‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 37 sur 166 · Le Tasse, dira-t-on, l’a fait avec succès · texte numérisé non relu

Le Tasse, dira-t-on, l’a fait avec succès

Je ne viens point ici lui faire son procès ;

Mais quoi que notre siècle à sa gloire publie,

. 11 n’eût point de son livre illustré l’itaiie.

Si son sage héros , toujours en oraison ,

N’eût fait que mettre enfin Satan à la raison ,

Et si Renaud, Argant, Tancrède et sa maîtresse N’eussent de son sujet égayé la tristesse.

m HISTUIKK DE u uukrelle

Les partisans du poème clirétien ne prétendaient pas que tous les saints fussent d’excellents héros d'épopée, ni qu’il ne les fallût occuper qu'à mettre le diable à la raison. Ils affirmaient seulement que le diable est plus poétique que Pluton. A peu près dans le même temps que Boileau se moquait de Belzébulh hurlant contre les deux , Milton (1667) créait l'admirable personnage épique de Satan , et léguait à l’Angleterre une épopée chrétienne qui déconcertait Y Art poétique de Boileau.

Plusieurs années après l'Art poétique, la question de la fable se présenta de nouveau , et la mythologie trouva pour défenseur un plus grand poète encore que Despréaux, le grand Corneille. Les deux frères Santeul, Claude et Jean-Baptiste, le chanoine de Saint-Victor, engagés dans une discussion et même dans un pari, l’un contre la mythologie, l'autre pour elle, prirent pour juge du débat un comité d’académiciens. Claude , qui avait attaqué la Fable dans une pièce de vers élégante et ingénieuse , fut proclamé vainqueur *. Jean- Baptiste perdit la gageure; mais sa pièce, condamnée par l’Académie, obtint la gloire d'être imitée par Corneille en vers charmants. Santeul s'était contenté de vanter les grâces et la beauté de la mythologie. Corneille, à cette défense de la Fable, ajouta quelques traits spirituels contre Saint-Sorlin et scs partisans :

La Fable, en nos écrits, disenl-ils, n’est pas bien ;

La gloire des païens déshonore un chrétien.

L’Église, toutefois que l’Esprit saint gouverne,

Dans ses hymnes sacrés nous chante encor l’Averne,

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