‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 25 sur 166 · Voy. T Histoire de Port-Royal, t. III, p · texte numérisé non relu

Voy. T Histoire de Port-Royal, t. III, p

2. De corrupti sermonis emendatione , 1430. Malhurin Cordier cile des phrases des écoliers de son temps : Feci cadere meum irtirum, et ego feei unum paslillum. C'est presque du latin macaronique.

3. Coûtes d'Eutrapel. Conte de l'Écolier qui parla latin à la chasse, XIII , p. 215. — 4. Traité des études, liv. II, chap. ni.

mer de nombreux élèves. Môme à Port-Royal, quoique le P. Labbc ait appelé les solitaires « la secte des hellénistes, »le grec ne tenait pas une grande place ; on peut le voir dans le Règlement d'études d’Arnauld. Le nombre des esprits distingués qui savaient le grec au xvn* siècle n’est pas considérable. Encore ne le savaient-ils guère que comme des gens du monde, et non comme les docteurs dont parle M. de Méré. Maucroix, Boileau , La Bruyère, et surtout Racine, étaient des hellénistes d’exception : les esprits les plus cultivés ne lisaient les écrivains grecs qu’à travers les traductions latines. Rollin a bien vu que c’était là le faible de son temps. Il insiste sur le grand avantage qu’a M. Despréaux de pouvoir relever « un grand nombre de bévues que son adversaire (Perrault), fort estimable d’aiUcurs, a faites pour n’avoir lu les écrivains que dans des traductions latines ; » il demande avec instance que l’on consulte les originaux , dont les traductions ne donnent qu’une idée infidèle ; il encourage les jeunes gens à l’étude du grec , trop délaissée , par l’exemple d’un des plus illustres ancêtres du président de Mesme.de Henri de Mesme, qui raconte dans un manuscrit communiqué à Rollin par le président, que dans sa jeunesse il récitait Homère d’un bout à l'autre. Rollin ajoute pieusement que, sans la connaissance du grec , il n’est pas possible d’entrer dans une étude sérieuse de la théologie , et cependant il reconnaît à la lin que les efforts des maîtres sont le plus souvent inutiles; et que « la plupart des pères regardaient comme absolument perdu le temps qu’on oblige leurs enfants de donner à celte langue'.»

Rollin avait raison : les traductions où ses contemporains lisaient les grands écrivains de la Grèce en offraient une image infidèle; cl par là elles nuisirent aux anciens qu'elles empêchèrent d’être bien connus. C’est à peine si quelques-uns des meilleurs esprits du xvu' siècle, ceux qui pouvaient lire le

). Traité de» élude », chap. u, De l'étude de ta langue grecque.

grec dans le texte, se tirent une idée juste de l'antiquité, tant il leur était difficile de se détacher des idées de leur temps ! A plus forte raison le public lettré, qui jugeait la Grèce sur les témoignages des traducteurs, la dut-il mal juger. Le xvi* siècle, si amoureux de l’antiquité , avait déjà donné l’exemple , en traduisant les anciens, d’une liberté excessive. Les vrais connaisseurs , comme de Thou , en admirant le charme et la grâce d’Amyot, ne se méprenaient pas sur son inexactitude1. Quelques-uns môme , surtout parmi ses rivaux, Méziriac par exemple, la lui reprochaient trop sévèrement. Car quelle reconnaissance ne devons-nous pas à ces traducteurs du . xvi* siècle , qui n’ont pas eu , comme nous , le secours de la \ philologie européenne pour éclaircir les textes, rapprocher , les passages, rétablir les lacunes ? Ils étaient obligés souvent de remonter à la source de toutes les lumières , d’aller en Italie , pour y étudier dans les manuscrits l’auteur qu’ils voulaient traduire. C’est à Venise qu’Amyot découvrit un exemplaire de Diodorc de Sicile ; c’est à Rome , au Vatican , qu'il rencontra un Héliodore plus complet , qui lui permit de corriger heureusement son Histoire éthiopique. C’est en Italie que les grands érudits du xvi* siècle allaient chercher les anciens. Rabelais , Lambin , Muret et Montaigne lui-mèinc, qui n’est pas un érudit , mais un grand ami de l’antiquité, avaient fait le voyage de Rome. Mais au xvu* siècle , les traducteurs à la mode, Perrot d’Ablancourt, par exemple, ne vont pas chercher les anciens à Rome. Ils les arrangent dans leur cabinet, et les accommodent au goût de leur temps. Je ne parle pas seulement de l’inexactitude de couleur ; de ce côté le xvr siècle n’est pas plus irréprochable que son successeur. Si Perrot traduit Quintes par messieurs , Amyot change les vestales en

1. a Amyotus.... Plutarchum in linguam nostram Gallicam verterat, nia- « jore elegantia quam fuie , dum auribus nostris placera quam de sensus « veritate laborare potius eiistimat. « De Thou, De xila sua, V. • C’est déjà presque le reproche que Courier adressera plus tard à Amyot : « Il ferait gagner à Pompée la bataille de Phareale si cela pouvait arrondir tant soit peu ^ la phrase. »

HISTOIRE DE LA QUERELLE religieuses et prête à Denys des gendarmes ; par un procédé inverse d'anachronisme, de Thou transporte dans noire histoire le vocabulaire politique de Rome, et travestit les magistrats en consuls , les membres du parlement en Patres conscripti. Mais les traducteurs du xvii* siècle aggravèrent l'inexactitude du sens, bien plus fautive que celle de la couleur. Amyot ne se piquait pas de littéralité. Son rival Méziriac l’accusait de deux mille contre-sens '. Mais Amyot n’érigeait pas l’inexactitude en système. D'ailleurs le xvi* siècle a son excuse. Il voulait enrichir la littérature française des chefs-d’œuvre de l’antiquité. Son travail était un travail d’appropriation , et pour que l’esprit français, assez ignorant encore, pût s’assimiler plus aisément les anciens , on les arrangeait à la moderne. Mais le xvii* siècle a une prétention de plus. 11 veut s'approprier aussi les anciens, mais en les perfectionnant, pour les rendre plus dignes de lui. Son infidélité se compose de beaucoup d’estime pour lui-même et de quelque dédain pour l'antiquité. L’es- I prit de la traduction au xvif siècle est tout entier dans ce passage de Perrot d’Ablancourt : il écrit à Conrart, en lui dédiant son Lucien * :

« Comme la plupart des choses qui sont ici ne sont que des gentillesses et des railleries, qui sont diverses dans toutes les langues, on n’en pouvait faire de traduction régulière.... L’auteur allègue à tous propos des vers d’Homère qui seraient maintenant des pédanteries, sans parler de vieilles fables trop rebattues, de proverbes, d'exemples et de comparaisons surannées qui feraient à présent un effet tout contraire à son dessein ; car il s’agit ici de galanterie et non pas d’érudition. Il a donc fallu changer tout cela pour faire quelque chose d’agréable; autrement ce ne serait pas Lucien, et ce qui plaît en sa langue ne serait pas supportable en la nôtre. D'ailleurs,

1. Voy. sur Amyot le travail excellent d'un jeune professeur que l’Université regrette, M. de Blignières (Essai sur Amynt , p. 202).

2. Cette traduction de Lucien et cette épitre dédicatoire sont de 16r»4.

comme dans les beaux visages il y a toujours quelque chose qulon voudrait qui n’y fût pas, aussi dans les meilleurs auteurs, il y a des endroits qu’il faut toucher ou éclaircir, particulièrement quand les choses ne sont faites que pour plaire : car alors on ne peut souffrir le moindre défaut; et pour peu qu’on manque de délicatesse, au lieu de divertir on ennuie.

Je ne m’attache donc pas toujours aux paroles ni aux pensées de cet auteur; et demeurant dans son but, j’agence les choses à notre air et à notre façon. Les divers temps veulent non-seulement des paroles mais des pensées différentes; et les ambassadeurs ont coutume de s'habiller à la mode du pays où l’on les envoie, de peur d’être ridicules à ceux à qui ils tâchent de plaire. Cela n’est pas proprement de la traduction , mais cela vaut mieux que la traduction. »

Telle est la profession de foi tout à fait dégagée de Perrot d’Ablancourt : il change son original, pour en faire quelque chose d'agréable. Lucien est son obligé. Et que le nom fameux de belles infidèles ne fasse pas supposer qu’en admirant le beau style du traducteur, le goût public désavouait sa mé- \ thode. Les esprits les plus délicats et les plus sensés se laissaient prendre au piège de ce beau langage. Saint-Évremond louait d’Ablancourt « de ce qu’il n'v a pas un terme à désirer en lui pour la netteté du sens; rien à désirer, rien à rejeter'. » Patru , le sage Patru disait : * La belle manière de traduire que d’Ablancourt accrédite, emporte l’admiration de tous les illustres de notre siècle, et il s’est proposé la vraie idée d’un bon traducteur, qui n'ôte rien à l’original de sa force ni de ses grâces *. » Cette poétique de d’Ablancourt, approuvée par les meilleurs juges, £lait celle de tous ses émules. Ainsi traduisaient Charpentier, l’interprète si libre de Xénophon, cl le spirituel Maucroix, et Tourreil, que Racine appelait bourreau, parce qu’il donnait de l’esprit à Démoslhène, mais que

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