‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 2 sur 166 · I. Mémoires de Grimm, t. IV, p · texte numérisé non relu

I. Mémoires de Grimm, t. IV, p

AVANT-PROl’OS.

Je suis de l’avis de Grimm et de Benoit XIV. Disputer sur la prééminence de l’Arioste ou du Tasse, c'est folie. Ces conlroverses sont interminables. On croit disputer sur la supériorité de génie d’un écrivain ; on ne dispute au fond - que sur la supériorité de son propre goût. C’est notre préférence que nous voulons faire prévaloir. Or une préférence , c’est une affection, et les affections ne se discutent pas comme les idées. C’est donc une entreprise chimérique d’assigner des rangs aux grands hommes, comme dans un concours, et si la querelle des anciens et des modernes n’avait eu d’autre objet que de décider si Eschyle l’emporte sur Corneille, ou Racine sur Euripide, elle aurait peut-être égalé en durée celle des partisans de l’Arioste et des partisans du Tasse ; mais les plus célèbres écrivains de deux grands siècles , en Italie , en France et en Angleterre , ne s’y seraient pas mêlés ; elle n'aurait pas produit dans des langues diverses des ouvrages si nombreux, et quoi que dise Grimm , si intéressants.

( ' C’est qu’en effet la querelle des anciens et des modernes n’est pas une frivole question de préséance. Au fond du dé- X bat il y avait une idée philosophique , une des plus grandes qui puissent être proposées à l’esprit humain, parce qu’elle intéresse la dignité de sa nature, l’idée du progrès intellectuel de l’humanité. Il y avait une idée littéraire corrélative, > l’idée de l’indépendance du goût et de l’émancipation du génie moderne, affranchi de l’imitation des anciens. Ces deux idées, sans doute, n’éclatent pas dès le commencement de la querelle , et même après qu’elles sont venues éclairer le débat, elles semblent parfois s’éclipser, et laissent retomber la discussion dans les subtilités obscures d’un problème d’école. Mais le spectacle de ces vicissitudes est une leçon. Il nous enseigne avec quelle lenteur les idées s’avancent dans le monde; il nous montre les obstacles qu’elles trouvent

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