Hist. des Papes, t. I, p
Toute l'Église d'Afrique s'émut en effet au reçu de la lettre de l'ëvêque de Rome. Saint Augustin rompit toute communication directe avec le saint-siége qu'il avait qualifié du titre exclusif d'apostolique. Il n'en prit pas moins part aux résolutions de ses frères. Aurélius de Garthage s'empressa de convoquer un nouveau concile ; mais de peur que l'expiration du délai ne donnât à Zosime un prétexte pour hâter sa décision, il lui écrivit, au nom de plusieurs évêques rassemblés à la hâte, que, sans se rendre en Italie on prouverait la justice des sentences rendues par les conciles de Garthage et de Milève. Le dia<îre Paulin ne tint pas plus compte de la sommation qui lui était faite, et ne daigna pas quitter l'Afrique où il s'était retiré depuis la mort de saint Ambroise. Le concile convoqué par Aurélius s'ouvrit au nîois de novembre 418. Deux cent quatorze évêques s'y rendirent. Dirigés par saint Augustin, ils confirmèrent la sentence des deux hérésiarques, et renvoyèrent à -Zosime le reproche de précipitation qu'il avait lancé. Ils nièrent les droits qu'il s'arrogeait comme évêque de Rome, lui opposant que, cette cause étant née en Afrique et y ayant été jugée, l'appel de Gélestius et de Pelage était nul, et que le pape romain n'avait pas le droit d'en connaître. J'ai répété le titre de pape romain^ parce qu'ils se donnaient tous celui de pape, et que Rome n'en avait pas encore la possession exclusive. Les Africains expliquent encore une fois tout ce qu'ils ont fait pour arrêter les progrès du pélagianisme et maintiennent enfin toute la rigueur de la sentence. Zosime n'osa passer outre. L'abbé
Racine prétend que les fidèles de Rome avaient fini par I 16
réclairer. Quoi qu'il en soit, il Oéchit devant cette fermeté de l'Église africaine, qui osait cependant se soustraire ainsi à sa juridiction et désobéir en quelque sorte aux canons de Sardique; il reconnut Thérésie de Pelage et de Célestius ^ Il les rejeta de la communion de l'Église, et pour montrer sa déférence, tant à l'égard des conciles qu'envers la puissance impériale, il sollicita et obtint de l'empereur Honorius la proscription des Pelagiens, qu'un édit du 30 avril 418 condamna enfin à l'exil. Mais saint Augustin et ses collègues ne s'en sont point tenus à cet acte de résistance. Ils se sont méfiés des opinions de Zosime; et le 1" mai de la même année, avant que l'édit d'Honorius ne fût sorti de sa chancellerie, ils avaient ouvert un nouveau concile à Carthage, toujours inconsulto romano^ pour établir un corps de doctrine sur le péché originel et la nécessité de la grâce. Plus de deux cents évêques y vinrent de la Byzacène, de Tripoli, de la Mauritanie et de. la Numidie. Ces déplacements perpétuels ne coûtaient point à leur zèle. Ils dressèrent huit canons entièrement contraires à la doctrine pélagienne. Us dirent anathème à tous les chrétiens qui prêchaient la mortalité primitive d'Adam, la non-transmission de son péché à toute la race humaine, l'inutilité de la régénération par le baptême et par la grâce de Jésus-Christ. C'était un nouveau symbole qu'ils ajoutaient à celui de Nicée, et qui allait devenir un article de foi sans que l'évêque de Rome eût pris part à sa rédaction. Zosime écrivait, il est vrai, dans le même temps aux évêques de Jé-
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rusalem, de Thessalonique, de Carthage, de TOrient tout eptier, pour leur annoncer la condami^st^io^ 4e Pelage. Mais Fleury a tort dé dire que |ous ces jévêques y souscrivirent, L'Église orientale l'avait prononcée avant celle de Rome, et c'est au contraire aux décrets du CQUr elle que Zosime avait souscrit après des délais assez Ipf^^s et des tergiversations assez étranges.
Cette autorité, que l'évêque de Romp essayait vainement de faire reconnaître aux Orientaux et aux Africains» était en même temps contestée dans l'Occident, qui, depuis plus d'un siècle, avait abandonné toute espèce d'opposition aux volontés du saint-siége. Julien^ évêque d'Éclane, dans la Gampanie, refusa d'adhérer à la condamnation des Pélagiens; et dix-sept autres évêques d'Italie suivirent son exemple. Julien porte dans ce débat toute la fougue de la jeunesse. Il traite Innocent et Zosime de prévaricateurs. Il accuse tous les ennemis de Pelage d'adopter, la fatalité des païens en j^cceptapt la solidarité forcée d'un péché qu'ils n'ont pas commis; et pour frapper directement sur saint Augustin qui avait partagé autrefois les erreurs de Manès, Julien établît que la doctrine de la grâce mène droit au manichéisme. Zosime, étonné de cette manifestation d'indépendance, ne répondit que par des anathèmes, qu'appuyèrent les proconsuls d'Honorius. Julien et ses adhérents furent contraints de s'expatrier. Ils en appelèrent vainement à toutes les puissances orientales. Ils ne pouvaient y ren-r contrer que des condamnations nouvelles. Atticus, qui avait pris la place de saint Ghrysostôme sur le siège de Constantinople, les rejeta lui-même de son Église et
les fit chasser de la ville par Tempereur Théodose le Jeune, qui, renouvelant dans son empire Tédit d'Honorius, ajouta la peine capitale aux châtiments que l'empereur d'Occident avaient infligés aux Pélagiens. Cette peine ne fut au reste appliquée à personne, pas plus qu'un autre édit de Constance, beau*frère et collègue d'Honorius, qui proscrivait tous ceux qui donnaient asile aux sectateurs de Pelage. On se bornait à les excommunier, à les bannir; et de leur côté ils ne cessaient dé solliciter un concile général. Saint Augustin leur criait vainement que leur cause était jugée. Ils cherchaient toutes les occasions de faire infirmer le jugement. Un concile ayant été convoqué en 424 dans Antioche par son évêque Théodote, ils s'y présentèrent en grand nombre. Mais ils y trouvèrent Eros et Lazare, qui, malgré les anathèmes de Rome, jouissaient toujours de l'estime des Orientaux. Pelage et sa doctrine y furent encore une fois condamnés; et la mort de Jean de Jérusalem l'ayant privé de son plus fort appui, il fut chassé de la Palestine par l'évêque Prayle, nouveau pasteur de la ville sainte.
On ne sait plus dès ce moment où le retrouver, ni dans quel lieu il alla terminer sa vie. Quelques-uns prétendent qu'il se réfugia en Angleterre, et que saint Germain d'Auxerre l'y suivit pour éclairer les fidèles de cette île, et pour les prémunir contre ses artifices. Mais on ne le revit plus dans aucune province de l'Europe. Sa doctrine n'en fut pas moins soutenue par Julien d'Ëclane et par l'infatigable Gélestius. Julien crut trouver un secours dans Théodore de Mopsueste, qui avait,
même avant Pelage, combattu le péché origineU Mais ce vieux prélat venait d'abjurer son erreur dans un synode de Gilicie. Célestius osa reparaître lui-même dans Rpme après la mort de Zosime, et, repoussé par le nouveau pontife, il ne craignit point d'affronter la colère et les édits de Théodose le Jeune en se montrant encore dans Gonstantinople. Il espérait y trouver un appui dans Févêque Nestorius, dont l'hérésie commençait à se répandre, et obtenir par son crédit la convocation d'un concile œcuménique. L'empereur d'Orient répondit comme saint Augustin : Votre cause est jugée. Mais Topiniâtreté de Célestius n'en était pas ébranlée. Trois ans après, il apparaît à Éphèse, où les évêques d'Orient étaient assemblés pour une autre affaire, et il leur demanda la révision de sa sentence. La délibération ne fut pas longue. Frappé d'un nouvel anathème, il disparut enfin comme Pelage, sans que l'histoire ait voulu nous informer de sa retraite et de sa mort. Julien d'Éclane lui survécut neuf ans et alla mourir, en 440, dans un coin de la Sicile. Le moine Cassien, fondateur de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, essaya de raviver le pélagianisme en le modifiant. Il admit le péché originel, sans adopter le système de la grâce pour amener le repentir. Il la déclare seulement nécessaire en cas de rechute. Ce fut l'origine des semi-Pélagiens, qui firent moins de bruit dans le monde et qui ne soulevèrent aucun conflit entre le siège de Rome et les autres sièges de la chrétienté. C'est pour ce motif que j'ai cru devoir achever l'histoire de cette hérésie pour ne point en embarrasser le récit des nouveaux débats de l'Eglise de Rome avec ses rivales,