Conjecl. acad. , p. 6. — 3. Ibid., p
doute que cette poésie s’est faite d’une manière tout extraordinaire*. »
Comment donc s’est-elle formée? Il est constant, poursuit l’abbé d’Aubignac, que le premier emploi de la poésie parmi les païens fut la louange de leurs dieux; mais après la guerre de Troie, les poètes grecs célébrèrent plus souvent des héros qui s’y étaient illustrés, que les dieux désormais négligés par leur muse. Troie avait péri depuis cinquante ans à peine, et déjà retentissaient dans toute la Grèce des chansons épiques en l’honneur des héros que les poètes chantaient aux festins des grands et que répétaient les rhajisodes, appelés ainsi parce qu’ils recousaient ensemble des pièces composées sur le même sujet : Im rjuerre de Troie. Souvent ces rhapsodes étaient de pauvres aveugles qui venaient chanter « aux portes des bourgeois, » pour gagner leur vie. De là le nom de rhapsodies d’Homère, c’est-à-dire de l’aveugle, qu’on donna autrefois à ces chants : le nom d’Homère, nom collectif, qui servait primitivement à désigner une classe tout entière de chanteurs mendiants, est devenu, par une méprise de la postérité, le nom d’un seul homme, de l'auteur prétendu de ces chansons anonymes. De là aussi cette incertitude de la tradition sur la personne imaginaire du poète; de là cette diversité de jugements sur les ouvrages que lui prête la tradition. h' Iliade et l' Odyssée, qu’on attribue au même poète, sont les œuvres de plusieurs génies dissemblables. Simples fragments d'abord, et disséminés dans toute la Grèce, ces chants ont été recueillis par quelque esprit curieux qui, choisissant ceux qui convenaient à son dessein, en a fait un corps. Cet esprit curieux a-t-il été Lycurgue, le législateur de Sparte, qui, voyageant en Ionie, aurait, selon Plutarque, rassemblé et copié les poèmes d’Homère’? On en peut douter; mais ce qui résulte certainement du témoignage de Plutarque, c’est qu’avant d’être recueillis par un amateur, ces chants des