Leltre sur les occupations de 1' Academic , p
tie sa plume avec une intarissable abondance. En revanche, quelques phrases courtes et seches lui suffisent a r^sumer 1’histoire de la poesie frangaise. II ne cite que deux noms : Malherbe et Ronsard. « Personne n’a fait de plus beaux vers que Malherbe; combien en a-t-il fait qui ne sont pas dignes
de lui! . Ronsard parlait grec en francais;... il avait
forcd notre langue par des inversions Irop bardies et obscures.... L’exces choquant de Ronsard nous a jetes dans l’extremite oppos^e. » Voila, en raccourci, le tableau de la poesie frangaise. Quand Fenelon arrive a l’art dramatique, il reproche aux poetes modernes d’avoir affadi la tragedie. Il ne cite le nom de Corneille que pour preferer a son OEdipe V OEdipe-Roi de Sophocle, et pour condamner l’emphase de Cinna au nom de la simplicity de Suetone. Il ne parle de Racine que pour donner la palme a YHippolyte grec surla Pliedre frangaise, et pour mettre le long recit de Thdramene au-dessous des plaintes entrecoupees de Philoctete, G’est a peine s’il laisse echapper ga et la une louange qui adoucisse la rigidity de ses jugements sur les modernes. Il avoue que Moliere est un grand poete comique. Mais combien de restrictions met-il a cet eloge! Qu’il accuse Moliere de donner un tour gracieux au vice, j’y consens : on ne peut demander a l’archeveque de Cambrai d’etre plus indulgent que ne le sera plus tard le philosophe Rousseau. Mais refuser a Moliere la vyrity dans la peinture des caracteres et le naturel dans le style! Rapprocher, dans une comparaison malveillante , « F elegance de Terence » et « le galimatias'de Moliere1 ! » voila une hardiesse de partialite qui dymontre l’attachement de Fenelon pour les anciens et le vrai sens de la Lettre a VAcademie. On la regarde generalement comme une exposition des vues dogmatiques de Fenelon en litterature. La disposition didactique des matieres a pu faire illusion sur le vrai caractere de l’ouvrage. C’est surtout, selon moi, une oeuvre de polemique mesuree, polie,