Ibid. , p. 27 , 2** Lettre du P. Buftier à Mme Dacier
Motte, Homère n’a guère plus de génie que le P. Lemoine et que Desmarcts.) — M. de La Motte convient qu’Homère a fait le premier une sorte de poème auquel nul autre, le tout pour le tout, n’a jamais été préféré ou préférable. (Le P. Buffier oublie que La Motte a mis le Saint-Louis et le Clovis au-dessus de Y Iliade.) — Mme Dacier peut préférer, sur le goût et sur l’autorité de l’antiquité, ce qui semblerait défaut selon le goût et les mœurs d’aujourd’hui. M. de La Motte peut appeler défauts des choses qui nous révolteraient manifestement dans un poème qui, aujourd’hui, se ferait tout de neuf. (Le P. Buflier oublie que Mme Dacier ne veut rien entendre aux finesses du goût moderne, ni La Motte à la simplicité du goût antique.) — Ils ont l’un et l’autre beaucoup d’esprit et de bel esprit, beaucoup de réputation très-bien fondée, beaucoup d’amis considérables par leur mérite ou respectables par leur rang. Ils ont soutenu leur dispute avec plus de recherches curieuses, plus d’agrément de style et plus de vrai succès qu’aucun de ceux qui avaient traité le môme sujet. Ils l’ont épuisé chacun de leur côté et s’y sont portés avec un zèle qui ne s’est point épargné, incitant en œuvre, d’une part, toute la vivacité, et, de l’autre, toute la line raillerie que le public pouvait souhaiter. C’est donc à eux de ranimer les anciens sentiments d’estime qu’ils ont conçus l’un pour l’autre et qu’ils se doivent mutuellement. C’est le meilleur dénoûment de la scène amusante , instructive et spirituelle qu’ils ont bien voulu donner, et dont les gens de lettres doivent leur avoir beaucoup d’obligation '. » Le P. Buflier tenait la balance avec une incomparable impartialité; il metlait dans les deux plateaux une dose égale d'encens, et de peur de faire pencher l’un ou l’autre, il s’abstenait d'ajouter le poids de son opinion. Cependant, la réconciliation ne se fit pas encore, et ce ne fut pas le P. Buffier qui eut l’honneur d’y attacher son nom. Les modernes continuèrent la guerre avec vigueur;