‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 119 sur 180 · Cic. ad. Attic., lib. Vll, epist. xn · texte numérisé non relu

Cic. ad. Attic., lib. Vll, epist. xn

fois, dans le cours de son ouvrage, que si j’avancais d’un pas de plus contre Phalaris, j’aurais a soutenir un duel a mort : genereuses menaces contre un theologien qui n’a jamais porte d’epee. Yoila: ce que j’appelle un phalarisme. » Cette fois, dit Monk, la victoire de Bentley fut complete ; il resta maitre du champ de hataille. Ses adversaires promirent toujours de lui repondre et ne tinrent pas leur promesse *. L’opinion se retourna du cot6 de Bentley avec autant de force qu’elle s’etait prononcee contre lui , et l’on comprit enfin que c’etait lui, et non ses adversaires, qui d6fendait 1’antiquite. Mais combien le public fut long a ouvrir les yeux ! Que de savoir, d’esprit, d’ eloquence, depenses par un seul homme, pour vaincre 1’ illusion de son temps ! Et, aujourd’hui, de cette polemique celebre, que reste-t-il? un chef-d’oeuvre de contro verse, mais un de ces chefs-d’oeuvre qu’on admire par tradition et qu’on ne lit guere, parce que l’interet du sujet n’est pas a la hauteur du talent qui s’y d6ploie. Toutefois, la discussion n’eut pas pour effet unique de demontrer que les Lettres de Phalaris sont une fiction litteraire; c’eut 6t6 un mediocre honneur pour la polemique de Bentley. Ses dissertations spirituelles et savantes apprivoiserent a l’6rudition la societe polie, et lui firent gouter la critique appliquee aux ouvrages des anciens. Elies furent une legon utile pour les ecrivains qui parlaient de l’antiquit6 sans la connaitre, un avertissement de ne pas admirer sur parole, d’6tudier, avant de se prononcer, et de remplacer l’enthousiasme banal de l’ecole par un examen personnel et reflechi. Yoila le service rendu et a la literature et aux gens du monde par ces admirables pedants dont les gens du monde se moquaient. Yoila pourquoi nous devons honorer la memoire de Bentley, assez savant pour soumettre les oeuvres des anciens a l’examen d’unc critique p6netrante, et assez spirituel pour faire aimer ces severcs Eludes au public lettre de son pays.

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