillem., t- VI, ch. cxxvni.
que Jésus-Christ ne leur a pas donné. Dans la bouche du Fils de Dieu elles étaient un conseil de respect et de soumission à regard des puissances de la terre. Sous la plume de l'empereur elles étaient une menace, et ce n'était pas sans dessein qu'il les avait employées. Les catholiques d'Orient étaient partout en butte aux insultes des Ariens. Leur empereur Valens parcourait même la Syrie et l'Egypte pour assister au triomphe barbare de ses évêques et de ses eunuques. Le vénérable Pierre, le successeur d'Athanase, était chassé d'Alexandrie. Il avait cherché un refuge dans Rome. Il avait fait à Damase le tableau le plus sinistre des malheurs qui pesaient sur ses frères. Les lettres des autres prélats confirmaient tous les jours les atrocités renouvelées de Dèce et de Néron par des prêtres chrétiens. Mais Damase, trop occupé de sa lutte avec l'antipape Ursin, paraissait indifférent aux souffrances des évêques, qu'il était néanmoins impatient de soumettre à son autorité. On peut croire qu'il avait suggéré à son empereur l'emploi des paroles divines à l'aide desquelles il pénétrait dans le gouvernement des provinces orientales ; et Damase, appuyé par cette manifestation de la protection impériale, ne laisse point échapper la première occasion de reprendre la tradition du pape Jules à l'égard des Orientaux.
Le schisme, qui divisait l'Église d'Antioche, lui fournit le prétexte qu'attendait son ambition. Cette ville était comme Rome partagée entre plusieurs évêques. Les Ariens et les semi- Ariens avaient les leurs ; et deux autres se disputaient depuis douze ans la direction des catholiques. Le concile tenu dans Antioche en 361 par Tempe-
reur Gonstancç, lui avait donné un évéque d^s la personne de Mélèce, qui occupait déjà le siège de Sébaste. C'était un Arménien de mœurs douces, d'un caractère conciliant et d'une si grande réserve, que les Ariens, le croyant presque de leur parti, avaient contribué à soD élection. Ce concours d'hérétiques avait soulevé plus tard les scrupules d'un petit nombre de zélés que dirigeait un prêtre du nom de Paulin ; et quoique M élèce se fut attiré la disgrâce de l'empereur Constance en prêchant ouvertement la consubstantialité du Fils de Dieu, quoique l'exil eût été le châtiment de cette profession de foi, les :sélés l'avaient rejeté de leur communion. Us se fondaient sur ce que la plupart des adhérents de Mélèce niaient encore la divinité du Saint-Esprit; et Lucifer de Cagliari ayant passé par Antioche à son retour de l'çxil, ce puritain de l'Église d'Occident leur avait donné pour évêque ce même Paulin qui était l'âme et le chef de ce schisme. Mélèce était cependant rentré dans Antioche pendant les jours de tolérance que Julien avait donnés à l'Église; et les grands noms de cette époque s'étaient partagés entre les deux compétiteurs. Athanase avait tenté vainement de concilier les deux partis, et avait fini par se déclarer pour Paulin, tandis que d'autres prélats d'une foi éprouvée soutenaient la cause de Mélèce. Dans le nombre de ces derniers se distinguaient Eusèbe de Samosate et le moine Basile, qu'on avait élevé malgré lui sur le siège de Césarée de Cappadoce. Basile avait secondé par ses écrits le zèle d'Athanase contre Tarianisïne. A la mort de ce grand homme, il était devenu le nouvel oracle des catholiques d'Orient. Il répondait à leurç consultations par
des lettres canoniques * dont Tautorité avouée par rÉglise entière égalait celle des conciles; et en lea soutenant contre les sicaires de l'empereur Valens, il entretenait Valentinien dans son orthodoxie. L'ancienneté de Méièce avait d'abord déterminé le choix de Basile, et la profes^sion de foi que cet évéque avait faite au péril de son repos et de sa vie avait redoublé Testime et la vénération de l'illustre métropolitain de Gappadoce.
Le pape Damase entre dans cette querelle et se prononce au contraire pour Tévéque Paulin. Il le pouvait sans doute puisqu'il avait pour lui l'autorité d'Athanase et de Lucifer de Cagliari. Mais il débute par l'injure; et malheureusement pour lui c'est à Basile qu'il s'adresse comme au plus puissant des amis de Mélèce. L'orgueil qui respire dans sa lettre révolte la modestie d'un prélat qui a conservé sous la mitre épiscopale l'humilité d'un anachorète. Ce nouveau Père de l'Église avait d'ailleurs peu d'eslime pour l' évéque et le clergé de Rome. Il avait fatigué ce même Damase de ses lamentations sur les malheurs de l'Église orientale. Il lui avait à ce sujet prodigué le titre de vénérable père, qui n'était au reste qu'un témoignage de respect qu'il donnait également à tous les métropolitains; et le silence obstiné de Damase avait amassé dans son cœur des ressentiments que cette lettre ht éclater. Il ne daigna pas répondre à l'évéque de Rome, mais il s'exprima sur son compte avec une violente amertume en écrivant à ses frères de la Gaule et de l'Italie. Ceux-ci s'empressèrent de le consoler. Ils blâmèrent