Apol. d’Hom p. S4. — 2. Ibid., p
elle, ne sont, selon le P. Hardouin, que la nature ou le destin, et les bonnes qualites qu’elle donne. Cette imagination me fait souvenir d’un souper que quelque ville municipale donna un jour a Auguste, si je ne me trompe. La table fut couverte d’une infinite de mels; Auguste, fach6 de cette profusion, gronda son hote. Celui-ci lui rOpondit : Seigneur, tout ce que vous voyez la n’est qu’un inets, mais variA par les diff6rents apprets. De meme, dans HomAre, cette quantite de dieux ce n’est qu’un seul destin, diversifie par diflerents noms1. v> En quelques pages tres-sens6es, Mme Dacier defend 1’antiquHA contre l’accusation d’atheisme, qui est la these favorite du P. Hardouin. Elle prouve que son symbolisme arbitraire d6figure les moeursetles caracteres des personnages d’Homere, et tletrit la podsie2. Enfm, avouant que le motif qui l’a engag6e a combatlre le P. Hardouin, c’est le desir de conserver aux yeux du public le merite d’avoir bien compris et bien traduit Homere, elle termine avec grace par un souvenir biblique : « Quand j’olerai au P. Hardouin le merite d’avoir entendu Homere et penetre l’art de la po6sie, je ne lui oterai presque rien; il lui reste des richesses infmies, au lieu que moi, si ce revdrend pere m’avait ravi le mediocre avantage d’avoir passablement traduit et explique ce podte, et ddmele I’ordre du poeme, je n’aurais plus rien. C’est la seule petite brebis que je possede; je l’ai nourrie avec soin; elle mange de mon pain et boit dans ma coupe : serait-il juste qu’un bomme si riche vint me la ravir? » Toutefois, Mme Dacier ne craignait pas seulement pour sa gloire, mais aussi pour celle d’Homere, et elle n’avait pas tort. VApologie du P. Hardouin souleva, aux depens d’Homere, des Eclats de rire homeriques. « Les amis de Ylliade, a dit d’Alembert, lui ont fait plus de mal en ne s’accordant pas pour P admirer, que ses ennemis en s’accordant pour en medire s. »
1. Homere dSfendu contre I’apologie du P. Hardouin ,ou Suite des causes de la corruption du goUt. Paris, 1716, p. 62. — 2. P. 116. — 3. tiloge de I’abbe Terrasson {Mel. de litt. , t. II, p. 76).