I. Voy. le Times du 11 décembre
It SO HISTOIRE DE LA QOERELLE
d’un savant, les méditations d'un philosophe et les rêves d’un utopiste; je veux parler de Vico.
L’idée du progrès, je l’ai montré, était depuis longtemps répandue dans le monde. Mais dans la plupart des esprits elle était un pressentiment, plutôt qu’une vue philosophique. Une voix intérieure leur disait que l’humanité ne peut avoir été mise sur la terre pour rester immobile ou rétrograder dans une ornière : mais de cette intime persuasion à une théorie, d'une intuition du bon sens qui devine et qui affirme, au système qui démontre en posant des principes et en développant des conséquences, combien il y avait loin encore! Vico n’a pas pénétré dans toutes les profondeurs de la question du progrès : il n’a ni décomposé celte idée complexe du progrès eh général, ni étudié successivement les progrès divers qu’elle embrasse , ni examiné jusqu'à quel point ils sc concilient entre eux , encore moins montré comment le perfectionnement général de l’humanité s’accorde avec le déclin accidentel des lumières, des vertus, et môme avec les décadences particulières de certaines nations. Ce sera l’étude de l’avenir. Mais l’éternel honneur de Vico, c’est d’avoir été le premier qui, prenant des mains de Bacon et de Pascal, de Perrault, de Fontcnelle et de Terrasson, l'idée du progrès de l’esprit humain, a entrepris de s’en servir comme d’une explication philosophique de l’histoire, et cherché dans les siècles écoulés les preuves manifestes de ce progrès, et le secret de ses lois. On connaît la Science nouvelle, on connaît cette théorie des phases uniformes par où passent toutes les nations, théorie qui blesse quelquefois la raison et l’histoire, par l’application des déductions mathématiques à la succession purement contingente des événements humains, mais qui dénote une si grande puissance d’esprit, et dont quelques vues supérieures resteront désormais, pour ine servir de l’expression de Herder
I . Préface drt idées «ur la philosophie de l’histoire , p. 7.
comme les fondements nécessaires de la philosophie de l’histoire, dont l’avenir bâtira peut-être l’édifice. Je ne me propose ni d’exposer, ni de discuter ici cette théorie du progrès qui, sur les traces de Terrasson, essayait d’expliquer la marche de l’humanité, alors que Turgot venait à peine de naître, que Condorcet n’était pas né, et que le dernier moderne et le dernier ancien, La Motte et Mme Dacier, fermaient à peine leur longue discussion sur l'incivilité des héros d’Homère Le système de Vico ne jaillit pas de son cerveau comme d’un seul jet ; il en sortit fragment par fragment et avec un labeur infini ; et, même achevé, il garda toujours quelque chose de la longue confusion où avaient été plongées les idées du philosophe. Les vestiges du chaos sont imprimés dans ce monde imparfait que sa pensée a créé. Formée par des efforts et des enfantements successifs, son œuvre est dépourvue de cette unité visible, vraie perfection d'un système de philosophie. C’est l'image exacte de son éducation, comme elle en est le fruit laborieux : éducation commencée avec ardeur, abandonnée avec découragement, reprise comme dans un accès de cette fièvre implacable de'~ savoir dont brûlait ce grand esprit; éparpillée sur mille sujets, partagée sans règle et sans méthode entre les lettres et les sciences, l’érudition et l’histoire, le droit et la poésie, la théologie, la rhétorique, la médecine et la philosophie, et placée par Vico sous l’invocation de quatre hommes d’inégale grandeur et de génies étrangement assortis, Platon, Tacite, Bacon et Grotius. Dans la bibliothèque où Vico s’enfermait à vingt ans, et où il exposa un jour à l’évêque d’ischia, Giovanni Rocca, ses plans de réforme de l’éducation publique, il étudiait successivement les langues anciennes et les modernes ; il lisait indistinctement tous les livres, les gravait dans sa prodigieuse mémoire , passait de la philosophie d’Aristote à la poétique d’Horace, de la physique de