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de plus pauvre ; on dirait qu’il n'a lu que superficiellement Sendivogus, Behnien et l’ Anthroposophie Théomagique. Il se trompe sur la sphère pyroplastique, d'une façon intolérable. Ses erreurs ne sont pas moins grossières dans les sciences mécaniques. J’ai lu ses ouvrages avec l'attention ordinaire aux modernes, et je n’y ai rien trouvé sur cet utile instrument qu'on appelle un brùle-tout. Sans le secours des modernes, nous serions sur ce point dans les ténèbres les plus épaisses. Mais j’ai à signaler un défaut bien plus grave encore : c’est l’ignorance de cet auteur sur la jurisprudence de ce royaume aussi bien que sur la doctrine et la discipline de l’Église anglicane ; défaut impardonnable qui lui est commun avec tous les anciens, et qui est justement censuré par mon digne et ingénieux ami, M. Wotton, bachelier en théologie, dans son incomparable traité du savoir ancien et moderne , un livre inestimable. Pour moi, je ne saurais assez publiquement témoigner à l’auteur ma reconnaissance pour les secours que j’ai tirés de ce chef-d’œuvre. Outre les omissions d Homère susmentionnées, le lecteur curieux en trouvera bien d'autres, dont Homère ne doit pas être responsable au même degré. En effet, chaque branche de connaissances humaines a reçu de notre temps, et notamment depuis trois années, un si prodigieux accroissement, qu’il a été vraiment impossible au génie d’Homère de pénétrer aussi avant dans les découvertes des modernes que ses défenseurs le prétendent. Nous reconnaissons franchement qu’il est l’inventeur du compas, de la poudre à canon, de la circulation du sang, mais je porte à tous ses admirateurs le défi de me montrer dans tous ses écrits une définition complète du spleen. Nous a-t-il laissé un seul mot sur le charlatanisme politique ? et y a-t-il quelque chose de plus défectueux que sa dissertation sur le filé ? »
Lorsque Swift frappe ainsi de son épée à double tranchant les partisans excessifs des anciens et des modernes, il est le vengeur, non de William Temple, mais du bon sens. C’est là
ce que j'aime daus Swift. 11 a l’air de battre la campagne en riant, et il se trouve qu’il a remis dans le chemin du vrai la discussion égarée. Dans ses fantaisies les plus aventureuses , on recueille au passage quelques idées justes et fines , dont on profite sans qu’on s’en doute, et dont on reconnaît le prix à la réflexion. N’est-ce pas , par exemple , une leçon utile , que ce jugement porté par Swift tout à l’heure sur la critique vitupérative qui a l’œil du lynx à l’endroit des défauts, et celui de la taupe à l’endroit des beautés? Il ne disserte pas sur les devoirs de la critique; mais il indique d’un mot le défaut de Bentley et rappelle que le véritable goût littéraire, comme la vraie vertu, se compose de l’amour du bien et de la haine du mal. Dans mie autre pièce satirique, dirigée contre Bentley, et improvisée en commun avec ses amis. Pope, Arbuthnot et Gay, à la lueur d'un bol de punch pendant les joyeuses soirées du club de Martinus Scriblerus, qu’il avait fondé, Swift s’amuse à parodier le travail de Bentley sur Horace, et cette parodie est la critique la plus sensée des témérités de l’érudition1. Enfin ce sont aussi des vérités pleines d’à-propos, que Swift rappelle aux partisans de Fontenelle et aux admirateurs exclusifs de l’antiquité dans son traité De laprofon-
1 . Swift avertit le lecteur que VÉnéide compte autant de faute» qu'elle a de vers , et que pour l'honneur de la critique et de Virgile, il faut absolument les corriger sans retard. Aussi , procédant & 1a correction , il prend le vers suivant :
.... Excutitur , pronusque magister Tolritur in caput....
et le modifie comme il suit ;
Excutitur, pronusque magie, 1er Volvitur «n caput.
Plus loin il commente ainsi le vers :
Instar montis equum , dicina Palladis ar te,
Ædificant.
« Quod si cquam vocabis, lector , minime pecces. Solæ enim femelle utero « gestant. U terumque armato milite comptent ; uteroque recusso iruonuere « carat.— etc. Vox fata (fœta armis) non convenit maribus. Imo Palladem • rtrgtnem equo mort fabricando invigilare decuiase quis putet T lncredi- « bile prorsus.... »
deur', également composé avec Pope. Fontenelle avait réduit la poésie à la quintessence de l’abstraction philosophique. D’autre part, l’imitation, telle que la concevaient certains idolâtres des anciens, n’était plus qu’une reproduction matérielle des procédés de l’art antique. Swift, profitant de la renommée que les Réflexions sur Longin avaient obtenue en Angleterre, et de l’intérêt nouveau qu’elles avaient donné au Traité du sublime , composa, en manière de parodie didactique, le Traité de la profondeur ou YArt de ramper en poésie. Voici comment il y tourne en ridicule les idées des modernes sur la poésie, et des anciens sur l'imitation. Fontenelle, qui spiritualisait la poésie, l’avait définie en philosophe. Swift, opposant un excès à un autre, la matérialise et la définit en médecin :
« La poésie peut être regardée comme une sécrétion ou purgation naturelle des humeurs peccantes. Aussi, de même que je ne voudrais pas tout à coup arrêter chez un voisin un rhume de cerveau...., je ne voudrais pas non plus l’empêcher d’écrire, parce que c’est chez lui un mal nécessaire, et qu’il faut que cette humeur peccante ait son cours. On peut affirmer que dans tout l’univers on trouverait à peine un seul homme hors de l’enfance qui n’ait eu, à un moment ou à un autre, quelque évacuation poétique, et il n’y a point de doute que cette évacuation n’ait produit des effets merveilleux pour sa santé, tant il est vrai que nous naissons poètes, nascimur poetx! Aussi l’envie d’écrire s’appelle proprement pruritus ou démangeaison, parce que c’est effectivement une titillation de la faculté génératrice du cerveau ; et en parlant de celui qui a cette envie, on dit qu’il conçoit, et celui qui conçoit doit naturellement enfanter ’. »
Quant aux partisans des anciens, ils ont, continue Swift, une idée excellente : c’est de croire qu’on ne peut rien faire de bon, si l’on n’imite l’antiquité. Il en résulte qu’en étudiant