Sénèque, Question! naturelles, lit. VII
de l'idée de progrès, en rendant plus claire et plus complète celle de l’unité du genre humain, par la fraternité de tous scs membres ; il l'a démontrée, pour ainsi dire, par un exemple vivant, l’exemple du monde chrétien, civilisé par l’Évangile, et supérieur au monde antique. C’est cette supériorité de la civilisation nouvelle qui inspirait le beau discours où Turgot, montrant comment l’esprit de caste et l'égoïsme de la société païenne, l’esclavage et la souveraineté de la force, s'étaient évanouis devant la charité et l’égalité évangélique, mesurait l’intervalle immense qui sépare le vieux inonde de l’univers chrétien Enfin, l'Église admet le progrès jusque dans l'immutabilité de sa croyance : « N’y a-t-il point de progrès dans l’Église du Christ? a dit saint Vincent de Lérins*. Il y eu a, et même beaucoup; et qui serait assez envieux du bien des hommes, assez maudit de Dieu pour l’empêcher? Mais qu’il soit progrès, et non pas changement. » Cette idée du progrès au sein même de l’identité, c’est celle qu’exprimait Chateaubriand par l’image du cercle flexible; c'est celle qu’un théologien célèbre de nos jours * désigne sous le nom, maintenant consacré, de théorie du développement ; c’est celle, en un mot, dont le dernier dogme proclamé par l’Église est la solennelle et récente application.
Mais en montrant par où le christianisme s’accorde avec le progrès, évitons de le faire trop complaisant, et lâchons de marquer nettement l’idée qu’il s’en est formée. L’écrivain qui l’a le mieux définie, c’est saint Augustin, dans la Cité de Dieu \ Ce livre est, pour ainsi dire, la théorie chrétienne du progrès : il contient l’original de la fameuse idée de Bacon et de Pascal dont je parierai plus loin, et il est fondé tout