a Cui Sxcli titulum dédit, Sabelle
Perraldus luus edidit poeraa,
Quo vir non malus asserit pulatque Nostris cedere Brunus Apellem,
Nosiris cedere Tullium paironis,
Nostris cedere vaubus Maronem.
O Saclum insipiens et inficelum 1 »
liasnage attribue cette épigramme à Ménage (Oui .des sac., septembre 16*7). Voir aussi Huehana , chap. xn. Il courut dans le monde lettré d'alors une foule d'epigrammes pour [aire suite à celle-ci. Bayle en cite plusieurs dans ses X ouvrîtes de la république des lettres , septembre 1087.
an.
d’un vers de Catulle, lui écrivit une lettre spirituelle : « Je demeure d’accord, disait-il, que l’épigramme est belle pour une épigramme latine de ce temps-ci, car, quoiqu’elle ne soit fondée que sur l’équivoque du mot siècle, cependant comme le plus grand mérite de la plupart des ouvrages latins d’aujourd'hui n’est point d’avoir du sens et de la raison, choses trop communes et trop triviales, mais de faire allrsion à quelque endroit d’un auteur classique, je comprends que cette épigramme a, pour certaines gens, une beauté qui les charme et qui les enlève. » Néanmoins Perrault feint de ne vouloir pas l’imputer à Ménage , puisque celui-ci la désavoue. « Un de mes amis, continue-t-il, ayant vu l'M qui est au bas de cette épigramme, a cru qu’elle était de quelque nouveau Montmaur, parent du célèbre parasite que nos Muses ont chassé si agréablement du haut du Parnasse à coups de fourche. » Du reste, Perrault s’accoutume à ces aménités latines, en prose et en vers. Il avait été fort maltraité naguère dans une harangue prononcée, à Amsterdam, par le professeur Francius, et il en envoie un extrait à Ménage, avec la traduction, pour lui montrer qu’à l’étranger, comme en France, les anciens ne l’épargnent pas :
« Un écrivain français s’est porté naguère à cet excès d’audace, de n’avoir pas douté d’assurer que si Cicéron vivait aujourd’hui, il ne pourrait pas être mis au second ni au troisième rang des orateurs, et qu’à peine il aurait place parmi les médiocres avocats du parlement de Paris.
Voilà le cœur de Zénodoto, voilà le foie de Cralès!
« Il est vrai que M. Ménage, par de très-beaux vers, et M. Dacier, dans sa dernière préface sur Horace, et plusieurs autres encore, ont réprimé l’insolence de ce très-impertinent homme, car ceux d'entre les Français qui ont le nez le plus pointu ', et qui sont versés dans la lecture des anciens, n’ont
1. « C'est une élégance latine dont quelques gens se servent pour dire • qui ont le plus de discernement » (Note de Perrault.)
pu souffrir cette violence, même dans un homme de leur nation. Cependant ces choses se répandent dans le public; les jeunes gens les lisent, les journaux en parlent, et ceux qui connaissent peu ces grands héros de l'antiquité en conçoivent une mauvaise opinion.... »
« Ce sont là, poursuit Perrault, des injures en forme, qui excèdent toutes les libertés permises entre les gens de lettres, et dire en public qu’un homme est très-impertinent, c’est, assurément , lui faire un véritable outrage. Cependant , comme je sais que les injures n’ont pas la même force en latin qu’elles auraient en français, je les pardonne de bon cœur à M. Francius, en faveur des privilèges de la langue latine, pourvu qu’il fasse réflexion combien peu délicate est cette langue, combien peu délicats ont été la plupart de ceux qui l’ont parlée, et combien le sont encore la plupart de ceux qui la parlent, puisque, pour les mêmes choses où l’on ne daigne pas faire attention quand elles sont dites en latin, on se couperait la gorge si elles étaient dites en français. » A cette leçon dédaigneuse et polie donnée à Ménage, dans la personne de Francius, Ménage ne répliqua pas. Jusqu’ici les érudits n’avaient pas le dessus; ils n’apportaient dans le débat que des épigrammes, comme Ménage, ou des invectives, comme Ilacier et Francius, et la prédiction de Perrault semblait se vérifier :
Nous dirons toujours des raisons,
Ils diront toujours des injures.
Un écrivain, homme du monde, qui savait assez de grec, un gentilhomme poète, le baron de Longepierre, entreprit de dire des raisons et de les dire avec urbanité. Mais, comme il est plus facile de parler civilement que de bien raisonner, le seul mérite du Discours de Longepierre', c’est la politesse de son langage : mérite d’autant plus louable que son admiration
I Discourt sut les anciens. Paris. 1687.
pour les anciens n’admet pas de limites. Un mot résume son livre : les anciens n’ont pas fait de fautes, ou leurs fautes sont belles. Il loue Homère d’avoir servi de règle aux jurisconsultes et apaisé les révolutions. Un de ses vers, dit-il, a disposé d’un État, et donné un frein à la licence d’un peuple mutiné. En célébrant la gloire d’Eschyle, il affirme, d’un air de triomphe assez plaisant, qu’il faisait accoucher les femmes sur la scène et mourir les enfants de frayeur. Quand il défend l’antiquité contre Perrault , son style s’élève à un degré de pompe et de gravité qui touche au ridicule. Joad, interdisant l’accès du temple à l’impie Athalie , n’est pas plus solennel.
Il était temps de changer de ton : la cause de l’antiquité était compromise par le sérieux tragi-comique de ses défenseurs. Aussi le public accueillit-il avec faveur un petit livre demi-sérieux, demi-badin, qui venait de paraître, et qui déjà courait dans toutes les ruelles. Je ne m’arrêterais pas à cet ouvrage d’un écrivain oublié, s’il n’était à peu près inconnu aujourd’hui, et surtout s’il n’avait pas donné à Swift l’idée d’une œuvre charmante : la Bataille des livres, h' Histoire poétique' est, comme la Nouvelle allégorique de Furetière, comme le Parnasse réformé de Guéret, une de ces satires littéraires sous la forme dramatique , dont Lucien a donné les modèles. L’auteur raconte que dans l’assemblée de l’Académie , au Louvre , Perrault vient de lire le Siècle de Louis le Grand , qui partage l’Académie en deux camps opposés. Aussitôt la Renommée sème l’alarme jusque sur le Parnasse, et les plus illustres des anciens et des modernes qui habitent la montagne sacrée se divisent comme l’Académie. La guerre est résolue. Homère prend le commandement des poètes grecs, Virgile celui des poètes latins. Démosthène est élu général des orateurs grecs ,
I. Histoire portique de la guerre (les anciens et des modernes , par M. de Callières, t*88. , - . ' .
malgré la concurrence d’Eschine; Cicéron, des orateurs latins, malgré celle d’Hortensius. Corneille est à la télé des Français; le Tasse, des Italiens ; Cervantes, des Espagnols. La bataille s’engage. En voici un épisode :
« Lucain vit alors s’avancer de son côté deux corps d’armée commandés par deux des plus grands poètes d’entre les vivants. Ils étaient tous deux armés moitié à la grecque, moitié à la romaine, quoique Français de nation. L’un était à la tête d’environ vingt mille vers partagés en dix poèmes dramatiques, doçit il y avait neuf tragiques et un comique, et l’autre était suivi d’un 4rf poétique en quatre chants, d’un "1 poème hôroï-"omique en six chants, de neuf satires, de neul épttres et d’un discours en vers. Toutes ces troupes étaient bien lestes, bien armées, et marchaient dans un très-bel ordre. Lucain, à la tête des dix livres de sa Pharsale, s’avance avec une contenance fiôre vers l’un de ces deux chefs, et lui adressant la parole : « C’est donc toi, téméraire mortel, lui dit-il, qui as osé railler le plus grand poète de La nation, parce qu’il me préférait à Virgile, et du soin qu’il avait de profiler de mes belles pensées pour en enrichir scs ouvrages'? — C’est donc toi , lui réplique le poète moderne avec la même fierté, qui as été assez présomptueux pour prétendre que l’enflure de tes vers les devrait égaler à la solide grandeur des vers de Virgile, qui as cru éblouir la postérité par le faux brillant de quelques vers sentencieux et de quelques maximes souvent peu justes et mal placées? C’est toi qui as été assez lâche pour louer si excessivement Néron, l’abominable Néron !.... » — Et Boileau continue ses invectives, en signalant tous les défauts de la Pharsale qui lui cachent toutes ses beautés. — «Alors Lucain, pensant intimider le poète moderne, lit avancer tous les horribles serpents d’Afrique, dont il a fait