CEuvres de Saint- Evreraond , t. IV, p. 290 et
n’6tant purement 6tablies en nous que par les lumieres d’une raison instruite et enseignee. Un autre changement est celui de la politique : chez les anciens , elle n’avait pas encore lie les homines par les noeuds d’une societe raisonnable; leurs bonnes qualites n’etaient pas assez nettement degagees des mauvaises. Achille etait vaillant et feroce, et M. Bentley, qui aime tant Horace et qui nous en promet une edition, avouera cependant qu’Horace 1 n’a pas trace fidelement, d’apres Horn ere, le caractere inflexible d’Acbille, car Achille se relache quelquefois a des puerilites fort grandes ! Sa nature incertaine et mal reglee produisait des mceurs tantot farouches, tantot pueriles; tantot il trainait le corps d’Hector en barbare, tantot il priait la deesse sa mere de cbasser les mouches de celui de Patrocle, son cher ami. — Les manieres ne sont pas moins differentes que les mceurs. Des heros animus pour le combat ne s’amuseraient point aujourd’hui a se conter leur genealogie. Enfin, pour le style, il y a aussi un changement : la discretion nous fera moins faire de comparaisons ; nous choisirons d’autres images. La verite n’etait pas du gout des premiers siecles, ils aimaient les metaphores, les allegories et les paraboles. Nous aimons mieux les pens6es. Dire qu’une femme est aussi belle que Mme de Mazarin, n’est-ce pas la louer mieux que si on la comparait au soleil2? En un mot, nous envisageons la nature autrement que les anciens ne l’ont regardee. Les cieux, cette demeure 6ternelle du pere des divinites, ne sont plus qu’un espace immense et. fluide. Le m6me soleil nous luit encore, mais nous lui donnons un autre cours ; au lieu de s’aller coucher dans la mer, il va eclairer un autre monde. La terre, immobile autrefois, dans 1’ opinion des liommes, tourne aujourd’hui dans la nOtre,
1. Ailleurs Saint-Evremond a dit des oeuvres lyriques a’Horace : a Je ra’expliquerais volontiers sur les odes d’Horace, si les grandes beautes de quelques-unes ne m’obligeaient a garderun silence respectueux pour beau* coup d’autres. »(T. VI, p. 149 : Sur lavraie et la fausse beautd des outrages d' esprit.)