I.ubin , ma muse est trop correcte
Vous êtes , jè l'avoue . ignorant médecin ,
Mais non pas habile architecte. (IC74).
M. de Vivonne), comme pour n’ètre pas en reste d’imagination malveillante à l’égard de Claude Perrault, il propagea le bruit répandu par d’Orbay que le véritable, auteur des plans du Louvre était Levau , bruit calomnieux , qui ne pouvait tenir devant la comparaison des ouvrages des deux artistes et que fit tomber la production du dessin original de Claude Perrault Boileau avait l’humeur vive. Il était aussi chaud dans ses aversions que dans ses amitiés. Sa haine des idées fausses le mettait hors de lui , comme sa haine des sots livres, ét sa passion pour le bon sens fut précisément ce qui lui fit oublier quelquefois cette mesure qui sied si bien aux hommes sensés.
Claude Perrault , du reste , ne se laissa pas frapper sans résistance. Tous les Perrault se piquaient de littérature. Claude prit à Boileau son arme, la poésie, et répondit à ses épigrammes par une fable intitulée : Le Corbeau guéri par la Cigogne, ou \' Envieux parfait ’. C’est la fable de Phèdre, le Loup et la Cigogne, arrangée pour la circonstance, allongée et gâtée. Le personnage allégorique qui désigne Boileau , c’est
Un oiseau de brigandage,
Malencontreux, noir et vilain,
un corbeau, qui, ayant avalé un os, demande assistance à la cigogne. La cigogne, obligeante personne, lui tire l’os du gosier. On reconnaît Claude et sa prétention d’avoir guéri Boileau.
Mais d'un bienfait d’un si grand poids Voyons le fruit qui lui succède.
Dn jour le glouton envieux La vit sur une métairie Bâtir un nid, grand, spacieux,
De la plus belle symétrie Qui se vit jamais sous les deux.
i. Voir Condorcet. Éloge de Claude Perrault
i. Elle a été trouvée par l'abbé Joly dans les Mémoires manuscrits de Ph. de La Mare, et imprimée par lui pour la première et unique fois dans ses Remarques critiquer sur le' Dictionnaire de Bayle. (Pag. 63J. t>33.)
L’allégorie continue : ce grand nid, c’est le Louvre.
Quoi donc! dit-il avec furie,
Je ne saurai que croasser,
Que déchirer, mordre et pincer.
Aux passants dire des injures Et les plus vilaines ordures;
Et la cigogne en même temps.
Portant bonheur à sa patrie,
Et pieuse envers ses parents,
Des gens de bien sera chérie,
Saura garantir les maisons De tous venins, de tous poisons Et do tout autre maléfice;
Guérira les maux les plus grands,
Saura vaincre, en fait d’édifice,
Les maîtres les plus excellents!
Non, non, c’est se moquer des gens.
C’est un vice, mais très-grand vice.
D'avoir ainsi tant de talents.
Ah! je veux en faire justice.
Là se trouvèrent amassés Mille oiseaux de divers plumage,
Qui ne pouvaient louer assez Le nid dont la cigogne sage Embellissait le voisinage.
Voilà le chef-d’œuvre parfait Et du compas et de la règle;
Voilà, disaient-ils, en effet,
La digne demeure d’une aigle.
Il est vrai, repart l’envieux,
Son architecture est divine.
Ce qu’elle fait charme les yeux ;
Mais elle ferait encor mieux D’abandonner la médecine,
Car l’ignorante, tous les jours,
Mille et mille gens assassine Au lieu de leur donner secours.
La cigogne ouït ce discours,
Et dit, sans en être alarmée ;
D’avoir bien fait je suis blâmée.
Si l’oa que deux fois j’ai tiré,
Dans sa gorge fût demeuré,
La même gorge envenimée N’eût pas blessé ma renommée.
Mais quoi I c’est un ingrat parfait :
D’un outrage il paye un bienfait 1
L’apologue de Claude, encore moins modéré et moins poétique que les épigrammes de Boileau , paraîtra peu modeste. Claude se restituait intégralement, et au delà, en médecine et en architecture, tout le mérite dont l’avait frustré Boileau. Ce fut son dernier exploit. Il mourut en 1688, mais après avoir vu son frère Charles accourir à sa défense, le venger par des hommages répétés d’admiration , et entamer solennellement le déhat.
Pour bien connaître Charles Perrault et de bonne heure étudier les qualités et les défauts qui ont fait de lui le chef de parti et le tribun accrédité des idées nouvelles, il est bon de lire les Mémoires que Perrault nous a laissés sur la première partie de sa vie. Au collège de Beauvais, où il faisait ses éludes, il composait volontiers des vers, et en présentait de si bons à son régent, que le digne hopime lui demandait, d’un air de connaisseur, qui les lui avait donnés. Ce régent-là ne prévoyait ni le poème de Saint-Paulin ni le poème sur le Siècle de Louis le Grand. « Cela prouve, dit d’Alembert ', que si la passion pour un art indique souvent des dispositions à s’y distinguer, elle n’en est pas toujours l’annonce infaillible. » Le régent du collège de Beauvais et Perrault s’v trompèrent tous deux ; mais Boileau ne s’y trompa pas, et ne prit jamais Perrault pour un poète.
Le jeune faiseur de vers était en même temps un grand philosophe. Il ne tarissait pas en arguments spécieux dans les discussions interminables qu’il provoquait entre ses camarades , quelquefois même entre ses maîtres et lui. Il aimait
I n Alembert. tloge de Charles Perrault.
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tant à disputer , que les jours de congé lui paraissaient des tours morts. Cette philosophie qu’il chérissait, dit encore d’Alembcrt, n’était que la scolastique; mais elle fournissait une sorte de pâture à un écolier avide de s’exercer même sur des chimères, et plus fait pour les choses du raisonnement que pour celles du goût. Quand il commençait une controverse, il voulait toujours avoir le dernier. L’auteur des Causeries du lundi a raconté avec agrément son départ du collège de Beauvais : Un jour que son professeur le fit taire, il se leva, et sortit de la classe , suivi d’un camarade appelé Beaurain , qui était en tout son second. Ils allèrent d’abord tous deux au jardin du Luxembourg, comme les séditieux de Rome se retiraient sur le mont Avcntin ou sur le mont Sacré, et là ils décidèrent de ne plus retourner au collège, qui leur était inutile, et d’étudier ensemble librement*.
« Nous exécutâmes notre résolution , dit Perrault dans ses Mémoires , et , pendant trois ou quatre années de suite , M. Beaurain vint presque tous les jours deux fois au logis : le matin à huit heures jusqu’à onze, et l’après-dlner depuis trois heures jusqu’à cinq. Si je sais quelque chose, je le dois particulièrement à ces trois ou quatre années d’études. Nous lûmes presque toute la Bible et presque toutTertullien, l’histoire de France de La Serre’ et d’Avila ; nous traduisîmes le traité de Tertullien de Y habil louent des femmes ; nous lûmes Virgile, Horace, Tacite et la plupart des autres auteurs classiques dont nous fîmes des extraits que j’ai encore. »
J’admets volontiers que la meilleure éducation est celle qu’on sc donne soi-même; mais encore faut-il, pour se passer de guide, qu’on sache se conduire et qu’on supplée les lumières d'autrui par la justesse de son esprit. Dans le pro-