‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 151 sur 166 · Apologie d'Homère, p. 2S · texte numérisé non relu

Apologie d'Homère, p. 2S

entre La Motte et Mme Dacier. Le moment paraissait favorable , Mme Dacier ayant épanché toute sa colère, et La Moite se trouvant dans cette disposition clémente qu'inspire le succès1 2. Le P. Buftier ne se fit pas prier. Il caressait la pensée de présider à une réconciliation célèbre qui lui ferait grand honneur dans le monde, comme une belle cure à un médecin, oû une conversion illustre à un missionnaire. Il s'avance donc à pas comptés entre les deux champions, l’œil caressant, la bouche souriante, les mains tendues comme pour les réunir, et d’une voix affectueuse : « Il se trouve déjà, ce me semble, un grand nombre de points où il parait aujourd’hui que M. de La Motte convient avec Mme Dacier; mais on demande si les défauts qu’il a reprochés à Homère sont, ou non, de vrais défauts *. » Là en effet est le point en litige : le P. Buffier indique la question, mais, en homme prudent, il évite de se prononcer. Ses paroles sont un modèle de tergiversation diplomatique. Qu’appelle-t-on un défaut? Ce qui est défaut pour nous était-il défaut pour les anciens? Est-ce un défaut dans un poème épique? Mais il faudrait convenir d’abord de la nature du poème épique? En quoi consiste la perfection? Non-seulement chaque personne, mais chaque nation se fait une idée différente de la perfection. Quel doit être le vrai caractère d’un héros épique? Faut-il qu’il soit doux ou violent, franc ou rusé, clément ou impitoyable? Cela dépend des pays, des coutumes, des esprits et des goûts. Certes, parmi toutes ces questions, il en est de fort sensées; mais le P. Buffier se garde d’y appuyer et glisse en les posant. 11 court à la conclusion, avec force douceur et force compliments. et couronne sa lettre par cette manière de péroraison : « M. de La Motte et Mme Dacier conviennent tous deux dans l’essentiel, savoir, qu’Homère est un des plus grands génies du inonde. (Le P. Buffier oublie à dessein qu’aux yeux de La

1. Homère en arbitrage, p. 24. Lettre de Mme de Lambert (17 15).

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