‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 36 sur 166 · Art poétique, chant III, v · texte numérisé non relu

Art poétique, chant III, v

2. En écrivant ces vers, Boileau pensait sans doute à ce passage du Clovit :

Le superbe démon qui, pour de faux hommages ,

Se fit sur les autels élever les images

religion , a sa valeur sans doute , mais il n’est pas décisif. Il vaut contre l’abus qu’on pourrait faire du christianisme , en ' le compromettant dans des sujets indignes de lui ; il ne vaut pas contre l’usage. Saint-Sorlin répliquait assez pertinemment à Boileau, tout en se donnant le tort de l’accuser d’impiété :

« Certains auteurs prétendent couvrir admirablement leur malice, quand ils disent que c’est par le respect qu’ils ont pour la religion qu’ils ne veulent pas la traiter en poésie, et que ceux-là sont bien téméraires, qui osent mêler des fictions à ses pures vérités ; mais ils ont beau donner le nom de respect au mépris et à la haine qu’ils ont pour elle, ils ne peuvent s’empêcher de le faire paraître dans leurs poésies et dans leurs paroles libertines. L’amour que l’on a pour une chose n’impose point ce silence ; mais il faut que l’on en parle avec autant d’estime et de respect que son excellence le mérite *. »

De plus, Boileau s’exposait à une objection immédiate, le nom du Tasse, et y répondait par une assez médiocre raison *.

Que vingt siècles entiers le crédule univers Adore vainement sous mille noms divers;

Après le nom fini de cinq fois cent années ,

Depuis qu’un Dieu naissant changea les destinées,

Voyant de toutes parts ses oracles cessés ,

Ses mystères détruits , ses temples renversés ,

Et ne pouvant dompter son orgueil inflexible ,

Dans ses antres profonds hurlait d’un son horrible,

Et faisait retentir tout l’infernal manoir,

Souffrant arec ses feux son cuisant désespoir.

[Clovis , liv. I.)

1. Discours pour prouver que Us sujets chrétiens sont seuls propres d la poésie héroïque. (A la tète de la dernière édition du Clovis, 1673.)

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