Chap, xv
tion, c’est-a-dire a juger d’une belle personne par son portrait, quand nous pouvons contempler son visage. Les grands maitres ne doivent 6tre que des transitions pour arriver au maitre supreme, la nature. Le mot celebre de Moliere estune legon profonde sur le vrai caractere de l’imitation. « Je n’ai plus que faire, disait-il apres le succes des Precieuses, d’etudier Plaute et Terence, ou d’6plucher les fragments de Menandre ; je n’ai qu’a dtudier le monde1 2. » Moliere enseignait ainsi que l’imitation n’est pas un but, mais une route ouverte par le genie au talent encore incertain de lui-m6me, pour le conduire surement jusqu’a la source eternelle de toute verite et de toute beaute litteraire.
Mais l’ceuvre capitale de Swift dans la querelle des anciens et des modernes, ce fut la Bataille des limes. D’une ebauche francaise ing6nieuse, mais un peu longue et froide, YHistoire poetique des anciens et des modernes , par M. de Callieres*, Swift a su former, en quelques pages charmantes, un modele d’imagination, de plaisanterie et de bon sens. Essayons d’en donner l’idde.
Le bibliothdcaire royal, champion decide des modernes, renommd par sa politesse3, fit un jour un coup d’Etat dans la bibliotheque de Saint-James. II derangea tous les livres, et logea les modernes dans les plus beaux appartements, occupds jusque-la par les anciens. La plus grande fermentation r6gna sur les rayons de la bibliotheque, quand Aristote se vit le voisin de Descartes, et Virgile celui de Dryden. Un ancien prit la parole pour deinontrer que ses amis et lui avaient au